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Haro sur Hamon

La large vic­toire de Benoît Hamon aux « pri­maires citoyennes » du Par­ti socia­liste ne doit évi­dem­ment pas occul­ter le mal­en­ten­du que celle-ci recouvre. Certes, alors que Valls deman­dait à Hamon, en mai 2016, de quit­ter le PS s’il dépo­sait une motion de cen­sure contre le gou­ver­ne­ment sur la loi tra­vail – ce qu’­Ha­mon s’est bien gar­dé de faire –, il est piquant de consta­ter que c’est Valls que les élec­teurs socia­listes ont déci­dé de chas­ser, sinon du Par­ti socia­liste, du moins de la course à l’É­ly­sée. Une belle revanche, en effet, pour ce fron­deur… en peau de lapin, qui n’a eu de cesse de ména­ger l’exé­cu­tif durant tout le quin­quen­nat, au bilan catas­tro­phique duquel il a par­ti­ci­pé comme ministre délé­gué à l’É­co­no­mie sociale et soli­daire puis comme ministre de l’É­du­ca­tion natio­nale, avant de démis­sion­ner fort oppor­tu­né­ment avec Mon­te­bourg à la fin du mois d’août 2014 – quelques jours avant la ren­trée sco­laire ! Quel sens des res­pon­sa­bi­li­tés pour un ministre de l’É­du­ca­tion ! Son objec­tif ? Quit­ter un navire en voie de per­di­tion suf­fi­sam­ment tôt pour se refai­reune vir­gi­ni­té avant les « pri­maires citoyennes ». Ce qui, semble-t-il, lui a mieux réus­si qu’à Mon­te­bourg, réduit à jouer les uti­li­tés. Benoît Hamon a donc pu faire oublier ses cinq années de com­pro­mis­sion avec Hol­lande, auprès d’é­lec­teurs qui ont sur­tout, selon le bon vieux réflexe pou­ja­diste qui tra­verse tous les cou­rants poli­tiques, sor­ti, ou cru sor­tir les sortants ! 

Petits cal­culs politiques

Le Par­ti socia­liste explo­se­ra-t-il ? Valls attend désor­mais son heure, espé­rant comme jadis Mit­ter­rand ramas­ser à plus ou moins brève échéance un par­ti à recons­truire tout en recueillant les fruits des échecs de la droite. Car la vic­toire de l’ex-jeune rocar­dien Hamon, qui, selon Jacques Sapir, com­men­tant l’é­lec­tion sur son blogue, est avant tout celle de ses réseaux, ne serait peut-être qu’en trompe-l’œil si, en effet, la sin­cé­ri­té sociale de son pro­gramme venait à être ébran­lée. Alors, tan­dis que la droite du PS irait voir du côté de Macron, can­di­dat attrape-tout, la gauche irait ren­for­cer les troupes d’un Mélen­chon jugé plus authen­tique – même si les pre­miers son­dages démentent pour l’ins­tant ce cas de figure. Il n’en reste pas moins que c’est bien l’homme (répu­té) le plus à gauche que les élec­teurs socia­listes ont déci­dé d’in­ves­tir pour la pré­si­den­tielle, prou­vant que le réflexe iden­ti­taire, lui aus­si, tra­verse tous les cou­rants. Le quin­quen­nat de Hol­lande a brouillé tous les repères d’un élec­to­rat pen­sant en 2012 qu’a­vec la vic­toire de leur can­di­dat la finance inter­na­tio­nale, enfin, ne dic­te­rait plus ses ordres au gou­ver­ne­ment fran­çais, que ce soit direc­te­ment ou par l’in­ter­mé­diaire de Bruxelles ou de Ber­lin. Or, à peine élu, Hol­lande a tra­hi tous ses enga­ge­ments sans que le pays en tire aucun pro­fit, le chô­mage ayant même grim­pé comme jamais en cinq ans ! À tort ou à rai­son, c’est donc bien en obéis­sant à un réflexe iden­ti­taire de gauche que les socia­listes ont por­té Hamon à la can­di­da­ture – une gauche reve­nue à ses sources, en dépit de ses évo­lu­tions. Car le pro­gramme social de Hamon vise à renouer avec un pro­gres­sisme cen­sé appor­ter le para­dis ter­restre. Le tra­vail, malé­dic­tion biblique ? Qu’à cela ne tienne ! Nous nous diri­geons néces­sai­re­ment – tel est le sens de l’his­toire – vers la socié­té du non-tra­vail, et le reve­nu uni­ver­sel et les 35 heures, voire les 32, ne feraient qu’ac­com­pa­gner cette uto­pie en cours de réa­li­sa­tion. De fait, Hamon tente la syn­thèse d’un dis­cours social archaïque avec le dis­cours libé­ral-liber­taire – il est notam­ment favo­rable à l’eu­tha­na­sie et à la léga­li­sa­tion du can­na­bis –, en vue de faire pas­ser la pilule d’un mon­dia­lisme tou­jours plus agres­sif, la méthode Hol­lande-Valls d’un ral­lie­ment direct au social-libé­ra­lisme ayant échoué auprès des Fran­çais. Mais, pas plus qu’­Hol­lande ayant men­ti en 2012 sur sa volon­té de rené­go­cier le trai­té bud­gé­taire euro­péen, Hamon n’en­vi­sage vrai­ment, une fois au pou­voir, de négo­cier – avec quels par­te­naires ? – la créa­tion d’une « alliance inter­éta­tique, poli­tique et socié­tale » (sic) visant à impo­ser un mora­toire de la règle arbi­traire des 3 % de défi­cit impo­sée par Ber­lin via Bruxelles. En revanche, on peut lui faire confiance sur sa volon­té de fusion­ner, au détri­ment des classes moyennes, l’im­pôt sur le reve­nu et la CSG ou, comme le sou­haite France Stra­té­gie, de s’at­ta­quer au patri­moine des Fran­çais, en vue de finan­cer notam­ment sa poli­tique immi­gra­tion­niste géné­reuse. Il veut en effet pri­ver les Fran­çais des fruits, péni­ble­ment gagnés, de leur tra­vail, trans­mis à leurs enfants sous forme d’hé­ri­tage, en uti­li­sant une par­tie, tou­jours plus grande, gageons-le, de droits de suc­ces­sion tou­jours plus oné­reux – gageons-le éga­le­ment –, pour finan­cer la « soli­da­ri­té sociale » qui devien­dra sous son quin­quen­nat un véri­table ton­neau des Danaïdes. Puisque, outre le finan­ce­ment du non-tra­vail, Hamon ouvri­ra grandes les portes à tous les « migrants » du monde entier : il se veut en effet « beau­coup plus géné­reux en matière de droit d’a­sile », et, à cette fin, ins­tau­re­ra des « visas huma­ni­taires ». Il vou­drait aus­si « mul­ti­plier par deux le nombre de places en centres d’ac­cueil de deman­deurs d’a­sile » et ins­tau­rer « un droit au tra­vail sous cer­taines condi­tions » pour les « migrants » – un droit dont, en revanche, seraient pri­vés les Français !

Jus­tin Tru­deau de gauche

Car le pro­gramme de ce Jus­tin Tru­deau de gauche – Macron n’é­tant, au fond, que son clone du centre-droit – est cohé­rent. Valls n’a pas eu tort, durant la cam­pagne des pri­maires, de dénon­cer en lui son manque de clar­té sur la laï­ci­té – nous pré­fé­rons dire : sur l’i­den­ti­té natio­nale, ce qui n’est pas exac­te­ment la même chose. Hamon, qui est favo­rable au voile isla­mique, impo­se­rait à marche for­cée une com­mu­nau­ta­ri­sa­tion de la France, déjà bien enta­mée, au pro­fit de l’is­la­misme le plus radi­cal, à l’exemple de son fief, la ville de Trappes dans les Yve­lines, dont il veut faire le modèle de la France de demain. Plai­dant pour des « accom­mo­de­ments qui, dans le res­pect de la laï­ci­té et des prin­cipes de la Répu­blique (sic), per­met­tront à l’is­lam en France de trou­ver une place sem­blable à celle des autres reli­gions », il met­trait en place deux mesures phares : impo­ser par­tout, et même à l’en­sei­gne­ment pri­vé, une pré­ten­due « mixi­té sociale » visant à dis­soudre l’É­du­ca­tion « natio­nale » dans une dyna­mique com­mu­nau­ta­riste ; créer une « bri­gade de lutte contre les dis­cri­mi­na­tions », qu’il ose pré­sen­ter comme un « nou­veau ser­vice public », alors que cette milice, sur le modèle de la Mut­ta­wa séou­dienne tra­quant les récal­ci­trants à l’is­la­mi­que­ment cor­rect, tra­que­rait tous les récal­ci­trants à ce reli­gieu­se­ment cor­rect que serait deve­nu le com­mu­nau­ta­risme. Immi­gra­tion­niste et mon­dia­liste – un pléo­nasme, c’est vrai –, Hamon est bien le can­di­dat des « ter­ri­toires per­dus de la répu­blique » aban­don­nés à l’is­la­misme : il en est même le porte-parole. Son élec­tion, dont les pre­mières vic­times figu­re­raient par­mi la frange la plus popu­laire, au sens vrai du terme, de son élec­to­rat, por­te­rait un coup sup­plé­men­taire à l’i­den­ti­té natio­nale et ferait cou­rir un risque sérieux à la paix civile.

Jamais une élec­tion n’au­ra été aus­si ouverte, d’au­tant qu’à l’heure où nous écri­vons nous ne connais­sons pas les déve­lop­pe­ments de l’af­faire – ou des affaires – Fillon, désor­mais au coude à coude, dans les son­dages, avec Macron, tan­dis que Marine Le Pen stagne. La pré­sen­ta­tion, ces 4 et 5 février, à Lyon, de ses 144 enga­ge­ments per­met­tra-t-elle d’en­rayer la lente éro­sion de son élec­to­rat ? Tout dépen­dra évi­dem­ment de la teneur d’un pro­gramme qui sera, de toute façon, dia­bo­li­sé par le sys­tème. Nul besoin, donc, de cher­cher à lui plaire ! 

Fran­çois Marcilhac