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Éco­lo­gie : deman­dez les programmes !

À l’ap­proche de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle, l’é­co­lo­gie semble s’an­crer à gauche. Un paradoxe.

L’é­co­lo­gie, à la dif­fé­rence d’autres sujets comme l’é­co­no­mie ou la sécu­ri­té, n’est pas seule­ment une par­tie plus ou moins impor­tante d’un pro­gramme, mais consti­tue la véri­table matrice d’une vision politique. 

Il y a un peu plus d’un an, la France accueillait la COP21 dont le résul­tat a été consi­dé­ré par la plu­part des obser­va­teurs comme un suc­cès – même si, dans ce domaine comme dans bien d’autres, la mise en œuvre des conclu­sions relève d’un art d’exé­cu­tion. Or, même si les signa­taires eux-mêmes n’en sont pas for­cé­ment conscients, celles-ci appellent à un chan­ge­ment de para­digme qui doit bou­le­ver­ser les fon­de­ments socio-éco­no­miques sur les­quels reposent nos socié­tés depuis plus de deux cents ans.

Benoît Hamon, Jean-Luc Mélen­chon et Yan­nick Jadot

À cet égard, dans la pers­pec­tive de l’é­lec­tion pré­si­den­tielle, les can­di­dats de la gauche semblent aujourd’­hui les plus lucides. « Je ne crois plus dans un modèle de déve­lop­pe­ment qui se fonde sur un seul objec­tif : cap sur la crois­sance, ça ne marche pas ! », a décla­ré Benoît Hamon, alors can­di­dat à l’é­lec­tion pri­maire de la gauche, le 15 décembre der­nier, lors d’une mani­fes­ta­tion orga­ni­sée à Paris par la Mai­son des sciences de l’homme et l’Ins­ti­tut Veblen. C’est aus­si la vision de Jean-Luc Mélen­chon, le can­di­dat de la France insou­mise, qui plaide pour une « pla­ni­fi­ca­tion éco­lo­gique » devant abou­tir, notam­ment, à un parc éner­gé­tique entiè­re­ment renou­ve­lable à l’ho­ri­zon 2050. Enfin, c’est bien la moindre des choses pour un can­di­dat éco­lo­giste, Yan­nick Jadot appelle à « un chan­ge­ment com­plet de modèle de socié­té » et à « sor­tir de nos vieilles éner­gies natio­nales ». Sur ce thème, le rap­pro­che­ment entre les trois can­di­dats, qui semble d’ailleurs s’a­mor­cer entre le pre­mier et le troi­sième, est donc logique et cohérent.

De son côté Emma­nuel Macron, qui n’a pas lais­sé le sou­ve­nir d’un enga­ge­ment en faveur de l’é­co­lo­gie lors de son pas­sage au gou­ver­ne­ment, se livre aujourd’­hui à un exer­cice d’é­qui­libre (ce dont il est cou­tu­mier) entre liber­té éco­no­mique et pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Favo­rable aux éner­gies de flux plu­tôt que de stocks, déployant tout un éven­tail de mesures allant de la lutte contre l’ar­ti­fi­cia­li­sa­tion des sols à la pro­tec­tion de la bio­di­ver­si­té en pas­sant par un contrôle plus strict des normes envi­ron­ne­men­tales, il est  désor­mais pré­sen­té par ses par­ti­sans comme un can­di­dat écologiste.

Fran­çois Fillon et Marine Le Pen

À droite, le dis­cours est dif­fé­rent. L’é­co­lo­gie est peu citée et, quand elle l’est, c’est pour dire, comme l’a fait Fran­çois Fillon, can­di­dat des Répu­bli­cains, qu’il sup­pri­me­ra de la Consti­tu­tion le prin­cipe de pré­cau­tion qu’y avait intro­duit Jacques Chi­rac, au pro­fit d’un « prin­cipe de res­pon­sa­bi­li­té, qui [lui] paraît aus­si impor­tant ». Quant à Marine Le Pen, can­di­date du Front natio­nal, si elle a une per­cep­tion de la nature que cer­tains qua­li­fient de « bar­ré­sienne », avec un pro­fond atta­che­ment aux pay­sages héri­tés de l’his­toire, son pro­gramme ne déve­loppe pas de véri­table vision écologique.

Quel para­doxe ! L’on voit ain­si l’é­co­lo­gie consti­tuer la trame de pro­grammes por­tés par des néo-libé­raux, héri­tiers des révo­lu­tions poli­tique et indus­trielle des XVIIIe et XIXe siècles qui ont pro­fon­dé­ment affec­té le rap­port de l’homme à son envi­ron­ne­ment, et à des post-sta­li­niens dont les modèles ont lais­sé une Europe cen­trale et orien­tale exsangue au milieu de ses friches indus­trielles pol­luées, tan­dis que la droite est au mieux muette et au pire hos­tile aux pro­po­si­tions avan­cées sur le sujet.

Long­temps can­ton­née à un anti­com­mu­nisme de prin­cipe, faute de pou­voir déve­lop­per sa propre concep­tion posi­tive, la droite est aujourd’­hui inca­pable de pro­po­ser un pro­gramme de rup­ture avec la socié­té de consom­ma­tion, pro­jet auquel l’é­co­lo­gie appor­te­rait une assise solide. Car au-delà de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, c’est aus­si une éco­lo­gie humaine qu’il convient de pro­mou­voir et qui est tota­le­ment absente des dis­cours du moment. On le com­prend de la part de la gauche et de la droite libé­rale volon­tiers liber­taire ; pas de la droite « hors les murs » qui pour­rait uti­le­ment y renou­ve­ler ses idées. 

Fabrice de Chanceuil