Marin de Viry : « Le roi, c’est la France telle que l’é­ter­ni­té l’a voulue »

Marin de Viry : « Le roi, c’est la France telle que l’é­ter­ni­té l’a voulue »

Annon­çant la faillite de l’É­tat, Marin de Viry appelle à lever l’hy­po­thèque qui pèse sur l’a­ve­nir. Dans cette pers­pec­tive, il explique qu’un roi, fac­teur d’u­ni­té, contri­bue­rait à redon­ner à la France la confiance qui lui manque.

Un roi immé­dia­te­ment : tel est le titre de votre der­nier livre. La Ve Répu­blique ne répon­drait-elle plus à sa défi­ni­tion de monar­chie répu­bli­caine, conci­liant un exé­cu­tif fort avec les exi­gences d’un par­le­men­ta­risme raisonné ?

La Ve Répu­blique n’a plus rien à voir avec le régime que les consti­tuants avaient ima­gi­né en 1958. Pas seule­ment pour des rai­sons ins­ti­tu­tion­nelles – certes, les ins­ti­tu­tions ont un peu évo­lué et l’Eu­rope a chan­gé la donne –, mais aus­si et sur­tout à cause de l’es­prit poli­tique qui a conduit depuis qua­rante ans à hypo­thé­quer d’a­bord l’a­ve­nir – par­don de par­ler d’argent, mais je pense à la dette que nous allons rem­bour­ser encore long­temps, nos enfants nais­sant avec plus de 30 000 euros de dette publique dans leur ber­ceau –, ensuite le pré­sent – c’est-à-dire les poli­tiques que nous n’a­vons plus la capa­ci­té de mettre en place en rai­son de cette dette – et enfin le pas­sé – le capi­tal qui nous a été trans­mis et que nous allons dila­pi­der pour payer cette dette. Aucun régime ne résiste à une dette aus­si énorme que la nôtre, qui touche à la fois l’hé­ri­tage, l’ac­tion pré­sente et l’ac­tion future. Le quan­ti­ta­tif agresse le qua­li­ta­tif, la civi­li­sa­tion est mena­cée par notre compte en banque, et le scan­da­leux des­tin de la Grèce nous pend au nez. Quand vous êtes en qua­si-faillite, vous n’a­vez plus d’es­pace poli­tique, plus de sou­ve­rai­ne­té, vous n’a­vez plus le droit de pen­ser votre ave­nir tout seul. Le roi est nu. Il ne vous reste qu’à espé­rer que le régime a assez de force pour redres­ser la situa­tion. La Ve Répu­blique était un régime sup­po­sé­ment fort et équi­li­bré. Pas sûr qu’il résiste au stress de la faillite. Quant au par­le­men­ta­risme rai­son­né, l’ex­pres­sion avait un sens quand l’exé­cu­tif était rai­son­nable et les par­le­men­taires exa­gé­ré­ment géné­reux : les par­le­men­taires dis­si­paient, l’exé­cu­tif gar­dait, et les finances publiques étaient bien gar­dées. Aujourd’­hui, les deux dissipent…

La Ve Répu­blique vous semble avoir lais­sé de côté la socié­té civile. Une monar­chie vous sem­ble­rait-elle mieux à même de lais­ser vivre et se déve­lop­per les élites du pays réel ?

Le pays réel… Je ne vais pas vous taqui­ner là-des­sus. Disons plu­tôt le pays du prin­cipe de réa­li­té. Le pays des Fran­çais qui ont une cer­taine idée d’eux-mêmes, de leur réa­li­sa­tion, de leur idéal, et qui se frottent aux réa­li­tés. Quand d’une part les réa­li­tés deviennent très dures et l’i­dée qu’ils se font de leur réa­li­sa­tion est mépri­sée, et que d’autre part la source de ce mépris et de ces dif­fi­cul­tés est la même, c’est-à-dire tout ce qui est « offi­ciel », où il y a le gou­ver­ne­ment mais aus­si les médias et la vie cultu­relle, alors le résul­tat est méca­nique, poli­tique, humain, ce que vous vou­lez, mais il est clair : ils détestent cette source. D’au­cuns l’ap­pellent le « sys­tème » ; dans le sys­tème, le prin­cipe de réa­li­té n’a­git pas, tout sim­ple­ment. S’il agis­sait, nous aurions le sen­ti­ment d’une cer­taine rai­son dans les poli­tiques et d’une cer­taine sta­bi­li­té dans la situa­tion. Dans l’i­déal, la monar­chie appor­te­rait une réponse à cette ques­tion, en dis­tin­guant les citoyens – ou les sujets, je ne suis pas très regar­dant sur la ter­mi­no­lo­gie – qui seraient véri­ta­ble­ment utiles ; et au som­met, véri­ta­ble­ment nobles, c’est-à-dire ayant admi­nis­tré la preuve qu’ils font pas­ser leur hon­neur, lequel est tou­jours au ser­vice des hommes et donc de la socié­té, avant leur inté­rêt per­son­nel. Le prin­cipe de réa­li­té, c’est tout sim­ple­ment le champ d’ap­pli­ca­tion de l’in­tel­li­gence pra­tique qui vise un prin­cipe. Je vise quelque chose, j’ai des moyens pour le réa­li­ser et je cherche la bonne com­bi­nai­son. Quand j’é­coute beau­coup de res­pon­sables poli­tiques, je me dis que l’in­tel­li­gence les a déser­tés. Non pas qu’ils soient idiots, mais l’es­prit de l’in­tel­li­gence ne leur est tout sim­ple­ment pas utile pour réus­sir. Il leur suf­fit de se pro­me­ner avec des grilles de lec­ture en l’air, comme des cerfs-volants, pour réussir. 

« Par sa pré­sence », écri­vez-vous dans votre livre, « le roi fait peuple ». Pou­vez-vous pré­ci­ser votre pensée ?

C’est d’a­bord un vieux para­doxe : nous serions plus unis, donc plus peuple, par un roi catho­lique qui n’au­rait pas été choi­si que nous ne le sommes par un pré­sident qui a été choi­si, mais pas par tous, et qui a une durée de légi­ti­mi­té de plus en plus faible. Le roi est à l’a­bri des trolls de Face­book et d’ailleurs qui font et défont la popu­la­ri­té. Ensuite, c’est une affaire de méta­phy­sique : le roi, c’est la France telle que l’é­ter­ni­té l’a vou­lue. Pas une sorte de com­mu­nau­té de ren­contre que l’on traîne d’ac­ci­dent en acci­dent jus­qu’à son éven­tuelle dis­pa­ri­tion maté­rielle. Il faut croire que Dieu a vou­lu la France, ou alors c’est un nom de marque comme Coca-Cola. Enfin, le roi est une per­sonne, et la répu­blique un mot. Le hasard ou la pro­vi­dence, l’é­ter­ni­té, l’in­car­na­tion : sous ces trois idées, dans un pays don­né, cha­cun peut se sen­tir le voi­sin de l’autre. 

Vous deman­dez « un roi immé­dia­te­ment ». Il y a donc urgence selon vous… Quels sont les prin­ci­paux défis que notre pays a à relever ?

Un seul : celui d’une belle conscience de lui-même, car il le mérite. Géné­reuse, forte, intel­li­gente, humble, entre­pre­nante, ardente : les idées de démo­cra­tie directe et de monar­chie peuvent beau­coup contri­buer à intro­duire ces adjec­tifs dans la conscience col­lec­tive et indi­vi­duelle. Dans ce pays, il nous manque un som­met et une base. Nous avons un milieu en per­di­tion, qu’on appelle le sys­tème. Il faut s’en débar­ras­ser sans haine, avec des idées claires sur la manière dont plus de liber­tés don­ne­raient de meilleurs résul­tats dans tous les domaines. Mais ne per­dons pas de temps. 

Votre concep­tion de la royau­té est soli­daire de votre foi catho­lique : la laï­ci­té ne vous semble-t-elle pas avoir tenu ses promesses ?

Ce qu’il faut gar­der de l’es­prit de la laï­ci­té, c’est qu’au­cune puis­sance ne doit être auto­ri­sée à prendre le contrôle des consciences. L’É­du­ca­tion natio­nale doit conti­nuer d’exis­ter, avec le man­dat de déve­lop­per les connais­sances, la capa­ci­té cri­tique de cha­cun, mais en lien étroit avec la notion d’in­té­rêt géné­ral ; elle doit culti­ver une dis­cré­tion bien­veillante, pru­dente, res­pec­tueuse, en ce qui concerne les croyances de la per­sonne et de la famille de la per­sonne. Il se trouve qu’être citoyen n’é­puise pas les aspi­ra­tions de la per­sonne. La laï­ci­té laisse un vide et laisse une liber­té. Lais­sons le roi don­ner l’exemple d’un vide com­blé, et lais­sons les hommes libres de le com­bler à leur guise. Sacrons le roi, et lais­sons les hommes recon­naître Dieu, ou pas. Garan­tis­sons la per­ma­nence de la pré­sence du catho­li­cisme en France, et lais­sons l’É­glise pola­ri­ser les âmes si elle le peut. Mais c’est bien au chris­tia­nisme catho­lique que nous devons don­ner les clefs des sym­boles, c’est-à-dire de l’u­nion de ce qui est sépa­ré. Le lien entre l’homme et Dieu, entre les hommes, entre les sexes, entre la France et les Fran­çais. En un pro­di­gieux tra­vail mul­ti­sé­cu­laire, le catho­li­cisme a délé­gi­ti­mé la vio­lence, a don­né à cha­cun les clefs d’un des­tin indi­vi­duel paci­fique, utile, aimant, main­te­nu l’es­pé­rance en les fins der­nières, et constam­ment main­te­nu l’in­vi­sible pré­sent dans le visible. Ce n’est pas assez que de rap­pe­ler que le catho­li­cisme est dans nos racines. Il est ce que nous sommes. Un roi catho­lique, c’est le début de la fin de la haine de nous-mêmes.

Pro­pos recueillis par Fran­çois Marcilhac