Nicolas Dupont-Aignan  : «  Nous avons désormais un monarque d’opérette  »
Congrès Debout La République © Zina Galai

Nicolas Dupont-Aignan  : «  Nous avons désormais un monarque d’opérette  »

Maire d’Yerres, député de l’Essonne, président de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, cinquante-cinq ans, est candidat à l’élection présidentielle. Républicain, «  gaullien plus que gaulliste  », il n’est pas royaliste mais dit vouloir l’indépendance de son pays et le rassemblement des Français.

Votre parti Debout la République est devenu Debout la France en 2014. Un sondage récent de l’Ifop indiquait que 75  % des Français ne se sentaient pas touchés par l’emploi récurrent des termes “république” et “valeurs républicaines”. Les politiques qui en abusent font-ils un mauvais calcul  ? En quoi un républicain croit-il donc  ?

La République, c’est un très beau mot qui a été galvaudé par les gouvernants successifs, qui ne l’ont pas servie correctement. Aujourd’hui, la République est moins en danger que la France. Personne ne veut la mort de la République  ; en revanche, la France est en train de mourir. Il est donc fondamental de libérer la France. Je suis républicain, parce que je crois à «  liberté, égalité, fraternité  ». Cette devise ne doit pas être seulement en paroles, mais traduite en actes. Malheureusement, elle ne l’a pas été. Le boulot d’un responsable politique, c’est de passer des paroles aux actes, c’est-à-dire de rétablir l’ordre, garantir une vraie justice sociale, relancer l’économie et la production en France. Alors, la France redeviendra la France.

Pour le Printemps républicain de Laurent Bouvet, être Français c’est d’abord «  adhérer aux valeurs de la République  », ce qui revient non seulement à nier qu’il y eut une francité antérieure à 1792, mais également à admettre qu’être Français est une affaire de la conscience individuelle. Selon vous, qu’est-ce qu’être Français et qu’est-ce que la France  ?

Je reprends la phrase d’André Malraux  : «  être Français, c’est être prêt à mourir pour son pays  ». C’est tout. La France n’est pas seulement la République  : la France est née avant la République  : la France, c’est une histoire millénaire. Je déteste ceux qui ne comprennent pas la France dans sa globalité et qui excluent une France au profit d’une autre. La France a des racines grecques et latines, une histoire chrétienne  ; la France, c’est aussi l’esprit des Lumières et de la République. C’est ce mélange qui fait la France, sa richesse, et qui s’exprime d’ailleurs à travers le drapeau bleu, blanc, rouge. La France est un ensemble dynamique, et nous avons le devoir de nous projeter dans l’avenir. Je suis gaullien – plus que gaulliste d’ailleurs –  ; je veux l’indépendance de mon pays et le rassemblement des Français.

On parlait autrefois de République française. L’adjectif a depuis disparu. Les débats contemporains portent sur la compatibilité ou non de l’islam avec la République. La République a-t-elle cessé d’être un régime pour se substituer à la France  ?

Tout ça, ce sont de faux débats. La plupart des Français se sentent français et aiment la France, et en ont assez de l’impuissance et de la nullité de leurs dirigeants. Les Français dans leur quasi-totalité se sentent républicains parce qu’ils savent que la République est la condition de la démocratie. Seulement, il faut que l’élection ait un sens, c’est-à-dire qu’elle soit efficace. Arrêtons de vouloir couper les cheveux en quatre, rassemblons les Français et tentons de résoudre les problèmes de nos concitoyens.

Le gaullisme semble être devenu la doctrine la mieux partagée de la vie politique française. Mais de Gaulle était-il un penseur politique  ? Sa politique n’était-elle pas plutôt un produit des circonstances  ? La France, le régime, le monde, les enjeux et les rapports de force ne sont-ils pas différents par rapport aux trente glorieuses  ?

C’est très juste  ! D’abord, il y a tellement eu de faux gaullistes et de traîtres à l’esprit du général de Gaulle que je préfère le mot gaullien. Ensuite, vous avez raison, De Gaulle était de Gaulle et personne ne sera plus de Gaulle, comme personne ne peut plus être Jeanne d’Arc ou Clemenceau. Pour autant, il y a des leçons à tirer de l’épopée gaullienne, qui tiennent en quatre points  : l’esprit de résistance  ; le respect du peuple, à travers le suffrage universel et le référendum  ; l’indépendance de la France, car la France doit se déterminer elle-même  ; enfin, le rassemblement des Français. Le gaullisme, c’est aussi un humanisme. C’est ma boussole.

Règne des partis, fausse alternance, refus de consulter les Français ou de prendre en considération leur décision… Cette démocratie n’est-elle pas plutôt une oligarchie  ?

C’est même une dictature soft, si l’on va au fond des choses. Nos dirigeants ont abandonné la France et transféré le pouvoir à des oligarchies européennes et mondiales. Il faut rendre le pouvoir aux Français, rétablir la démocratie. Tout l’enjeu est de rendre aux Français la France qu’ils aiment.

La révision de la Constitution de 1962 devait permettre au président de la République de se libérer des partis. Plus que le quinquennat ou les primaires, le problème intrinsèque à l’élection présidentielle n’est-il pas de fabriquer à intervalles réguliers des monarques à obsolescence programmée  ? Peut-on imaginer un chef de l’État soucieux du bien commun contre les intérêts particuliers et menant une politique à long terme sans envisager la permanence de ses choix ou l’hérédité de sa fonction  ?

Je crois à la République. Je trouve que la Ve République réalise une synthèse. Malheureusement, ceux qui ont voulu enfiler le costume du général de Gaulle n’en avaient pas la carrure  : ils ont abandonné le pouvoir à Bruxelles et nous avons désormais un monarque d’opérette. Je crois qu’il faut tout revoir  : primo, le septennat renouvelable  ; secundo, la consultation du peuple par référendum  ; tertio, le maintien d’un régime républicain classique qui assure une permanence à l’État grâce au président de la République. Je maintiens que c’est le meilleur système, à condition bien sûr qu’on arrive à pouvoir s’exprimer en France et à élire un président qui ait la carrure d’un président, et je dirai même qui ait la carrure de l’histoire de France. Je vous ferai remarquer qu’il y a eu de grands rois, mais pas tous non plus, comme il y a eu de grands présidents républicains, et pas tous non plus. Ce n’est donc pas simplement qu’une question de régime républicain ou monarchique, c’est d’abord une question de carrure des personnes.

Un polémiste évoque «  un quinquennat pour rien  ». Ne s’achemine-t-on pas vers une élection pour rien  ?

C’est l’enjeu de ma candidature. Je suis candidat pour éviter que ce soit une élection pour rien.

Propos recueillis par René Duchesne