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Pré­si­den­tielle : la nation contre le mondialisme

Cher­chant à exis­ter les der­niers jours de son man­dat et, sur­tout, dans la droite ligne de Fran­çois Mit­ter­rand, à res­ter dans la mémoire poli­tique du pays, Fran­çois Hol­lande a choi­si de com­mé­mo­rer, ce dimanche de Pâques, 16 avril, le cen­te­naire de la ter­rible bataille du Che­min des Dames pour lan­cer un mes­sage aux Fran­çais. Ou plu­tôt ins­tru­men­ta­li­ser, à des fins poli­ti­ciennes, le sacri­fice inuti­le­ment san­glant de dizaines de mil­liers d’hommes, lui, le Nivelle de la vie poli­tique fran­çaise qui, non content d’a­voir déci­mé le Par­ti socia­liste, ce qui nous est indif­fé­rent, laisse sur­tout en ruine un pays qui ne sait plus à quel poli­ti­cien se vouer à quelques jours du pre­mier tour de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle. Tou­te­fois, n’est pas Mit­ter­rand qui veut : pour réus­sir à usur­per une auto­ri­té morale dont on ne s’est jamais mon­tré digne, il faut être d’une autre trempe. Si bien qu’en rai­son même de la solen­ni­té du lieu, sa pré­sence sur ce champ de bataille de l’Aisne avait quelque chose d’in­con­gru – comme l’a été, c’est vrai, sa pré­sence à l’É­ly­sée durant cinq ans. On ne sera donc pas éton­né de la vacui­té de ses pro­pos : « Le Che­min des Dames, c’est la mémoire de ces terres bles­sées de l’Est et du Nord de la France. Que les habi­tants de ces régions soient conscients de leur res­pon­sa­bi­li­té face au retour des dis­cours de haine. » (sic) En quoi habi­ter à côté du Che­min des Dames crée­rait-il une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière ? Donc une éven­tuelle culpa­bi­li­té si cette res­pon­sa­bi­li­té n’é­tait pas assu­mée ? Nos élites poli­tiques aiment à lier de pesants far­deaux sur les épaules des Fran­çais pour mieux s’exo­né­rer de leurs propres res­pon­sa­bi­li­tés ! Ain­si le pays réel sera-t-il seul cou­pable de la résur­gence de ces pré­ten­dus dis­cours de haine qui ne tra­duisent, bien sou­vent, qu’une volon­té farouche de sur­vivre ! Et le pré­sident de réci­di­ver aus­si­tôt : « la bar­ba­rie est tou­jours là », répé­tant que « l’his­toire bégaie quand le natio­na­lisme resur­git, avec d’autres traits mais avec la même haine » (resic), avant d’â­non­ner une nou­velle fois un men­songe qui passe de moins en moins bien auprès des Fran­çais, sur l” Europe « qui a su nous pré­mu­nir des guerres et qu’il nous faut encore pro­mou­voir » ; « alors pré­ser­vons-la plu­tôt que d’en faire le bouc émis­saire de nos renon­ce­ments ». Comme si l’Eu­rope n’a­vait pas ser­vi au contraire depuis cin­quante ans aux élites à dis­si­mu­ler leur propre renon­ce­ment à assu­mer leurs responsabilités ! 

La han­tise d’un réveil des peuples

Hol­lande aurait été mieux ins­pi­ré de (re)lire 1914 – 2014 – L’Eu­rope sor­tie de l’his­toire ? (Fayard, 2013), ouvrage écrit pour­tant par un autre socia­liste assu­mé, Jean-Pierre Che­vè­ne­ment, qui dénonce cette mani­pu­la­tion éhon­tée de l’o­li­gar­chie cher­chant depuis des décen­nies à convaincre nos conci­toyens que les nations seraient bel­li­cistes par nature pour mieux vendre la construc­tion euro­péenne, la gou­ver­nance ges­tion­naire des peuples et le mon­dia­lisme ! Mais pré­ci­sé­ment, ce que craint par-des­sus tout Hol­lande, c’est un réveil des peuples, à tra­vers un second tour Le Pen-Mélen­chon qui, pour être impro­bable, n’ap­pa­rais­sait plus comme une simple vue de l’es­prit à quelques jours du pre­mier tour. Aus­si a‑t-il mul­ti­plié les dépla­ce­ments pour pré­ve­nir les Fran­çais du risque popu­liste qui les mena­ce­rait. Et voi­ci notre capi­taine de péda­lo trans­mué en lan­ceur d’a­lerte de la Répu­blique ! Rend-il ain­si ser­vice à son pou­lain, à savoir Macron qui, il est vrai, incarne le mieux son héri­tage libé­ral-liber­taire, sur fond d’eu­ro­péisme béat et de dis­so­lu­tion de l’i­den­ti­té natio­nale ? Nous le sau­rons bien­tôt. Il n’en reste pas moins qu’il suf­fit de voir tous ceux qui rejoignent En Marche ! pour se convaincre rapi­de­ment que, le pire, c’est lui ! Et que c’est son élec­tion qu’il s’a­git d’é­vi­ter à tout prix – dès le pre­mier tour, si pos­sible, sinon au second, impérativement. 

Aujourd’­hui, la misère est morale

Cette cam­pagne élec­to­rale aurait pu, aurait dû être le moment pri­vi­lé­gié pour ouvrir un débat sur les véri­tables enjeux auquel le pays est confron­té : non seule­ment éco­no­miques, mais éga­le­ment sociaux, au sens large du terme. À savoir, bien sûr le chô­mage mais aus­si la dis­so­lu­tion du lien social. Or cette dis­so­lu­tion n’a pas seule­ment des causes éco­no­miques. Telle est l’er­reur du dis­cours néo-mar­xiste d’un Jean-Luc Mélen­chon qui, vou­lant ratis­ser large, cherche à la fois à flat­ter l’é­lec­to­rat éco­lo­giste par un pro­gramme extrême en la matière, l’é­lec­to­rat bobo par une accen­tua­tion des dérives socié­tales, le can­na­bis excep­té – il faut bien se démar­quer d’Ha­mon –, et la gauche du PS en igno­rant la mul­ti­pli­ci­té des causes de l’é­cla­te­ment de la socié­té auquel nous assis­tons. Car si, évi­dem­ment, le chô­mage est un fac­teur puis­sant de dés­in­té­gra­tion sociale et indi­vi­duelle, les effets de celui-ci sont aujourd’­hui démul­ti­pliés par les consé­quences de l’in­sé­cu­ri­té cultu­relle liée autant à une immi­gra­tion incon­trô­lée qu’à une remise en cause des repères moraux et fami­liaux traditionnels. 

Oui, le pays va d’au­tant plus mal que, contrai­re­ment à la crise des années trente, qui avait plon­gé les plus fra­giles des Fran­çais dans une misère pro­fonde, les élites, y com­pris, trop sou­vent, les élites reli­gieuses, ne tiennent plus un dis­cours fiable, auquel se rac­cro­cher. La misère aujourd’­hui n’est plus seule­ment phy­sique ou maté­rielle. Elle est encore plus morale. Et on ne peut qu’être, fina­le­ment, heu­reu­se­ment sur­pris de la soli­di­té fon­cière du pays réel, quand la plu­part des ins­ti­tu­tions expriment, valo­risent, répandent et donc offi­cia­lisent, voire juri­di­cia­risent un rela­ti­visme géné­ra­li­sé. Ce n’est pas faire du popu­lisme que d’ob­ser­ver que c’est dans le peuple, au sens social du terme, que le besoin des valeurs tra­di­tion­nelles est le mieux res­sen­ti – ce que mal­heu­reu­se­ment Marine Le Pen n’a pas tou­jours com­pris, même s’il faut noter une timide et bien­ve­nue réorien­ta­tion de son dis­cours en ce sens durant la cam­pagne. Car les classes dan­ge­reuses, ce ne sont plus les classes popu­laires, si tant est qu’elles l’aient jamais été ! Non, ce sont bien plu­tôt ces classes tout autant fri­quées que mon­dia­li­sées qui ne pensent plus en termes ni d’im­pé­ra­tif éthique, ni d’i­den­ti­té natio­nale, et qui auraient bien besoin, selon le mot de Renan, de se sou­mettre à une réforme intel­lec­tuelle et morale !

L’Ac­tion fran­çaise prend position

Oui, le pays va mal. Or cer­tains, en ces heures graves, ont feint de ne pas com­prendre le com­mu­ni­qué de l’Ac­tion fran­çaise paru dans le pré­cé­dent numé­ro de L’AF 2000 à la place de l’é­di­to­rial. N’a-t-il donc pas suf­fi que les média de l’o­li­gar­chie aient cher­ché à voler l’é­lec­tion pré­si­den­tielle aux Fran­çais en para­si­tant le débat poli­tique par de pré­ten­dues affaires, dans le seul but de neu­tra­li­ser les deux can­di­dats situés à la droite du sys­tème – et eux seuls ? Fal­lait-il que cer­tains, tout en se reven­di­quant de la famille patriote, viennent aider l’o­li­gar­chie à affai­blir le camp natio­nal ? Sté­phane Blan­chon­net a répon­du dans un article paru sur Bou­le­vard Vol­taire (8 avril) à cette « défor­ma­tion sub­stan­tielle de la réa­li­té », com­mise par ceux qui se croient peut-être pro­prié­taires du vote patriote, voire du patrio­tisme lui-même, et qui, pour cette rai­son, refusent d’en­trer dans une dyna­mique de ras­sem­ble­ment natio­nal. « Ce com­mu­ni­qué n’a, d’ailleurs, sur­pris aucun obser­va­teur sérieux du mou­ve­ment maur­ras­sien puisque l’Ac­tion fran­çaise a la même ligne à chaque élec­tion pré­si­den­tielle depuis le trai­té de Maas­tricht en 1992 », a encore rap­pe­lé le pré­sident du comi­té direc­teur de l’Ac­tion fran­çaise. Le débat est clos, aujourd’­hui. Il nous fau­dra, au second tour, prendre posi­tion pour la nation, contre le mon­dia­lisme. Que les Fran­çais sachent, le 23 avril pro­chain, par leur vote, pré­pa­rer heu­reu­se­ment ce choix.

Fran­çois Marcilhac