Le féminisme de Friedrich Engels aux origines du communisme

Le féminisme de Friedrich Engels aux origines du communisme

Dans l’ombre de Karl Marx, Friedrich Engels (1820-1895) voyait dans les «  inégalités de genre  », comme on dit aujourd’hui, l’origine de la lutte des classes.

Devant la sublime gauche moderne et libérale, le marxisme semble désormais ringard. L’invocation du Capital ne sert plus que de caution morale aux derniers socialistes résistant aux appels de la mondialisation. Cependant, en citant Karl Marx, on oublie souvent son fidèle camarade, Friedrich Engels.

Allemand également, il est né en 1820, deux ans après lui. C’est en 1844 que les deux hommes se rencontrent. Ils commencent à théoriser le communisme. Ensemble ils publient le Manifeste du Parti communiste et deviennent dès lors les deux parangons de ce schéma de pensée. Les deux compères militent activement au sein de la Première Internationale. Marx meurt en 1883. Engels va se servir des notes qu’il a laissées pour écrire un essai, L’Origine de la famille, de la propriété privée et de l’État.

Comment la société se dote d’un État

C’est un livre anthropologique. Il s’intéresse aux sociétés humaines sans État, comme chez les Indiens ou les nombreux peuples de l’Antiquité. Engels, en continuant les travaux de Marx, chercher à rendre compte du passage d’une société sans État à une société qui en possède un. Il aborde les modifications que cela engendre pour les Hommes la composant. Les travaux de Lewis Henry Morgan, anthropologue de l’époque, lui servent de base  ; ce dernier a longtemps vécu avec les peuples iroquois, observant une société plus égalitaire que la nôtre.

Engels va défendre une idée, celle de l’oppression des femmes  : pour lui elles sont les grandes perdantes de notre monde. L’instauration dans toutes les sociétés d’un système patriarcal et d’un mariage monogamique constituent pour elles une double oppression. Elles ne sont plus affectées qu’aux fonctions reproductives,t écartées du travail et de la production par leur mari. Elles sont devenues leur propriété et ne sont plus libres. Les Iroquois possédaient, eux, une société gentilice, c’est-à-dire une société familiale sans chef ni noble. C’est la collectivité qui se chargeait de régler les conflits. La production était commune et toutes les terres appartenaient à la tribu. Tous les individus y étaient égaux et libres, hommes comme femmes.

Hiérarchie des sexes et propriété privée

Or, en Europe, la situation est tout autre. On peut remarquer que les hommes dominent les femmes. Cette hiérarchie va faire naître la notion de propriété privée. Les terres n’appartiennent plus à la tribu mais à des individus, ce qui crée forcément avec le temps des différences. Ces différences ne peuvent qu’aller croissant. Un individu gagnant plus qu’un autre peut ainsi le contraindre par la force économique à lui obéir ce qui créera la première lutte de classe. Pour empêcher de graves conflits est né l’État. Par sa force, il maintient la paix entre tous. Il empêche les plus pauvres de se rebeller et les plus riches de trop les exploiter.

Il y a donc dans le marxisme une part de féminisme. Ce sont les inégalités hommes- femmes qui créent les premières distensions et suscitent la lutte des classes. Avec ce livre, Engels décrit la naissance du capitalisme et de ses travers. C’est une des œuvres fondatrices du communisme que Marx voyait comme un futur pilier pour la défense des ouvriers et du peuple. Engels s’éteint en 1895, scellant par sa mort la fin de la première vague des théoriciens rouges…

Roger Bats