La Cha­pelle-Pajol : un doux euphémisme

La Cha­pelle-Pajol : un doux euphémisme

Mes­sage d’in­for­ma­tion du minis­tère de la Vraie Véri­té : à pro­pos du har­cè­le­ment « de rue » dans le quar­tier pari­sien de La Chapelle-Pajol.

Il y a un an, une jeune femme exas­pé­rée de ne plus pou­voir sor­tir de chez elle dans les rues de Bruxelles avait tour­né une vidéo de ce qu’elle subis­sait quo­ti­dien­ne­ment dans sa ville : insultes, drague lour­dingue par racaille en sur­vê­te­ment : « Hé, mam­zelle t’as un 06 ? Mais réponds, salope, sale tepu, tu te crois où ? » « Euh… Chez moi, dans une ville civi­li­sée d’Eu­rope où les femmes ont théo­ri­que­ment le droit de sor­tir seules de chez elles sans bur­qa et sans se faire insul­ter. »

Char­mante coutume

Cette char­mante cou­tume, fort répan­due désor­mais dans les déli­cieuses villes mul­ti­cul­tu­relles de notre Vieux-Conti­nent, fut bap­ti­sée du doux euphé­misme de har­cè­le­ment « de rue ». Pas har­cè­le­ment eth­ni­co-reli­gieux, non, non, non, har­cè­le­ment « de rue ». Ce n’est pas la racaille qui har­cèle, c’est la rue. L’on a vu res­sur­gir notre har­cè­le­ment « de rue » ces jours der­niers lorsque Le Pari­sien a révé­lé que des dizaines de rues har­ce­leuses avaient enva­hi le quar­tier de La Cha­pelle-Pajol à Paris. Contre le har­cè­le­ment « de rue », la mai­rie de Paris et les asso­cia­tions de défense des droits des femmes pro­po­sèrent donc fort logi­que­ment de nous livrer à des marches explo­ra­toires, d’é­lar­gir les trot­toirs et de réno­ver l’éclairage. 

Nous connais­sions les « jeunes » pour par­ler des délin­quants, nous avions les « dés­équi­li­brés » pour par­ler des dji­ha­distes, nous aurons doré­na­vant le har­cè­le­ment « de rue » pour la police reli­gieuse charia-compatible. 

Choi­sir les bons mots

Le minis­tère de la Vraie Véri­té pré­co­nise donc désor­mais de rebap­ti­ser ain­si toute reven­di­ca­tion com­mu­nau­ta­riste : viande « de rue », hid­jab « de rue », bur­ki­ni « de rue », accom­pa­gna­trice sco­laire « de rue », horaires amé­na­gés « de rue », émeutes urbaines « de rue », rama­dan « de rue », can­di­dates « de rue » aux légis­la­tives, safe-space non mixte « de rue », etc. Osons même sans com­plexes l’at­ten­tat « de rue », les Niçois appré­cie­ront… Les prières « de rue » avaient ouvert la voie il y a une dizaine d’an­nées. Le minis­tère de la Vraie Véri­té ne peut être accu­sé d’in­cons­tance sur ce sujet. Pen­dant la trêve des confi­seurs, le minis­tère de la Vraie Véri­té conseille d’u­ti­li­ser plu­tôt le vocable « du Nou­vel An » pour bien mar­quer le côté fes­tif, cha­leu­reux et convi­vial des évé­ne­ments : viol du Nou­vel An, voi­tures brû­lées du Nou­vel An. Il convien­dra bien évi­dem­ment d’ap­po­ser l’é­pi­thète « tra­di­tion­nel » pour bien mon­trer que le res­pect des tra­di­tions, c’est impor­tant. Les médias res­tent tou­te­fois encore fri­leux pour les « tra­di­tion­nels » viols du Nou­vel An. Encore un effort !

Ger­sende Bessède