Gérard Col­lomb et ses 4 000 euros

Gérard Col­lomb et ses 4 000 euros

Une petite phrase prê­tée au séna­teur-maire de Lyon a sus­ci­té la polémique.

La 9 jan­vier, Cathe­rine Lagrange, cor­res­pon­dante pour Reu­ters, Le Pari­sien et Le Point, rap­por­tait une phrase de Gérard Col­lomb se plai­gnant de « tom­ber à 4 000 euros par mois ». Bien que la chasse aux « fari­boles » soit décla­rée, cette infor­ma­tion s’est d’a­bord pro­pa­gée à tra­vers les médias offi­ciels puis sur les réseaux sociaux. En chœur, la presse aja relayé l’in­for­ma­tion sans en véri­fier la véra­ci­té puis­qu’elle était col­por­tée par des « médias de réfé­rence ». Mais quelques jours plus tard, le maire de Lyon a rec­ti­fié ce qu’il affir­mait être une erreur. La phrase avait été pro­non­cée le 6 jan­vier, à la fin du déjeu­ner des vœux du maire. En pareille cir­cons­tance, M. Col­lomb aime échan­ger et par­fois plai­san­ter quand il passe entre les tables. Mais cette décla­ra­tion n’é­tait de toute évi­dence pas cen­sée venir infor­mer les convives de ses nou­veaux revenus. 

Le maire n’é­tait donc pas amer de ne gagner que 4 000 euros par mois, ses reve­nus ayant bais­sé à cause de son absen­téisme au Sénat. Car bien qu’il ait éco­pé de la sanc­tion maxi­male pour absen­téisme, les reve­nus de Gérard Col­lomb sont bien supé­rieurs à 4 000 euros. Les 710 euros et 2 cen­times d’a­mende ne retirent qu’une cerise sur son gâteau : d’a­près Le Pro­grès, le total de ses « salaires » d’é­lu s’é­lève à 8 972,02 euros après pla­fon­ne­ment, aux­quels s’a­joutent 6 037,23 euros d’in­dem­ni­tés de frais liés à son man­dat de séna­teur, plus une retraite de pro­fes­seur agré­gé, esti­mée entre 3 000 et 3 800 euros. Le site de Lyon People parle même, au sujet de Gérard Col­lomb, d’un « emploi fic­tif à 136 200 euros par an ». On com­prend qu’il n’ait pas jugé bon de se plaindre.

Le pro­cès du Sénat

L’ou­vrage d’Y­van Ste­fa­no­vitch, Le Sénat – Un para­dis fis­cal pour des par­le­men­taires fan­tômes, paru en juin 2016, vient éclai­rer l’ac­ti­vi­té par­le­men­taire de Gérard Col­lomb, dont le taux de pré­sence a connu un petit rebond depuis que l’ab­sen­téisme est plus dure­ment sanc­tion­né (finan­ciè­re­ment). L’as­so­cia­tion Regards Citoyens l’a­vait pla­cé à la dixième place de son clas­se­ment des bon­nets d’âne de la Haute Assem­blée. Ce n’est pas volé : le jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion indique que, depuis 2005, « Gérard Col­lomb n’é­tait pré­sent qu’en­vi­ron deux semaines par an ».

La rai­son de cet absen­téisme n’est évi­dem­ment pas la paresse, mais plu­tôt que ce man­dat et celui de pré­sident de la métro­pole du Grand Lyon sont dif­fi­ci­le­ment conci­liables. Gérard Col­lomb ne sou­haite pas pour autant démis­sion­ner de son poste de séna­teur. Il atten­dra l’en­trée en vigueur de la loi sur le cumul des man­dats, en sep­tembre 2017. Il devrait alors pri­vi­lé­gier la ville de Lyon et lais­ser vacant son siège de séna­teur, cette fois pour de bon.

Cette affaire a per­mis à la presse fran­çaise de se dis­tin­guer une nou­velle fois pour prou­ver à quel point elle était fiable et objec­tive… Elle vient aus­si poin­ter à nou­veau l’i­nu­ti­li­té du Sénat, peu­plé de vieux par­le­men­taires avides (leurs indem­ni­tés de séna­teur échap­pant à toute fis­ca­li­té) élus au suf­frage indi­rect par des conseillers régio­naux, dépar­te­men­taux, et muni­ci­paux. Le pays légal contre le pays réel, une fois de plus.

Abel Larue