« La PMA est avant tout un gigan­tesque mar­ché »

« La PMA est avant tout un gigan­tesque mar­ché »

Dans le cor­tège de la Gay Pride à Lyon en 2013. Phi­lippe Des­mazes. AFP

Loin d’abolir les inéga­li­tés, la PMA les aggra­ve­rait. De l’exploitation du corps des femmes aux fan­tasmes trans­hu­ma­nistes, Alexis Escu­de­ro recense dans un ouvrage les risques de la repro­duc­tion arti­fi­cielle.

Faire un enfant, « l’absolu à la por­tée du caniche », comme dirait l’autre… Sauf que fabri­quer le petit d’homme n’est pas à la por­tée de tous. Cer­tains, envers et contre leur des­tin bio­lo­gique, per­sé­vèrent, tech­niques à l’appui. Ain­si sont nées PMA, FIV et autre acro­nymes de l’enfantement. Dans un essai docu­men­té, un jeune cher­cheur en sciences poli­tiques pro­pose de réflé­chir au sens que l’on donne à la vie. Faut-il tout ten­ter pour enfan­ter ? Ni éco­lo réac ni homo­phobe gri­mé en vert, Alexis Escu­de­ro (c’est un pseu­do) pro­pose de réflé­chir aux tech­niques repro­duc­tives quand celles-ci répondent à l’infertilité orga­ni­sée. Conge­ler ses ovo­cytes, accé­der à la pro­créa­tion médi­ca­le­ment assis­tée (PMA) quand on est un couple les­bien, louer un ventre à l’autre bout du monde… le (super)marché est ouvert. Ni pro­fes­seur dans une uni­ver­si­té ni phi­lo­sophe ou socio­logue, Alexis Escu­de­ro, auteur de la Repro­duc­tion arti­fi­cielle de l’humain, se pré­sente comme un simple citoyen capable de pen­ser par lui-même. Il conduit une thèse sur les oxy­mores de la crois­sance verte.

Selon vous, la PMA n’a rien à voir avec l’égalité des droits : elle doit être com­bat­tue en tant que telle, et non pas pour son exten­sion aux homo­sexuels…

La PMA sou­lève des ques­tions poli­tiques de pre­mier ordre, qu’elle soit pra­ti­quée par des hété­ros ou des homos : mar­chan­di­sa­tion du vivant, eugé­nisme, exploi­ta­tion du corps des femmes. La ques­tion ne se situe pas là. Si l’on consi­dère que les couples homos sont aus­si aptes que les couples hété­ros à aimer et éle­ver des enfants, on ne peut la refu­ser aux uns sans la refu­ser aux autres. C’est la posi­tion que je défends dans le livre : la PMA ni pour les homos ni pour les hété­ros. Ceci étant dit, il est évident que l’ouverture de la PMA aux couples de les­biennes fer­tiles signi­fie­rait avant tout l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, fer­tiles ou infer­tiles, homos ou hété­ros. En somme, le pas­sage d’une tech­nique médi­cale à une tech­nique de « conve­nance ». Bien sûr, les par­ti­sans de la PMA n’aiment pas ce mot. Ils ont rai­son de rap­pe­ler que la PMA n’est jamais une par­tie de plai­sir. Et pour­tant aux Etats-Unis, où elle est ouverte à tous et à toutes, un nombre gran­dis­sant de couples par­fai­te­ment fer­tiles recourt à la fécon­da­tion in vitro [FIV]. Cer­taines cli­niques per­mettent, grâce au diag­nos­tic pré-implan­ta­toire, de sélec­tion­ner les embryons por­teurs de cer­taines carac­té­ris­tiques géné­tiques. Les parents peuvent ain­si s’assurer que leur pro­gé­ni­ture sera exempte de plus de 400 mala­dies. Ils peuvent éga­le­ment choi­sir le sexe du bébé. Et demain, la cou­leur des yeux ? La FIV pour tous et toutes ouvre la voie au « desi­gn » de l’enfant par­fait.

La suite