Macron  : l’anti-France

Tout est donc finalement très vite rentré dans l’ordre, après des primaires saluées il y a quelques semaines encore comme le nouvel horizon indépassable de la vie politique française et dont désormais, à droite comme à gauche, on ne souligne plus que les effets pervers. À savoir le rejet par les électeurs des deux principaux partis de gouvernement et une éventuelle recomposition du paysage politique au profit d’un centre provisoirement triomphant, ainsi que d’une gauche (la France insoumise) et d’une droite (le Front national) à nouveau enfin assumées. Mais ce centre n’est rien d’autre que le marais bourbeux formé par ces élites LR-PS interchangeables qui gouvernent la France depuis plus de vingt ans. En propulsant Emmanuel Macron en tête du premier tour de la présidentielle, 24  % des Français ont choisi, selon le slogan de Pompidou en 1969, «  le changement dans la continuité  », plus exactement un changement minimal pour une continuité maximale. Confirmant la loi de Maurras selon laquelle le suffrage universel est «  conservateur  », au sens où il conserve l’existant, les électeurs qui, appartenant pour les plus cohérents d’entre eux aux classes supérieures mondialisées, ont glissé un bulletin Macron dans l’urne, se sont surtout offert le délicieux frisson d’un rejet radical du système tout en prenant une garantie sur l’avenir. Car Macron est bien la meilleure des assurances-vie de l’oligarchie  : son élection sera pour elle l’occasion d’un simple lifting, à la plus grande satisfaction de ses partisans du premier tour qui, au fond, n’en demandent pas davantage. Les vieux partis, tels des phénix, vont renaître de leurs cendres très rapidement, dès le mois de juin pour les législatives, dans l’espoir de circonvenir un jeune parvenu dont toute la carrière, déjà bien remplie, est celle d’un homme de paille de la finance apatride. Dis-moi qui te soutient, je te dirai qui tu es. Quelques noms  ? L’homme d’affaires LGBTI Pierre Bergé, Patrick Drahi, le magnat des média, Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef et immigrationniste forcenée, Vincent Bolloré de Vivendi ou encore Bernard Arnault, P-DG de LVMH, ce dernier, rejoint par… François Ruffin, le cinéaste gauchiste de Merci Patron  ! – que du beau monde  ! Quant à l’inconsistance du programme, elle n’a d’autre fonction que d’épouser tous les contours des exigences de ceux qui ont été les premiers à le féliciter et dont il n’est que la « macronnette »  : Angela Merkel et Jean-Claude Juncker. Emmanuel Macron  ? Le candidat de Davos, Berlin et Bruxelles. Comme l’a fort bien résumé Christine Boutin, qui a franchi le pas en appelant à voter Marine Le Pen, Macron, «  c’est le libéralisme libertaire, c’est la mondialisation, c’est l’argent, c’est la banque  ». Saluons aussi la décision de Dupont-Aignan, avec l’espoir que le FN saura composer une dynamique de rassemblement national en respectant sa différence… C’est d’ailleurs en ce sens qu’il nous avait accordé le 3 novembre dernier un long entretien. L’objectif de Macron  ? Faire oublier l’impopularité de la classe politique et financière pour mieux lui permettre de se relancer dans la course. Donner l’apparence du changement pour que tout continue comme avant. Par son visage avenant de jeune premier de la politique, il ne vise qu’à un simple ravalement du système, et encore  : sa candidature rouvre des tombes, donnant l’occasion à des spectres de revenir hanter la scène politique.

Le Jurassic Park de la vie politique française

Outre des intellectuels ringards de l’Après-68 comme Cohn-Bendit ou Attali qui, croyant la victoire déjà acquise, avoue avec cynisme que le chômage n’est à ses yeux qu’une «  anecdote  » – les classes populaires et les classes moyennes sont prévenues  ! –, ce ne sont, derrière un président failli, de Robert Hue à Dominique Perben en passant par François Bayrou ou Jean-Louis Borloo, et combien d’autres, que retraités et dinosaures. Les principaux soutiens de Macron  ? Le Jurassic Park de la vie politique française, que rejoignent quelques quadras, c’est vrai, mais qui, pressés de devenir ou redevenir ministres, quelle que soit la couleur, ou plutôt l’absence de couleur politique du candidat, sont depuis toujours connus pour leur absence totale de convictions. Et tous de se voir déjà Premier ministre  ! La servile précipitation avec laquelle Fillon a rejoint Macron, aussitôt suivi de l’UDI et du PS, le prouve amplement  : ils souhaitent le ravaler au rôle d’un président de large cohabitation, d’autant plus facile à constituer que les fractures idéologiques entre les partis se sont fortement comblées, tant sur l’Europe que sur le pacte social et sociétal, communautarisme inclus. Tel est, par exemple, le sens du soutien des indépendantistes corses – quelles assurances Macron leur a-t-il donc données  ? – ou, surtout, de celui de la Grande Mosquée de Paris, liée au gouvernement algérien, dont le ministre des Affaires étrangères vient de déclarer que Macron est un «  ami de l’Algérie  ». En échange de combien de visas

Si les mots ont encore un sens, Macron est bien le candidat de l’Anti-France. Jamais aucun postulant, pas même Hollande, n’avait rassemblé sur son nom autant de soutiens hostiles à la France, qui n’est pour lui qu’une abstraction ringarde, à sa grandeur, qu’il considère comme un fantasme du passé, à son unité, qu’il déchirera au profit de tous les communautarismes et indépendantismes, à sa culture, dont il nie l’existence, à son histoire, qu’il résume à un crime contre l’humanité, à son indépendance, qu’il finira de soumettre à l’Europe allemande, à sa langue et plus généralement à la francophonie, dont il a déjà renié le statut international au profit du sabir de la finance, à son mode de vie, qu’il soumettra, via notamment des traités commerciaux internationaux, à l’esclavage consumériste qui sert d’idéologie aux partisans du village mondial. Il est bien le dénominateur commun de tous ceux qui n’ont de cesse de propager des discours de haine ou de mépris contre la France, ou qui, plus simplement, l’ont depuis longtemps rangée au magasin des accessoires. Leur empressement à soutenir Macron en est la preuve.

Marine pour éviter le pire

Et qu’on ne compte pas sur les législatives pour rectifier le tir, puisque son élection serait l’occasion de réaliser cette grande coalition « à l’allemande » qui verrouille la vie politique en condamnant d’avance toute alternative réelle. Avec Macron, ce ne serait pas seulement «  cinq ans de plus  » – on parle de Belkacem comme Premier ministre. Ce serait l’aggravation de cette politique de démission et de soumission nationales, qui conduit inéluctablement à la sédation profonde de la France, à moins que les exigences toujours plus provocatrices et identicides des différents communautarismes ne conduisent à une guerre qui n’aurait de civile que le nom et dont nous ne voulons pas pour notre pays. L’élection de Marine Le Pen, au contraire, en étant le signe d’une prise de conscience, aurait au moins le mérite de rendre possible un autre avenir pour le pays que sa disparition programmée. Qu’on ne cherche aucun subterfuge  : s’abstenir ou voter blanc, le 7 mai prochain, ce serait se soumettre au souhait de l’oligarchie qui a besoin non pas tant de nos votesque de notre lâche découragement. Ce serait voter Macron. Et donc pratiquer la politique du pire, qui est la pire des politiques. À quoi servirait de ramener l’héritier s’il n’y avait plus d’héritage  ? Le 7 mai, pour éviter le pire, pas une voix patriote ne doit manquer à Marine Le Pen.

François Marcilhac

Paru dans l'Action Française 2000 n° 2954 du 04 Mai 2017.