La Monar­chie au-des­sus des par­tis

La Monar­chie au-des­sus des par­tis

Les actuelles joutes pré­si­den­tielles nous démontrent à l’envi toute la dan­ge­ro­si­té mais aus­si le ridi­cule de cette course au Pou­voir de quelques ambi­tions per­son­nelles et par­ti­sanes qui oublient les réa­li­tés pour s’attacher les votes des élec­teurs, du moins durant les jours de scru­tin. Les pro­messes ne font pas un pro­gramme et les pro­grammes ne tiennent pas leurs pro­messes, et les citoyens l’ont com­pris qui, pour beau­coup, déses­pèrent de voir des solu­tions concrètes et cré­dibles sor­tir des urnes prin­ta­nières. La Nou­velle enquête sur la Monar­chie est aus­si l’occasion de rap­pe­ler qu’il existe, au-delà de la Répu­blique et de ses dif­fé­rentes formes, un « autre régime » que l’on peut, au regard de l’histoire et de la contem­po­ra­néi­té répu­bli­caines qua­li­fier de « nou­veau », hors et au-des­sus des par­tis et de leur sys­tème…

La trans­mis­sion héré­di­taire de la magis­tra­ture suprême de l’État est le meilleur moyen de l’indépendance royale, même si elle ne garan­tit pas for­cé­ment que le sou­ve­rain soit tota­le­ment libre de toute influence. Ce qui est cer­tain, en tout cas, c’est que l’hérédité libère l’État et que la Monar­chie n’est pas, ne peut pas et ne doit pas être un par­ti, même roya­liste, ce que le comte de Paris et son père, le duc de Guise, n’ont ces­sé de répé­ter en leurs temps res­pec­tifs, par­fois aux dépens de l’Action Fran­çaise qui, néan­moins et heu­reu­se­ment, res­te­ra tou­jours fidèle à la Mai­son de France.

Cela signi­fie-t-il que la Monar­chie ne s’engage pas, et qu’elle reste poli­ti­que­ment neutre ? Dans la concep­tion fran­çaise de la Monar­chie active, elle n’est pas un simple orne­ment ins­ti­tu­tion­nel, et elle joue un rôle arbi­tral qui n’est pas, au contraire de la Répu­blique encore mâti­née de jaco­bi­nisme (par­fois très conscient et reven­di­qué, comme l’a prou­vé le redé­cou­page des régions à la sauce « hol­lan­daise » de ce quin­quen­nat-là, qui n’a tenu aucun compte ni des réa­li­tés his­to­riques ni des légi­times doléances régio­na­listes), un pou­voir arbi­traire. Arbi­trer n’est d’ailleurs pos­sible que si les règles sont connues et l’arbitre recon­nu : l’indépendance de nature de la magis­tra­ture suprême de l’État en Monar­chie per­met l’arbitrage dans de bonnes condi­tions, mais, dans le cadre de la Monar­chie fédé­ra­tive, les déci­sions royales ne sont pas aus­si nom­breuses que dans une Répu­blique (plus « pari­sia­niste » que fran­çaise), ce qui au pas­sage leur accorde aus­si et ain­si plus de force et de cré­di­bi­li­té. Comme le disait un vieux spor­tif roya­liste, « le roi laisse jouer » et il n’intervient que lorsque, faute de pou­voir dénouer une situa­tion com­pli­quée, l’on fait appel à lui. Au risque de sur­prendre, mais en repre­nant une intui­tion de l’avocat monar­chiste Jean-Marc Varaut, je dirai que la Monar­chie joue, d’une manière cer­taine, le rôle de l’actuel Conseil consti­tu­tion­nel ! Rien de moins, et sans doute un peu plus…

Car, contrai­re­ment au Conseil consti­tu­tion­nel, le roi n’est pas nom­mé par des per­son­na­li­tés ins­ti­tu­tion­nelles et par­ti­sanes, ni en fonc­tion de choix poli­tiques : là encore, sa nais­sance le pré­serve de ce choix fait par d’autres que le « hasard contrô­lé » inhé­rent à la Monar­chie héré­di­taire et suc­ces­sible. De plus, le roi est le sym­bole visible, l’incarnation de la nation plu­rielle sans par­ti-pris, le double trait d’union, tem­po­rel entre le pas­sé et le pré­sent, et poli­tique entre les toutes les com­po­santes consti­tuées de la France : il n’est pas l’homme d’un par­ti ou d’une par­tie contre l’autre, il est au-des­sus des par­tis et des par­ties, et sa force est de ne jamais dépendre d’eux puisqu’il ne leur doit rien, et sûre­ment pas sa légi­ti­mi­té, de nature et d’origine « extra-démo­cra­tique », ce qui lui per­met de garan­tir le libre exer­cice par cha­cun de ses droits, liber­tés et pou­voirs, sans inter­fé­rer sur ceux-ci. Le roi est l’autorité « au-des­sus » qui per­met les liber­tés à tous les niveaux de la nation ; il est le som­met de la pyra­mide des pou­voirs et la condi­tion de la néces­saire sub­si­dia­ri­té qui fait vivre, à tous les degrés de l’échelle, les pou­voirs concrets. La Tour du Pin résu­mait cela en expli­quant qu’il fal­lait remettre la Monar­chie dans l’État et la Démo­cra­tie dans les pro­vinces, les com­munes et tous les autres corps inter­mé­diaires : c’est, encore et tou­jours, le sens même du com­bat roya­liste, un com­bat qui ne cherche pas la vic­toire d’un par­ti roya­liste mais l’établissement d’une Monar­chie sans par­ti-pris, pour ser­vir le pays et non « se ser­vir ». L’actuelle pré­si­den­tielle, avec son lot de pro­messes et de scan­dales, semble bien loin d’une telle pers­pec­tive : elle est, aujourd’hui, le meilleur argu­ment a contra­rio de la Monar­chie et il serait bien dom­mage de ne pas le faire savoir à nos conci­toyens…

Jean-Phi­lippe Chau­vin

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