L’éner­gie, richesse mari­time

L’éner­gie, richesse mari­time

Dans la pers­pec­tive d’une tran­si­tion éner­gé­tique, la mer offre bien des res­sources. L’ex-DCNS est sur les rangs pour exploi­ter une par­tie d’entre elles.

La mer est deve­nue un vaste ter­ri­toire ouvert à la pro­duc­tion d’éner­gie – y com­pris nucléaire. En 2008, le pro­gramme Flex­blue a été lan­cé par DCNS (qui vient d’être rebap­ti­sé Naval Group), EDF et Are­va pour construire des réac­teurs immer­gés de petite puis­sance. Cela afin de garan­tir un appro­vi­sion­ne­ment en élec­tri­ci­té à moindre coût répon­dant aux besoins de cent mille à un mil­lion de foyers. Il s’a­gi­rait en fait d’a­dap­ter à un usage civil les réac­teurs équi­pant les sous-marins de la Royale. Le pro­jet a ren­con­tré quelques dif­fi­cul­tés après le drame de Fuku­shi­ma. Un accord a tou­te­fois été signé avec l’In­do­né­sie en 2015. Mais Naval Group n’en fait pas une prio­ri­té. En tout cas, toute réfé­rence à ce pro­jet semble avoir dis­pa­ru de son site Inter­net.

Créer un lea­der mon­dial

L’en­tre­prise se concentre mani­fes­te­ment sur le déve­lop­pe­ment des éner­gies marines renou­ve­lables (EMR). Un par­te­na­riat a été mis en place à cet effet avec BPI France, Tech­nip et BNP-Pari­bas. Naval Group pré­voit que sa branche éner­gie repré­sen­te­ra, d’i­ci dix ans, 20 % de son chiffre d’af­faires. En la matière, comme l’an­nonce son pré­sident, Her­vé Guillou, l’en­tre­prise doit « deve­nir le lea­der mon­dial ». Trois tech­no­lo­gies sont appe­lées à se déve­lop­per : les hydro­liennes sous-marines, les éoliennes flot­tantes et semi-flot­tantes ain­si que les cen­trales à éner­gie ther­mique des mers. Le poten­tiel mon­dial d’élec­tri­ci­té ain­si pro­duite serait de 4 000 à 10 000 téra­watts-heures (TWh) par an. À titre de com­pa­rai­son, la consom­ma­tion d’élec­tri­ci­té de la France est de 500 TWh par an. L’Hexa­gone exploite les marées depuis les années soixante, avec le bar­rage de la Rance, dont il serait d’ailleurs pos­sible de por­ter les capa­ci­tés annuelles de 500 à 700 giga­watts-heures (GWh). L’ex­pé­rience n’a été que peu repro­duite en rai­son d’un coût envi­ron­ne­men­tal extrê­me­ment éle­vé, même si de nou­velles tech­niques com­mencent à appa­raître, notam­ment avec la créa­tion d’un lagon arti­fi­ciel. Le poten­tiel maré­mo­teur fran­çais se situe aux deux tiers à l’ouest du Coten­tin et pour le tiers res­tant entre Dieppe et Bou­logne, selon l’as­so­cia­tion Hydro­coop. Son exploi­ta­tion pour­rait se déve­lop­per si une volon­té poli­tique et indus­trielle émer­geait à cet effet, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Quant à l’éner­gie hou­lo­mo­trice, elle n’in­té­resse pas Naval Group, bien qu’elle pré­sente le plus grand poten­tiel théo­rique, avec une res­source de 400 TWh par an pour la France. EDF estime tou­te­fois qu’en l’é­tat des tech­no­lo­gies exis­tantes, le poten­tiel exploi­table serait dix fois infé­rieur, de l’ordre de 40 TWh. Seule la cen­trale espa­gnole de Mutri­ku, opé­ra­tion­nelle depuis 2011, en assure aujourd’­hui une exploi­ta­tion com­mer­ciale. Alstom semble sen­sible à ces enjeux : il a pris une part impor­tante dans la socié­té AWS Ocean qui déve­loppe une solu­tion pour trans­for­mer la force des vagues en éner­gie pneu­ma­tique.

Un grand poten­tiel

Les trois tech­no­lo­gies pri­vi­lé­giées par l’ex-DCNS sont arri­vées à matu­ri­té ou en passe de l’être. L’éo­lien flot­tant et semi-flot­tant, avec le pro­jet Sea­reed (dont le desi­gn pré­li­mi­naire à été vali­dé début juin par Bureau Veri­tas), per­met d’ins­tal­ler de véri­tables fermes d’éo­liennes quelle que soit la pro­fon­deur des fonds marins, ce qui est par­ti­cu­liè­re­ment bien adap­té au lit­to­ral fran­çais, qui s’en­fonce rapi­de­ment. De plus, son poten­tiel dans notre zone éco­no­mique exclu­sive (ZEE) est très impor­tant. Il peut être exploi­té en com­plé­ment des six parcs d’éo­liennes off­shore. Les pro­jets de fermes hydro­liennes fleu­rissent et sont éga­le­ment un débou­ché impor­tant pour Naval Group : la pre­mière a été fina­li­sée l’an­née der­nière dans le pas­sage du From­veur (entre Oues­sant et le Finis­tère), tan­dis que le pro­jet Aqua Ven­tus prend forme au large du Maine. À cela, il faut ajou­ter les cen­trales de pro­duc­tion d’éner­gie ther­mique des mers situées dans les zones ultra­ma­rines fran­çaises, avec le NEMO en Mar­ti­nique ou d’autres pro­jets à Tahi­ti.

Ces éner­gies sont appe­lées à se déve­lop­per dans les pro­chaines années, que ce soit pour satis­faire la demande en élec­tri­ci­té des pays du Sud, tou­jours gran­dis­sante, ou pour faci­li­ter la tran­si­tion éner­gé­tique du Nord. Elles pré­sentent des avan­tages pour l’en­vi­ron­ne­ment, même s’il faut mettre un bémol sur les cen­trales de pro­duc­tion d’éner­gie ther­mique des mers. L’eau qui remonte des pro­fon­deurs étant davan­tage char­gée en dioxyde de car­bone que celle pré­sente à la sur­face, cela engen­dre­ra une émis­sion de CO2, mais semble-t-il très faible. De plus, l’am­mo­niac y est très employé, ce qui peut pré­sen­ter un dan­ger. Cela étant, la France a une chance à sai­sir pour déve­lop­per son éco­no­mie tout en res­pec­tant notre pla­nète au béné­fice des géné­ra­tions en deve­nir.

Richard Bulan