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L’eu­ro dans l’impasse

Des éco­no­mies hété­ro­gènes s’ac­com­modent mal d’une mon­naie unique… En réponse aux dys­fonc­tion­ne­ments de la zone euro, cer­tains réclament une Europe plus fédé­rale. Un pro­jet uto­pique condam­né à l’échec.

Au cœur des enjeux de la cam­pagne pré­si­den­tielle, la ques­tion de la sou­ve­rai­ne­té moné­taire occupe une place de pre­mier ordre. Pen­dant que les défen­seurs de la mon­naie unique riva­lisent d’i­ma­gi­na­tion pour « sau­ver l’eu­ro » (« sau­ve­tage » deve­nu prio­ri­taire par rap­port à celui de l’emploi, de notre indus­trie, de notre ave­nir), des voix s’é­lèvent contre l’a­ber­ra­tion éco­no­mique qu’a consti­tuée cette expérience.

L’é­chec de cette mon­naie ne peut désor­mais plus être nié. Le réel a balayé l’u­to­pie euro­péiste. L’ins­tau­ra­tion de l’eu­ro a entraî­né une dés­in­dus­tria­li­sa­tion mas­sive de l’Eu­rope dite du Sud, au pro­fit de l’Eu­rope du Nord, Alle­magne en tête. Les faits parlent d’eux-mêmes : l’I­ta­lie a per­du 20 % de sa pro­duc­tion indus­trielle en quinze ans, le chô­mage touche désor­mais plus d’un jeune sur deux en Espagne et en Grèce… 

Mais pou­vait-il en être autre­ment ? Le niveau d’une mon­naie dépend de la com­pé­ti­ti­vi­té hors coûts de son éco­no­mie. Celle-ci étant très hété­ro­gène au sein de la zone euro, la mon­naie unique ne peut pas être au niveau opti­mal pour chaque pays. L’Al­le­magne ayant pu obte­nir un euro fort, ce sont donc les pays les moins com­pé­ti­tifs qui doivent subir une mon­naie sur­éva­luée. Tuant leur com­pé­ti­ti­vi­té à l’ex­port, cela a pro­vo­qué un trans­fert de l’in­dus­trie du Sud vers le Nord, pau­pé­ri­sant ain­si les pays d’Eu­rope du Sud. L’é­vo­lu­tion de la pro­duc­tion indus­trielle des prin­ci­paux pays concer­nés, pré­sen­tée ci-des­sus, en témoigne. 

Une illu­soire soli­da­ri­té entre États

Afin de résor­ber ce pro­blème, la plu­part des défen­seurs de l’eu­ro s’ac­cordent sur la néces­si­té d’ins­tau­rer un plus grand degré de fédé­ra­lisme, afin de don­ner à l’U­nion euro­péenne les moyens poli­tiques de contrer les effets de la mon­naie unique. Cela signi­fie­rait un trans­fert de notre poli­tique indus­trielle, bud­gé­taire et fis­cale à l’U­nion euro­péenne. Cela impli­que­rait éga­le­ment que les pays d’Eu­rope du Nord sub­ven­tionnent abon­de­ment ceux d’Eu­rope du Sud.

Ces sub­ven­tions, de l’ordre de plu­sieurs cen­taines de mil­liards d’eu­ros par an, ne seraient bien sûr jamais accep­tées par les pays d’Eu­rope du Nord, Alle­magne en tête. Ils sup­po­se­raient une soli­da­ri­té entre États membres, qui passe néces­sai­re­ment par un sen­ti­ment d’ap­par­te­nance com­mune. Celui-ci ne sau­rait résul­ter de quel­conques décrets. Enfer­més dans le dogme contrac­tua­liste de la socia­bi­li­té arti­fi­cielle, les uto­pistes du fédé­ra­lisme euro­péen pensent pou­voir créer une nation euro­péenne, oubliant que la nation est avant tout un pro­duit de l’his­toire, qu’elle ne se construit pas par un arti­fice technocratique. 

Devant l’im­passe de leur pro­jet, les euro­péistes n’ont d’autre solu­tion que  de fuir le débat de fond. Les grandes for­mules creuses emplissent leurs dis­cours. Les « affaires » mono­po­lisent l’at­ten­tion des médias. Nous assis­tons à une dépo­li­ti­sa­tion du débat poli­tique natio­nal, syn­drome d’une dépos­ses­sion poli­tique orches­trée par l’U­nion euro­péenne. Dans ce contexte, la sor­tie de l’eu­ro appa­raît comme une néces­si­té de pre­mier plan, cette mon­naie unique étant fon­da­men­ta­le­ment incom­pa­tible avec notre sou­ve­rai­ne­té politique.

N. Lami­daeff