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Économie : demandez le programme !

Panorama des programmes économiques des principaux candidats à l’élection présidentielle.

Puisque les Français ont le pouvoir de choisir la personne qui présidera à leur destinée collective, ils veulent tout savoir des intentions des candidats. Il leur faut un programme, des mesures et, surtout en ce qui concerne l’économie, des chiffres. Peu importe que ces chiffrages aient été systématiquement démentis par l’expérience présidentielle. Mais lorsqu’ils ont les programmes sous les yeux, voilà qu’ils réclament non plus des mesures, mais une vision, un cap. Tous les candidats n’ont pas dévoilé la totalité de leur programme, mais les mesures qu’ils ont annoncées donnent une vision assez claire de leurs orientations.

Le Pen, Mélenchon : étatistes

Il y a d’abord ceux qui, chacun à sa manière, font de la souveraineté un préalable au déploiement de leur politique économique. Si Marine Le Pen, avec son ministère chargé des Souverainetés, est la plus explicite sur la sortie de l’euro et l’abrogation de Schengen, Mélenchon joue les pragmatiques et évoque un « plan B » en cas d’échec des négociations devant peu ou prou aboutir au même résultat ; question de méthode sans doute. Le protectionnisme, qu’il soit « intelligent » chez l’une ou « solidaire » chez l’autre, est explicitement revendiqué et se décline, par exemple, sur la question du travail détaché. S’ils se retrouvent également sur leur vision de l’agriculture et de la politique énergétique, Mélenchon semble avoir davantage creusé la question et vouloir aller plus loin. À l’inverse, le programme lepéniste se différencie surtout du programme mélenchoniste par ses références à la préférence nationale, qu’elle concerne les prestations sociales ou le logement. Tous deux souhaitent renforcer la progressivité de l’impôt sur le revenu, mais seul le candidat du Front de gauche ose s’attaquer au tabou du salaire maximum. Outre les questions “identitaires”, quelques nuances économiques continuent à identifier Le Pen à la droite par rapport au gauchiste Mélenchon. S’ils veulent tous deux retirer aux banques privées le monopole des emprunts publics, seul Mélenchon souhaite le rachat de la dette par la banque centrale. Et là où Marine Le Pen souhaite baisser les dépenses publiques de 60 milliards d’euros et instaurer une obligation légale de déficit structurel égal à zéro, Mélenchon n’évoque aucune économie sinon la lutte contre l’évasion fiscale, et veut dépenser 100 milliards d’euros en faveur de l’économie sociale et solidaire. En tout cas, si les copies rendues par ces deux candidats peuvent apparaître ambitieuses ou difficiles à mettre en œuvre, elles ne sauraient être qualifiées de fantaisistes ou d’irréalistes.

Fillon, Macron : libéraux

Aux 100 milliards que Mélenchon souhaite injecter dans les investissements d’utilité écologique ou sociale répondent les 100 milliards d’économie que Fillon souhaite programmer sur la durée de son éventuel quinquennat. Macron, moins ambitieux, avance le chiffre de 50 milliards. Ces deux candidats ont beau avouer leurs penchants catholiques ou royalistes (dont la longue tradition, chez les uns comme chez les autres, se veut pourtant attentive aux questions sociales), Fillon et Macron répondent parfaitement à la définition que donnait Daudet du libéral : « celui qui adore Dieu et qui respecte le Diable ». L’avantage de les avoir vus à l’œuvre au gouvernement est qu’ils nous ont donné un aperçu de leur vision économique, que leur programme ou embryon de programme confirment, même s’ils donnent lieu à des surprises intéressantes (impôt sur la rente immobilière en lieu et place de l’ISF pour Macron, prestations sociales réservées aux résidents réguliers pour Fillon). La gémellité est globalement saisissante. Chez ces deux candidats, l’Union européenne n’est pas remise en cause ; tout au plus est-elle aménagée ou réorientée. Tous deux se retrouvent également sur la question de l’assurance chômage, qu’il s’agisse de plafonner les indemnités (Macron) ou les allocations (Fillon), d’obliger les chômeurs de longue durée à se former ou de mieux contrôler voire sanctionner le manque de diligence dans la recherche d’emploi. Macron veut lever les freins au travail du dimanche et Fillon est à peine moins lâche (à prendre dans le sens que l’on voudra) ; l’encadrement des loyers est remis en cause des deux côtés, de même que la pression fiscale sur les entreprises. Le libéral-progressiste et le libéral-conservateur offrent deux programmes assez proches.

Hamon : l’utopiste hybride

Quant au candidat du PS, qui a bien retenu les préconisations de Terra Nova, il doit sans doute une part de son succès à sa compatibilité avec la gauche utopiste, celle des écologistes sociétaux et des insomniaques de Nuit debout. Revenu universel de base, transformation de l’Union européenne en instance de progrès social ou résorption du chômage par la baisse du temps de travail… On ne sait pas s’il s’agit davantage de naïveté ou de démagogie. L’annulation partielle de la dette, dont on peut débattre, procède de la même propension à vouloir dépenser sans compter. Des propositions qui viennent parasiter les ambitions du candidat envers l’agriculture ou la défense, dont le budget devrait selon lui être exclu des règles européennes de déficit, devant lui permettre d’atteindre les 3 % de PIB consacrés aux dépenses de sécurité intérieure et extérieure.

Ce panorama, fatalement incomplet, ne nous dit rien de vraiment nouveau. Mais il nous permet de vérifier que, même en économie, la question de la nation reste centrale. Le reste, ou comme disaient certains l’intendance, suivra – ou non.

Pierre Marchand