You are currently viewing Les condi­tions de l’union

Les condi­tions de l’union

Mani­fes­te­ment, la volon­té des média, puis­sam­ment aidés par les auto­ri­tés d’un Par­le­ment euro­péen ou d’un exé­cu­tif fran­çais tout sauf dés­in­té­res­sées, d’en­fer­mer Marine Le Pen, comme Fran­çois Fillon, dans des « affaires » en vue de pré­sen­ter, a contra­rio, Macron comme une che­va­lier blanc, aura fait long feu. Son dis­cours de Lyon, le 5 février, le suc­cès de sa ren­trée poli­tique sur France 2 le jeu­di 9 – un record d’au­dience –, enfin la décli­nai­son de ses cent qua­rante-quatre enga­ge­ments l’au­to­risent à lan­cer sa cam­pagne sous les meilleurs aus­pices. C’est aus­si que Marine Le Pen, par la net­te­té de son pro­pos, décla­rant que « la réponse n’est pas tech­ni­cienne, elle est réga­lienne », rap­pe­lant « la valeur sacrée de la vie », confir­mant son atta­che­ment à la liber­té sco­laire, ou met­tant en avant la « pro­tec­tion de l’i­den­ti­té natio­nale », aura ras­su­ré cer­taines franges d’un élec­to­rat qui s’in­quié­tait de l’am­bi­guï­té d’un dis­cours qui sem­blait par­fois par­tir dans tous les sens. Nous avons ici suf­fi­sam­ment cri­ti­qué, sans aucune mal­veillance, cette ambi­guï­té pour ne pas, tout aus­si libre­ment, saluer la syn­thèse que Marine Le Pen a réus­si à réa­li­ser, même si nous dou­tons de l’ef­fi­ca­ci­té de cer­taines de ses mesures : outre l’in­ter­dic­tion dans l’es­pace public des signes reli­gieux osten­ta­toires, qui risque d’être contre-pro­duc­tive – elle a d’ailleurs cher­ché, sur France 2, à ras­su­rer sur le sujet –, un ser­vice mili­taire ou civil de trois mois pour les gar­çons et les filles, qui coû­te­ra fort cher pour une effi­ca­ci­té très réduite en termes de cohé­sion sociale, un réfé­ren­dum d’i­ni­tia­tive popu­laire déclen­ché à comp­ter d’un seuil de cinq cent mille signa­tures, qui paraît bien insuf­fi­sant pour écar­ter le piège com­mu­nau­taire, la réfé­rence à un fort mal dit « roman natio­nal », quand l’en­sei­gne­ment de notre his­toire serait suf­fi­sant, ou encore la reva­lo­ri­sa­tion du dia­logue com­mune-dépar­te­ment cha­peau­té par l’É­tat, dont le jaco­bi­nisme idéo­lo­gique ne répond pas aux défis de demain, même si Marine Le Pen dit refu­ser un « État omni­po­tent et omni­pré­sent » au pro­fit d’un « État pro­tec­teur » de la liber­té d’en­tre­prendre et « des justes équi­libres ». L’es­sen­tiel, c’est que Marine Le Pen ait recen­tré son pro­jet sur « le fil rouge de l’in­té­rêt natio­nal », non seule­ment en matière éco­no­mique et sociale, mais plus lar­ge­ment dans tous les domaines de la vie d’un peuple. Pêle-mêle : recou­vre­ment de notre indé­pen­dance diplo­ma­tique, sor­tie de l’O­tan, ins­crip­tion de la prio­ri­té natio­nale dans la Consti­tu­tion, expul­sion des étran­gers condam­nés, per­pé­tui­té réelle, lutte effi­cace contre le ter­ro­risme, pas­sant notam­ment par la déchéance de la natio­na­li­té des bina­tio­naux ou l’ex­clu­sion des élé­ments indé­si­rables, construc­tion d’un second porte-avions nucléaire, le Riche­lieu, sanc­tua­ri­sa­tion tant du bud­get de la Défense à hau­teur de 2 % du PIB (dans la pers­pec­tive de 3 %) que de la liber­té d’ex­pres­sion et des liber­tés numé­riques, pour ne citer que quelques-unes des mesures les plus emblé­ma­tiques. Nous ne reve­nons pas, évi­dem­ment, sur la sor­tie de l’eu­ro et de l’U­nion euro­péenne, que nous approu­vons en soi mais dont le mode de réa­li­sa­tion est loin d’être assu­ré. Un réfé­ren­dum six mois après les élec­tions, c’est-à-dire quand l’é­tat de grâce sera ter­mi­né et alors que les consé­quences réelles du Brexit ne seront pas connues, peut sur­tout être per­du, même si « le vent de l’his­toire a tour­né » et que nous assis­tons enfin au « réveil des peuples ».

Patriotes contre mondialistes 

On le sait, Marine Le Pen récuse l’op­po­si­tion droite-gauche pour lui pré­fé­rer celle de « deux visions » : d’un côté, le « choix mon­dia­liste » qui serait repré­sen­té par « tous ses concur­rents » – y loge­rait-elle Dupont-Aignan, ce qui serait mal enga­ger une volon­té de ras­sem­ble­ment après le pre­mier tour ? – ; de l’autre, « le choix patriote », qu’elle incar­ne­rait – seule, en toute logique. Il n’est pas cer­tain que tous les élec­teurs par­tagent la même concep­tion dicho­to­mique de la vie poli­tique. Il n’en est pas moins vrai que tous les grands par­tis du sys­tème ou toutes ses nébu­leuses, des Répu­bli­cains au Par­ti socia­liste, en pas­sant par En marche, se rangent dans le camp de l’o­li­gar­chie inter­na­tio­nale et se sou­mettent à l’Eu­rope alle­mande, et qu’il n’est plus de droite par­le­men­taire patriote dans son ensemble, ce qui n’est pas, évi­dem­ment, exclure du camp patriote ceux qui pensent pou­voir, de l’in­té­rieur, mieux agir pour limi­ter les dégâts : nous pen­sons – sans être exhaus­tif – à des per­son­na­li­tés telles que Xavier Lemoine, qui a refu­sé, contrai­re­ment à d’autres maires, de jouer la carte du com­mu­nau­ta­risme – est-ce la rai­son pour laquelle l’U­DI veut sa peau ? – ou Nico­las Dhuicq, qui se disait récem­ment, sur TV Liber­tés, « assez monar­chiste » parce que « le pays a besoin d’un point cen­tral d’u­ni­té » et dont les prises de posi­tions sociales ou géo­po­li­tiques par­ti­cipent de la recons­truc­tion de l’i­den­ti­té et de la puis­sance fran­çaises. Au centre, un Jean Las­salle jette un regard revi­go­rant et sou­vent ico­no­claste sur des inté­rêts poli­ti­co-finan­ciers qui méprisent le pays réel au pro­fit des puis­sants. À la gauche de la gauche, même s’il convient d’ob­ser­ver avec atten­tion l’é­vo­lu­tion du dis­cours de Mélen­chon, le refus de prendre en compte la ques­tion de l’i­den­ti­té limite la por­tée d’un patrio­tisme sou­vent réel et d’un euro­cri­ti­cisme qui reste pure­ment éco­no­mique ou moné­taire, alors que l’en­tre­prise mon­dia­liste est avant tout idéo­lo­gique (l’u­to­pie cos­mo­po­lite, reprise en France par cer­tains intel­lec­tuels se récla­mant bruyam­ment du catho­li­cisme). C’est pour­quoi le patrio­tisme lucide est alors taxé de « xéno­phobe », voire – hor­reur ! – d”« anti-répu­bli­cain », dans une démarche pro­phy­lac­tique qui vise à sor­tir du cercle de la rai­son poli­tique ceux qui réclament des mesures de bon sens – le bon sens serait donc « anti­ré­pu­bli­cain » – contre l’ins­tau­ra­tion for­cée d’une socié­té mul­ti­con­flic­tuelle. On enferme alors ces patriotes lucides dans une « cage aux phobes » (Phi­lippe Muray) – la répu­ta­tion d’ex­tré­misme – qui per­met de garan­tir auprès de l’é­lec­to­rat, conser­va­teur de l’exis­tant par peur du nou­veau, un pla­fond de verre néces­saire à la per­pé­tua­tion du sys­tème oli­gar­chique, dont la gauche de la gauche est fina­le­ment la com­plice objective.

Unis dans la diversité

Marine Le Pen s’est adres­sée à « tous les patriotes de gauche et de droite », en vue de for­mer une « majo­ri­té pré­si­den­tielle » pour les légis­la­tives, puis un gou­ver­ne­ment d”« union natio­nale ». L’Ac­tion fran­çaise milite depuis son ori­gine pour un tel ras­sem­ble­ment de tous ceux qui veulent entrer dans cette démarche, vrai­ment « laïque » pour le coup – le mot est de Maur­ras –, visant le seul bien com­mun de la nation. Elle le pra­tique même en dia­lo­guant sans cesse avec toutes les sen­si­bi­li­tés patriotes, dans le mili­tan­tisme quo­ti­dien ou ses col­loques, à son uni­ver­si­té d’é­té ou dans les colonnes de son jour­nal. Mais qu’en­tendre quand Marine Le Pen demande à tous les patriotes de « la rejoindre » ? Une majo­ri­té pré­si­den­tielle et un gou­ver­ne­ment d’u­nion natio­nale sup­posent que des tra­di­tions diverses se conjuguent dans une même dyna­mique. S’il s’a­git de se fondre dans un par­ti (le FN) ou une nébu­leuse (le RBM), l’ap­pel risque de n’être enten­du que par des indi­vi­dua­li­tés, vite déçues d’être écra­sées par le bull­do­zer par­ti­san. Nul ne peut pré­tendre seul incar­ner le « choix patriote ». Il faut savoir unir, à tra­vers leurs sen­si­bi­li­tés, des familles poli­tiques sous un même pro­jet de recons­truc­tion natio­nale. Telle est la condi­tion de la victoire.

Fran­çois Marcilhac