Pour en finir avec l’euro

Instruisant le procès de la monnaie unique, Jacques Sapir appelle l’État à mettre en œuvre une véritable stratégie économique.

L’euro est-il mort  ? Tel est le titre du livre collectif, paru aux éditions du Rocher et dirigé par Jacques Sapir, qui rassemble les contributions d’une douzaine d’économistes qui n’appartiennent pas aux mêmes courants politiques mais partagent une même conviction  : il convient de sortir de l’euro si l’on veut que la France en particulier renoue avec la croissance. La monnaie unique est en effet responsable de notre désindustrialisation et de la paupérisation de la société, lesquelles s’accompagnent d’une désertification économique grandissante du pays – cette France périphérique qui cumule tous les handicaps. «  L’euro est une catastrophe  »  : la première partie du livre fait le bilan de plus de quinze années de monnaie unique, créée le 1er janvier 1999 par les vainqueurs du traité de Maastricht de 1992. D’autant que l’euro, comme le note fort justement Jacques Sapir, n’est pas neutre sur le plan politique  : il est même «  au cœur des transformations politiques que connaît la société française  » en tant qu’ «  instrument pour discipliner les peuples, et les contraindre à accepter les règles de la financiarisation et du capital  ». Bref, sous couvert de mesures techniques, instaurer une forme de tyrannie, autrement appelée gouvernance, et qui n’est en fait que ce vieux rêve saint-simonien du remplacement du gouvernement des hommes par l’administration des choses – les peuples et les citoyens étant alors traités comme tels. Cette forme de tyrannie, ou «  gouvernement des règles  », Jacques Sapir l’appelle «  démocrannie  », qui «  recouvre une réalité exposée dès l’antiquité tardive par Augustin, […] soit le tyran qui, arrivé de manière « juste » au pouvoir fait un usage « injuste » de ce dernier  »  : bref, derrière le respect formel de la légalité démocratique, son enterrement de première classe…

Réindustrialiser la France

La seconde partie est prospective, puisqu’il s’agit de «  reconstruire après l’euro  ». Comment  ? En changeant radicalement l’ensemble du cadre économique, afin de favoriser la réindustrialisation de la France. La question de l’euro ne se pose donc pas seulement en termes monétaires et politiques, mais aussi en termes de stratégie économique  : «  cet enjeu renvoie à la question de l’intégration générale de la politique monétaire dans une stratégie économique  », en tirant, notamment, les leçons du modèle de financement de l’après-guerre, qui a permis à la France de redémarrer, dans le cadre d’un protectionnisme financier intelligent, où l’État retrouverait son rôle naturel de stratège – conformément du reste à ce que fut toujours la politique de nos rois en la matière  : «  l’une des conditions absolument essentielles est que la politique de financement soit pensée et intégrée comme une partie prenante de la politique de développement, et qu’elle soit à son service  ». Un retour du politique dans l’Europe et de l’Europe dans le monde qu’interdit précisément la monnaie unique, «  symptôme du vide européen  », comme le démontre Hervé Juvin dans un article magistral. C’est pourquoi la sortie de l’euro devra prendre «  tous les moyens d’une compétitivité retrouvée de l’entreprise France  », pour permettre à notre pays de recouvrer sa liberté en lui redonnant son rang international et sa vocation de nation non alignée.

Un grand mensonge

L’euro n’est donc qu’un «  grand mensonge  », à la fois européen et national  : c’est ce que développe Jacques Sapir dans un autre ouvrage, plus court, qui paraît parallèlement au Cerf, L’euro contre la France, l’euro contre l’Europe. Un mensonge dont l’impact sur l’économie française date, en réalité, de plus de vingt ans, puisque la perspective même de la création de la monnaie unique, voulue par Mitterrand, a pesé sur l’économie française dès le début des années 1990. L’euro  ? Il faut en sortir, certes, mais en sortir ne suffira pas. Ce qui est certain, c’est que les candidats du système, eux, restent des pratiquants de la religion de la monnaie unique et d’une Europe institutionnelle dont la seule raison d’être est de dissoudre les nations qui la composent. La question de l’euro fait donc partie d’une problématique européenne plus vaste, qui inclut tant des questions de souveraineté que d’identité (l’invasion migratoire organisée par Bruxelles). Isoler certains des pans de cette problématique générale, c’est se condamner à échouer. «  Souverainistes  », «  identitaires  » et «  économistes hétérodoxes  » sont appelés à travailler ensemble s’ils veulent travailler efficacement à libérer la France.

François Marcilhac

Paru dans l'Action Française 2000 n° 2947 du 19 Janvier 2017.