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Nou­velle Alpine : le pas­sé, valeur d’avenir

La pré­sen­ta­tion d’une nou­velle Alpine est immi­nente. Pour Renault, il s’a­git de renouer avec une tra­di­tion en som­meil depuis une ving­taine d’années.

L’at­tente aura été longue : le mois pro­chain (en mars 2017), à l’oc­ca­sion du salon de Genève, sera enfin dévoi­lée la nou­velle Alpine ; plus d’un quart de siècle se sera écou­lé depuis la pré­sen­ta­tion, en mars 1991, au même endroit, de l’A610, ultime héri­tière d’une dynas­tie fon­dée en 1955. Pour peu qu’ils soient chau­vins, cela ne man­que­ra pas de réjouir les ama­teurs de conduite, sinon de pilo­tage. « À quoi sert la course auto­mo­bile ? », avait jadis deman­dé le géné­ral de Gaulle. « À faire gagner la France ! », lui avait répon­du Jean Rédé­lé, fon­da­teur d’Alpine.

Mon­tée en gamme

C’est d’a­bord sur la route que cette nou­velle voi­ture se frot­te­ra à ses rivales. Moins bour­geoise qu’une Porsche Cay­man, elle s’an­nonce tou­te­fois plus confor­table qu’une Lotus Élise. À tra­vers elle, Renault pré­tend inves­tir le seg­ment du « sport pre­mium ». Sans doute les ventes seront-elles modestes, quoique les quelque deux mille pre­miers exem­plaires ouverts à la réser­va­tion aient déjà trou­vé pre­neur. En tout cas, c’est un petit pas vers la mon­tée en gamme du Losange. De toute façon, comme l’ex­pli­quait der­niè­re­ment Car­los Tavares, ancien direc­teur géné­ral de Renault, aujourd’­hui à la tête de PSA, « la course au volume est une dimen­sion d’un autre âge » (Les Échos) – la prio­ri­té étant désor­mais don­née à l’ac­crois­se­ment des marges. 

Reniant l’as­pect spar­tiate de la célèbre A110, ce nou­veau modèle se rap­pro­che­ra davan­tage, dans sa phi­lo­so­phie, de l’A310 appe­lée à lui suc­cé­der en 1971. Mais pas dans son desi­gn ! Se rac­cro­chant aux épi­sodes les plus glo­rieux de son his­toire, Alpine ins­crit son renou­veau dans l’hé­ri­tage qua­si-exclu­sif de la ber­li­nette dis­pa­rue en 1977. D’un point de vue tech­nique, cepen­dant, sa loin­taine des­cen­dante s’en dis­tingue à bien des égards. Son moteur ne sera plus dis­po­sé en porte-à-faux arrière, mais en posi­tion cen­trale, juste der­rière les sièges. De plus, « elle va dis­po­ser d’un châs­sis en alu­mi­nium qui est la marque de fabrique de Lotus et non d’Al­pine », s’in­digne Jacques Chei­nisse, numé­ro 2 his­to­rique de la marque, dans un entre­tien au site Motor 1. Cela étant, toute tra­di­tion n’est-elle pas néces­sai­re­ment critique ?

Sou­cieux de renouer avec elle, Renault enra­cine à Dieppe, siège his­to­rique de la marque, la pro­duc­tion de la nou­velle Alpine. C’est un choix ration­nel dans une optique stric­te­ment éco­no­mique, cette usine étant spé­cia­li­sée dans les pro­duc­tions de niche et tout par­ti­cu­liè­re­ment dans celle des voi­tures de sport. Mais c’est aus­si un atout mar­ke­ting, les clients poten­tiels exi­geant aujourd’­hui, plus ou moins consciem­ment, des gages d’au­then­ti­ci­té. En revanche, le retour du « A flé­ché » en com­pé­ti­tion appa­raît, quant à lui, très arti­fi­ciel : si les vic­toires sont engran­gées sur les cir­cuits des Euro­pean Le Mans Series, elles le sont en fait par un construc­teur tiers (Signa­tech) dont les voi­tures ont sim­ple­ment été repeintes aux cou­leurs d’Alpine.

Noblesse méca­nique

Le public sera-t-il dupe ? On ver­ra bien. Mais peut-être Renault aura-t-il tiré quelque leçon de ses erreurs, par­fois récentes. En 2010, il avait ten­té une relance bien hasar­deuse de Gor­di­ni, un nom pres­ti­gieux lui aus­si, rava­lé au rang de simple fini­tion. Par ailleurs, ses modèles spor­tifs ont sou­vent pâti d’un manque de noblesse méca­nique. Sur ce point, les cir­cons­tances jouent en sa faveur : sous les capots des Porsche et autres BMW, par exemple, afin de réduire les consom­ma­tions, les moteurs quatre cylindres sont désor­mais légion, si bien que l’Al­pine n’au­ra pas à rou­gir de la com­pa­rai­son. Si les ache­teurs sont conquis, il sera ten­tant de trans­for­mer l’es­sai afin d’en récol­ter des divi­dendes via la pro­duc­tion d’une modèle plus lar­ge­ment dif­fu­sé (on parle déjà d’un SUV). Au risque de rompre les fils reliant Alpine à son pas­sé, les­quels sont pour­tant la clef du suc­cès escompté.

Gré­goire Dubost