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Emma­nuel Macron, le plus alle­mand des candidats

À l’approche de l’élection pré­si­den­tielle, le can­di­dat Macron s’attire les faveurs d’Angela Merkel.

Le suc­cès d’Em­ma­nuel Macron ne se limite pas à la sphère média­tique fran­çaise. Le pré­sident du mou­ve­ment En Marche ! s’est offert le 16 mars une deuxième visite réus­sie outre-Rhin. À la Her­tie School of Gover­nance, le can­di­dat à la pré­si­den­tielle a dis­cu­té de l’Eu­rope avec le phi­lo­sophe Jür­gen Haber­mas et le vice-chan­ce­lier social-démo­crate Sig­mar Gabriel devant un par­terre d’in­tel­lec­tuels et de jour­na­listes ber­li­nois, avant de ren­con­trer la chan­ce­lière Ange­la Merkel.

Sa pre­mière visite, en jan­vier der­nier, n’é­tait pas non plus pas­sée inaper­çue. Dans son dis­cours à l’u­ni­ver­si­té Hum­boldt de Ber­lin (tenu en anglais…), il avait ren­du hom­mage à la poli­tique migra­toire d’An­ge­la Mer­kel et réaf­fir­mé son adhé­sion au pro­jet euro­péen. Cela ne pou­vaient qu’al­ler droit au cœur de la chan­ce­lière en pleine cam­pagne pour un qua­trième man­dat. Vue d’outre-Rhin, la can­di­da­ture d’Em­ma­nuel Macron est une béné­dic­tion : son pro­fil de jeune cadre dyna­mique, sa rela­tive jeu­nesse en poli­tique, son dis­cours reje­tant les cli­vages par­ti­sans lui donnent, aux yeux des Alle­mands, une car­rure d’homme pro­vi­den­tiel. Macron semble par­fai­te­ment répondre aux attentes du peuple… alle­mand ! Nom­breux sans doute sont ceux qui voient en lui une espèce d’é­pi­gone fran­çais du chan­ce­lier social-démo­crate Gerhard Schrö­der. Der Spie­gel va jus­qu’à voir en lui « l’homme qui pour­rait sau­ver l’Eu­rope » ; de même, le cen­triste et libé­ral Tagess­pie­gel a salué sa venue d’un « vive l’Eu­rope ».

Il a tout pour plaire à Mutti !

En somme, Macron appa­raît comme l’op­tion pri­vi­lé­giée des gou­ver­nants alle­mands. Com­ment le leur repro­cher ? Depuis le début de la crise de la zone euro, l’Al­le­magne cherche à affir­mer son ancrage euro­péen. Prin­ci­pal contri­bu­teur net de l’UE (19,7 % du bud­get euro­péen en 2014 contre 16,7 % pour la France) ain­si que pre­mier contri­bu­teur du Méca­nisme euro­péen de sta­bi­li­té (27 % contre 20 %), l’Al­le­magne sou­hai­te­rait sans doute que cette charge soit un peu mieux répar­tie avec son prin­ci­pal par­te­naire his­to­rique – même si, prin­ci­pal béné­fi­ciaire du mar­ché com­mun et de la zone euro, elle sou­hai­te­rait que tout conti­nue et que le Brexit ne vienne pas trou­bler la fête. Enfin, fai­sant face à une démo­gra­phie décli­nante, l’Al­le­magne compte sur l’im­mi­gra­tion du Tiers-Monde pour enrayer le vieillis­se­ment de sa population.

Emma­nuel Macron a donc tout pour plaire : une pos­ture favo­rable à l’UE et à tou­jours plus d’in­té­gra­tion dans la zone euro ; une ferme volon­té de réfor­mer (com­pre­nez mettre au pas) la France sur le plan struc­tu­rel en lui fai­sant res­pec­ter les enga­ge­ments euro­péens de limi­ta­tion du défi­cit à 3 % du PIB. Les com­pli­ments faits à « Mut­ti » sur sa poli­tique migra­toire – dont les Ham­bour­geoises ont pu appré­cier les résul­tats l’an­née der­nière – ne gâchent rien. Entre un Fran­çois Fillon dis­cré­di­té et un Benoît Hamon vu comme un uto­piste, l’ex-ban­quier semble prêt à apai­ser la prin­ci­pale crainte de nos voi­sins : l’é­lec­tion de Marine Le Pen, seul des can­di­dats qui, par prin­cipe, ne sera pas reçu par la chancelière. 

Charles Horace