Les femmes et la Révolution

Les hommes ont pris la Bastille et les femmes… une dérouillée  ! En effet, la Révolution et la République qu’elle engendra leur réservèrent un sort peu enviable.

Vous rappelez-vous quel sermon fastidieux vous accueillait le lundi matin sur les bancs de l’école  ? Vous rappelez-vous comment, au chapitre de la Révolution, les yeux de cette veule marâtre sans fortune ni grâce s’éclairaient lorsque venait le temps d’enseigner aux jeunes filles la manière dont 1789 avait libéré la femme  ? L’histoire, bien sûr, était bidonnée. C’était une légitimation circonscrite au respect qu’inspire la mise en branle des intérêts bourgeois. Déjà, à l’époque, les militantes s’échauffaient  : les hommes «  nous laissent dans l’état d’infériorité – disons vrai, d’esclavage – dans lequel ils nous retiennent depuis si longtemps  », s’écrie la fondatrice des Étrennes nationales des dames, à la fin de l’année 1789  ; «  la moitié de l’espèce humaine est privée de ses droits naturels  », rumine la rédactrice du Sort actuel des femmes.

Condition naturelle

Si, dès le 22 décembre de cette année, peu de doutes planent sur l’intérêt que la bourgeoisie nouvellement élue porte au beau sexe (seuls les hommes étant alors autorisés à voter), les abolitions de juin 1793, à l’origine de la deuxième constitution, l’annonçaient clairement  : l’état de citoyen est un privilège au ban duquel les femmes sont mises sans égard. Dans les rangs de l’Assemblée, elles n’ont de place que pour acclamer ou siffler les tribuns, eu égard à l’absence de facultés politiques à laquelle les tient leur condition naturelle, tournée vers la domesticité. Un héritage que ne semblent pas retenir les députés féminins actuels  ; la pauvreté de leur discours devrait pourtant les inciter à l’assumer  ! «  Femmes impudentes qui voulez devenir des hommes, n’êtes vous pas assez bien [loties]  ? Que vous faut-il de plus  ? […] Au nom de [la] nature, restez ce que vous êtes  ; et loin de nous envier les périls d’une vie orageuse, contentez-vous de nous les faire oublier au sein de nos familles.  » Derrière les propos de Pierre-Gaspard Chaumette (porte-parole des Sans-Culottes), proches de ceux tenus par les hommes des « Lumières », se révèle le prisme à travers lequel les femmes de la Révolution se retrouvaient considérées.

Victimes de la Terreur

Si elles ne jouissent pas d’une entière liberté au sein des hémicycles, les femmes de la Révolution bénéficient des grâces de la République. Elles sont violées, fusillées, noyées, guillotinées… Parmi les cent mille meurtres déclarés de la Terreur, 20  % concernent des femmes. Au coin de la mort, c’est une inégalité supplémentaire qu’il serait de mauvais ton de relever… Au seuil de cette année 1793, l’abolition des préceptes de l’Ancien Régime achève d’entériner la légende libertaire  : blâme systématique de l’épouse en cas de divorce [1]  ; déresponsabilisation du père d’un enfant inattendu [2]  ; fin de l’instruction des jeunes filles,… Dans sa vindicte fanatique à l’encontre de l’Église, la République révèle le visage d’un bourreau vigilant. À Paris, les portes des couvents s’ouvrent avec fracas, jetant à la rue des milliers de bonnes sœurs, lorsqu’elles ne sont pas sévèrement condamnées pour ne pas avoir fait tomber le voile…

Des échecs oubliés

«  Les hommes ont pris la Bastille, et les femmes ont pris le roi  »  ; derrière cette assertion de Michelet se dessine toute la teneur de l’échec. Déchéance des solidarités naturelles  ; destruction de l’ordre naturel  ; abolition de la Foi à l’aune d’une Révélation issue des esprits moribonds de nouveaux prélats avides d’établir une égalité séculaire fallacieuse… De ces multiples tares de la Révolution, qui rejaillirent (subsidiairement) sur la condition féminine, il faut rappeler le joug  ; soumises aux prophètes d’une République échue de ces arcanes sanguinaires, ses héritiers seraient bien inspirés de s’en remémorer les échecs.

Aude de Fromont

Paru dans l'Action Française 2000 n° 2947 du 19 Janvier 2017.