L’Institut Iliade au carrefour des idées

« Européens : transmettre ou disparaître », tel était le thème du quatrième colloque de l’Institut Iliade qui s’est tenu à Paris le 18 mars 2017. Compte-rendu.

Il est des rendez-vous que l’on ne manquerait d’aucune manière. Le 188 mars dernier, à la Maison de la Chimie, se tenait l’un d’eux : le quatrième colloque de l’Institut Iliade. Après un colloque « Dominique Venner, écrivain et historien au cœur rebelle » en 2014, « L’univers esthétique des Européens » en 2015 et « Face à l’assaut migratoire, le réveil de la conscience européenne » l’année dernière, l’Institut Iliade nous a proposé près de huit heures d’interventions et de tables rondes autour du thème, ô combien essentiel, de la transmission. Intitulée « Européens : transmettre ou disparaître », cette journée s’est avérée riche d’enseignements et de hauteur de vue.

Industrie contre tradition

Après une introduction de Grégoire Gambier, Philippe Conrad est revenu sur l’héritage européen et a rappelé que « l’hégémonie de la société industrielle [avait] détruit les valeurs traditionnelles ». François Bousquet, rédacteur en chef adjoint d’Éléments, semble avoir voulu prolonger son intervention de l’année passée. En effet, après « L’idéologie Big Other – Les autres avant les nôtres » en 2016, où il déconstruisait les déconstructeurs (et notamment Foucault, le premier d’entre eux), cette fois-ci, il a poursuivi ce travail de remise à l’endroit des idées et des théories. Intitulée « Les origines du désastre : l’idéologie de la déconstruction », son intervention a ciblé tout particulièrement ce qui est à l’œuvre dans nos écoles : le pédagogisme qui va puiser toutes ses fumeuses théories dans « le bloc terrorisant pour ne pas dire terroriste […] de l’œuvre de Pierre Bourdieu », ce « Tchernobyl intellectuel ». Avant de céder la place à Charlotte d’Ornellas et à ses invités pour la première table ronde de la journée, François Bousquet est revenu à la source même de ce colloque en rappelant que « tradition et transmission ont la même racine étymologique, “tradere”, “transmettre” ; on ne transmet que ce que l’on a reçu ». La table ronde « L’école républicaine : l’impasse ? », que Charlotte d’Ornellas animait, a été édifiante, au sens premier comme au sens second du terme, et nous presse à agir pour préserver nos enfants de la déliquescence du système actuel. Enfin, avant de partir déjeuner, Fabien Niezgoda nous a gratifiés d’une intervention à caractère historique en s’appuyant sur l’ouvrage éponyme de Sylvain Gouguenheim : « Aristote au Mont-Saint-Michel : comment la tradition grecque s’est transmise au Moyen Âge ».

Alors que la matinée a permis d’évoquer « la crise de la transmission », l’après-midi a été consacré à explorer les « différentes voies possibles du ressourcement ». Une table ronde, animée par Aloysia Biessy, a porté sur la Paideia pour « former le corps, l’âme et l’esprit ». Parmi les participants, Harald Bosch, maître artisan allemand, Anne-Laure Blanc, blogueuse, et Hadrien Vico, chef d’entreprise et responsable d’un mouvement scout. Ce dernier nous a prévenus : « le scoutisme fait vivre la communauté, elle ne la fait pas naître », d’où la nécessité d’enracinement primordial. Enracinement dans la culture notamment, Anne-Laure Blanc nous l’a dit : « le conte est la métaphore de la transmission ; “il était une fois” ne nous dit pas le passé mais l’origine ». Nous pensons alors à Dominique Venner, dont la mort volontaire fut le point de départ de cette aventure qu’est l’Institut Iliade : « la Tradition ce n’est pas le passé, c’est ce qui ne passe pas ». Philippe Christèle a pris ensuite la parole pour « Révéler et transmettre les valeurs du chef : éloge incongru de l’entreprise ». Brossant un portrait qu’il a reconnu « idyllique », il a affirmé que « l’entreprise, c’est l’inverse du marché », « c’est un antidote à l’égocentrisme et à l’individualisme » ; il s’agit « d’un vecteur de transmission, d’un lieu d’apprentissage » ; et de marteler que « transmettre, c’est conjurer la mort ».

En musique aussi !

Cet après-midi a été riche encore d’interventions et de tables rondes : Christopher Gérard a évoqué la Paideia et le caractère révolutionnaire de la transmission, tandis que Jean-François Gautier nous a entretenus de la transmission musicale et de l’importance fondamentale des musiques et des danses traditionnelles au cours de l’histoire européenne. Patrick Péhèle a reçu quant à lui deux membres du mouvement des Antigone (Anne Trewby et Mathilde Gibelin) qui nous ont livré un échange des plus essentiels quant au rôle des femmes dans la transmission et la nécessité de réappropriation, entre autres, de leur corps et de leur foyer contre ce monde moderne qui broie toutes les fidélités et toutes les traditions au nom de la rentabilité et du profit. Lionel Rondouin a choisi de s’interroger sur le récit civilisationnel des Européens tandis que Jean-Yves Le Gallou a prophétisé : « le temps du dernier homme passera, celui de l’homme européen reviendra ».

Un moment littéraire

Les arts étaient aussi à l’honneur. Nous devons le moment littéraire de la journée à Thibault Cassel, auteur de l’anthologie Le Chant des alouettes co-éditée par l’Institut Iliade et les éditions Pierre-Guillaume de Roux. Il a en effet déclamé le superbe poème d’Alfred de Vigny La Mort du loup. Mais Melpomène n’a pas été seule célébrée ; deux courts-métrages ont été diffusée au cours de cette journée : Kalos Kagathos – Une humanité modèle plus qu’une humanité nouvelle d’Édouard Chanot et Europe, ton soleil revient ! de Cheyenne-Marie Carron. Édouard Chanot, cofondateur de l’Institut Kairos, a exalté l’homme beau et bon de la Grèce antique et affirmé que « retrouver le fil rompu, c’est déjà renaitre ». Cheyenne-Marie Carron – on ne la présente plus – nous a livré, quant à elle, un film à l’esthétique soignée, porté par la musique d’Arvo Pärt, dans lequel on retrouve certaines permanences de l’âme européenne.

Enfin, de nombreux stands (la Librairie de Flore, les revues Eléments, Krisis et Livr’Arbitre, etc.), étaient présents ce jour-là pour nourrir et entretenir la conscience des participants d’appartenir à une même communauté. Pour ceux qui ne se satisferaient pas de ce compte-rendu, rendez-vous sur la page YouTube de l’Institut Iliade, achetez le dernier hors-série de la revue Livr’Arbitre consacré aux interventions du colloque et écoutez la cinquante-cinquième émission d’Orage d’acier intitulée « Promenade au Colloque Iliade ».

Pierre Torty

Paru dans l'Action Française 2000 n° 2952 du 06 Avril 2017.