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Marine droit dans le mur

Droite ou gauche : le popu­lisme doit choisir.

« Et ça conti­nue encore et encore », chan­tait Fran­cis Cabrel cir­ca 1990. C’est un peu l’im­pres­sion que donnent les der­niers échos concer­nant Marine Le Pen, comme ceux du Pari­sien du 20 juin. En effet, alors que les avis sont una­nimes dans le camp natio­nal pour poin­ter la cam­pagne catas­tro­phique de la patronne du Front natio­nal – notam­ment cette volon­té de ne se pla­cer ni à droite, ni à gauche, de s’embourber dans un dis­cours éco­no­mique anxio­gène –, le quo­ti­dien nous révèle que non seule­ment elle n’a tou­jours pas com­pris ces cri­tiques, mais qu’en plus elle sou­tient tou­jours Flo­rian Phi­lip­pot. Cir­cu­lez, y’a rien à voir ?

La géo­gra­phie élec­to­rale est sou­vent plus par­lante que mille dis­cours. Obser­vons plu­tôt la carte de la France des résul­tats res­pec­tifs de Fran­çois Fillon et Jean-Luc Mélen­chon à l’é­chelle com­mu­nale. Ce qui frappe, c’est la totale incom­pa­ti­bi­li­té de ces deux élec­to­rats. L’un repré­sen­tant la « gauche » clas­sique, l’autre la « droite » clas­sique. Quelle que soit la région, quelle que soit la ville, ils sont tota­le­ment dis­tincts. Or, un dis­cours popu­liste à base de « ni droite, ni gauche », bien plus que d’a­jou­ter deux élec­to­rats, a pour résul­tat de ne convaincre ni l’un, ni l’autre ! On l’a bien vu à l’is­sue du pre­mier tour où, mal­gré un contexte très favo­rable, Marine Le Pen n’a obte­nu que sept mal­heu­reux points de plus que son père… trente ans plus tôt (21,30 % des suf­frages expri­més contre 14,38 %).  Au second tour, seule une por­tion infime de l’é­lec­to­rat de la France insou­mise s’est repor­tée sur la can­di­date du FN, contrai­re­ment à une par­tie non négli­geable de l’é­lec­to­rat de Fran­çois Fillon, comme l’illustre cette seconde carte. Rien n’y a fait : ni les appels via mes­sages vidéo aux élec­teurs de Mélen­chon, ni le dis­cours socia­li­sant, laï­card, voire car­ré­ment « anti­fa » (Frank Laper­sonne appe­lant sur le pla­teau de Canal Plus, à « cas­ser du facho »), ni la rumeur lan­cée entre les deux tours de nom­mer Jean-Luc Mélen­chon Pre­mier ministre (rumeur lan­cée et soi­gneu­se­ment entre­te­nue par la mou­vance d’A­lain Soral qui n’a, semble-t-il, jamais oublié son pas­sage au Par­ti com­mu­niste au début des années quatre-vingt-dix).

Mal­gré le désastre des élec­tions légis­la­tives (à peine deux cent mille voix de plus qu’en… 1986, et un pour­cen­tage de voix infé­rieur à celui obte­nu lors des légis­la­tives de 1997, vingt ans plus tôt), Marine Le Pen per­siste. Tou­jours selon Le Pari­sien,  un proche de de la pré­si­dente du FN l’af­firme : « Elle veut res­ter sur sa ligne « ni droite, ni gauche ». S’il faut taper du poing sur la table, elle le fera. » Comme le disait Cabrel : « C’est que le début, d’ac­cord, d’ac­cord. » Ou la fin ?

Antoine Noga­ret