L’Amérique se défie du globalisme

De part et d’autre de l’Atlantique, souverainistes et populistes sont confrontés au globalisme, un ennemi commun qui s’incarne dans des accords de libre-échange.

Reprenons Maurras : le pays légal et le pays réel. Fracture toujours ouverte, purulente par moments – nous y sommes. Analyse d’un visionnaire : le socle d’une nation contre la République des coquins. Et maintenant, les soutiers d’une civilisation contre le globalisme des copains : on est passé du cadre national à celui de l’Europe. Les enjeux sont les mêmes, les batailles aussi. Seuls les noms ont changé. Les souverainistes veulent arracher l’Hexagone à la gangue supranationale. Et remettre le pouvoir au peuple légitime du pays réel. La France retrouverait son visage. Cependant, trop de souverainistes ne se doutent pas encore que de l’autre côté de l’Atlantique, le combat est le même. Que la fracture de Maurras y est la même. Que l’affrontement entre deux pays y est le même. La victoire de Donald Trump est celle du pays réel. Victoire fragile mais bien présente. Victoire emblématique : pourquoi ne pas le reconnaître ? Trump a choisi son camp. C’est celui des souverainistes. L’Atlantique traverse l’Occident. Les souverainistes et les populistes, dans leurs pays respectifs, reconnaissent volontiers qu’ils ont un ennemi commun : le globalisme. Mais, alors que les populistes américains craignent sincèrement de voir la France glisser dans un carcan universel, les souverainistes français, dans leur grande majorité, n’imaginent pas un semblable destin réservé à l’Amérique. Il n’existe pas de symétrie dans l’angoisse. Pourquoi ? De l’extrême gauche à l’extrême droite, la plupart des Français restent convaincus que l’Amérique, dans sa dévorante ambition, tient fermement les manettes du globalisme. Comment pourrait-on être à la fois le machiniste d’un monstrueux outil et sa victime ? Le procès est instruit, la cause entendue, le verdict sans appel. Washington, la Mecque du nivellement général. Aussitôt, l’hégémonie de l’Amérique prend le visage du cynisme et la forme d’un étau. Sa volonté de domination s’immisce dans tous les domaines : politique, économie, commerce, diplomatie, guerre. Du coup, chaque partie devient une formalité, chaque adversaire un figurant.

Une chape protéiforme

Le saisissant contraste entre l’intrigue que l’on attribue à l’Amérique et les terribles défis qu’on lui lance derrière sa rutilante façade suffirait à ruiner l’accusation. D’abord, la prééminence américaine encore si spectaculaire ne doit rien à une machination et tout à l’histoire du pays, à la mentalité anglo-saxonne, à la décadence de l’Europe. Ensuite, con-fondre Amérique et globalisme, sous prétexte que l’économie prime tout, revient à déformer la nature de la chape protéiforme qui s’installe sous nos yeux. Enfin, si l’Amérique était réellement à la tête du globalisme, elle aurait toutes les raisons d’apparaître comme sa seule bénéficiaire. Or, où sont les rapines de l’écumeur de nations ? La vérité est ailleurs. L’Amérique est en crise. Rien de con-joncturel. Au contraire. Question de survie. Trump l’a prouvé. Les soixante-cinq millions d’Américains qui ont voté pour lui le savent bien : l’Amérique n’est pas le promoteur du globalisme mais sa victime. Comme les autres. Pis que les autres parce qu’elle est plus grosse.

Détruire la souveraineté

Plus grosse, plus puissante, donc plus opérationnelle : première raison à cette transformation de l’Amérique en instrument – sa vitalité, son expérience, sa présence dans tous les domaines. Un atout pour le globalisme qui avait besoin d’un élan initial, d’une force structurante, d’un générateur universel. Et de quelques lobbies, quelques institutions peuplées d’actifs spadassins du Nouvel Ordre. Comme le Council on Foreign Relations (CFR). Fondé en 1921, installé à New York, fort de plus de cinq mille membres, c’est l’alambic qui a distillé le venin subversif dans l’administration, les universités, l’armée et tous les gouvernements depuis celui de Franklin Roosevelt. Son but : la destruction de la souveraineté américaine. Ses satellites : le groupe de Bilderberg, la Commission trilatérale, Davos. Des cosmocrates, des élites aussi apatrides que l’argent de la Federal Reserve Bank, alias la Fed. Autre bastion du globalisme. Bastion privé, banque émettrice, temple de la manipulation fiduciaire, moteur des économies orchestrées. Le dollar aux ordres. Suivent deux officines de même esprit : la pieuvre qui ruine les souverainetés nationales (ONU) et la machine qui broie les économies (FMI). L’Amérique se trouve dans leur ligne de mire. La première veut ébranler son système judiciaire, corroder le principe de légitime défense et imposer à ses lois le canevas gaucho-libéral ; la seconde l’expose à de terribles dangers : transfert de sommes colossales des contribuables aux banquiers véreux comme ceux de Goldman Sachs, utilisation éhontée de la planche à billets pour alimenter cyniquement les privilégiés de Wall Street, production de “bulles” artificielles comme celle de 2008 dont l’explosion accentue le désarroi de la classe moyenne. Celle qui donne son sang aux guerres. Et surtout aux guerres du globalisme comme celle d’Irak déclenchée par George Bush, marionnette des agents sionistes camouflés en néo-conservateurs. Opération magistrale : le Moyen-Orient éclaté ouvre les perspectives du Grand Israël.

Le rêve d’un marché universel

Deuxième raison à la transformation de l’Amérique en instrument : la nécessité impérieuse de l’intégrer à un processus qui ne conçoit pas d'”ailleurs”, ne tolère pas de refuge, n’imagine pas d’exception. D’où la notion d’un marché universel, d’une gigantesque zone de libre-échange. D’où des traités commerciaux qui recouvrent la planète : vers le Nord avec le Canada ; vers le Sud avec le Mexique (Alena) ; vers l’Ouest avec douze pays riverains du Pacifique (PT) ; enfin, vers l’Est avec les vingt-huit membres de l’Union européenne (PTCI ou TTIP). Traités qui dissolvent le national en harmonisant l’universel. Le nivellement aux normes touche tous les domaines : santé, environnement, agriculture, justice, sécurité, armée, finances, entreprises, télécommunications… Les interférences gouvernementales dictées par des besoins sont remplacées par des immixtions systémiques dictées par un dogme. Trump va renégocier l’Alena et s’est empressé d’enterrer les deux autres traités. Mais il lui a fallu également combattre les métastases : l’immigration illégale qui débouche sur le Grand Remplacement ; les délocalisations d’entreprises qui provoquent les pertes d’emplois ; la gauchisation de la Cour suprême qui perpétue l’avortement légal. Trump interpelle les globalistes : pourquoi ouvrir les frontières à la misère et au terrorisme ? Pourquoi obéir aveuglément à l’imposture du réchauffement mondial ? Pourquoi faire de la classe moyenne blanche une victime expiatoire ? Pourquoi initier et conduire des guerres qui ne sont pas les nôtres ?

Philippe Maine

Paru dans l'Action Française 2000 n° 2952 du 06 Avril 2017.