Île Tro­me­lin : début de la fin de la puis­sance bleue ?

Île Tro­me­lin : début de la fin de la puis­sance bleue ?

La rati­fi­ca­tion du trai­té de coges­tion de l’île Tro­me­lin avec l’île Mau­rice sera votée le 18 jan­vier 2017 à l’As­sem­blée nationale. 

Pour le dépu­té du Tarn Phi­lippe Fol­liot, auteur d’une tri­bune au vitriol dans le Figa­ro­vox, il s’a­git d’un aban­don de sou­ve­rai­ne­té. Cela tra­duit dou­lou­reu­se­ment le manque de pers­pec­tives stra­té­giques de nos élites dans le cadre de la mon­tée en puis­sance de l’empire mari­time fran­çais. Il pour­rait pour­tant consti­tuer l’un des mar­che­pieds de la puis­sance fran­çaise dans un ave­nir proche.

La France pré­sente sur tous les océans

Forte des restes de ses pré­cé­dents empires colo­niaux (Ancien Régime comme Répu­blique), la France est pré­sente sur tous les océans du monde. Avec les Antilles évi­dem­ment mais aus­si les îles Éparses (canal de Mozam­bique), la Réunion (océan Indien), les Terres aus­trales et antarc­tiques fran­çaises (Sud de l’o­céan Indien) mais aus­si la Nou­velle-Calé­do­nie, Wal­lis-et-Futu­na, la Poly­né­sie fran­çaise et Clipperton.

Regrou­pant plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’âmes ou bien simples récifs, ces îles, archi­pels ou rivages conti­nen­taux sont d’un inté­rêt stra­té­gique pour notre pays. La métro­pole conso­li­dée et les dif­fé­rents ter­ri­toires d’outre-mer (hors Terre-Adé­lie) repré­sentent 672 000 kilo­mètres car­rés… Mais l’on oublie sou­vent de comp­ta­bi­li­ser le domaine mari­time. Par le biais des ZEE (zones éco­no­miques exclu­sives) et des pla­teaux conti­nen­taux (conti­nui­té géo­lo­gique sous-marine des îles), la France tota­lise 11,2 mil­lions de kilo­mètres car­rés, voire 11,7 mil­lions depuis l’ex­ten­sion inter­ve­nue en 2015 et qui pour­rait être encore aug­men­tée prochainement. 

Une ges­ti­cu­la­tion diplomatique

Cela fait de la France le pre­mier espace mari­time mon­dial (juste devant les États-Unis). Et le cin­quième espace mon­dial en termes de super­fi­cies mari­times et ter­restres cumu­lées. Nous sommes dans la cour des grands ! Comme les res­sources conti­nen­tales se raré­fient (métaux indis­pen­sables à notre indus­trie, hydro­car­bures, nour­ri­ture, éner­gie renou­ve­lable voire même accès à l’eau) et que les flux de com­merce mari­time aug­mentent, on mesure l’in­té­rêt stra­té­gique voire vital des océans – et de fac­to des ZEE et pla­teaux – capables de répondre à tous ces enjeux. 

On com­prend donc mieux l’in­quié­tude que pro­voque le trai­té de coges­tion conclu avec avec l’île Mau­rice. Perdre la sou­ve­rai­ne­té sur Tro­me­lin revien­drait à perdre 280 000 kilo­mètres car­rés de ZEE. Et tous les avan­tages qui s’y rap­portent. Pour­tant, il faut savoir rai­son gar­der. La coges­tion ne signi­fie pas un aban­don de sou­ve­rai­ne­té. Au contraire, il s’a­git d’une ges­ti­cu­la­tion diplo­ma­tique afin d’a­pai­ser les desi­de­ra­ta de répu­bliques semi-bana­nières en manque de recon­nais­sance. Certes, il s’a­git d’une forme de renon­ce­ment, en appa­rence, qui pour­rait encou­ra­ger d’autres vel­léi­tés. Mais rap­pe­lons que la France reste ferme – même face aux réso­lu­tions hos­tiles de l’O­NU – sur d’autres dos­siers tels que la Poly­né­sie ou la Nouvelle-Calédonie… 

En réa­li­té, crier au loup pour une démarche diplo­ma­tique mineure est le symp­tôme d’une classe poli­tique consciente de l’im­por­tance de la tâche mais qui semble inca­pable de for­mu­ler un hori­zon, une vision voire une pla­ni­fi­ca­tion. On se contente de gar­der un pré car­ré sans user de ses potentialités.La démarche de Fol­liot est cepen­dant louable. Elle donne plus de visi­bi­li­té à une réa­li­té mal connue de nos com­pa­triotes. Si la France était claire dans la for­mu­la­tion de sa puis­sance et de ses inté­rêts, si elle mul­ti­pliait les explo­ra­tions, pros­pec­tions, par­te­na­riats, si elle se dotait d’une orga­ni­sa­tion admi­nis­tra­tive adé­quate, cer­taines orga­ni­sa­tions – natio­nales ou non – seraient moins por­tées à jouer les charognards. 

Roch Cau­vi­gny