Vivent nos princes  !

Vivent nos princes  !

En ce début d’année électorale qui verra, au printemps prochain, l’élection d’un nouveau président de la République, et celle d’une nouvelle Assemblée nationale, comment ne pas tourner nos pensées vers nos princes avec encore plus d’attachement et de regret que de coutume ? Le regret, tout d’abord, de leur absence à la tête de l’État, qui débouche sur celui de voir le pays de nouveau livré à ces joutes politiciennes qui lui font tant de mal. Encore ces joutes seraient-elles temporaires et permettraient la nomination d’un président assurant pour les cinq années suivantes une direction ferme du pays dans le seul intérêt des Français : nous pourrions considérer la période qui s’ouvre comme un mal nécessaire. Malheureusement, ce n’est pas le cas. D’autant que le quinquennat n’a fait que raccourcir encore le délai entre deux campagnes tout en conservant le mal inhérent au système que le septennat contenait déjà en lui : confier la charge suprême à celui qui aura su à la fois se montrer le plus habilement démagogue et bénéficier du soutien le plus constant de l’oligarchie.

Malheur républicain

Lors de l’intronisation de Philippe VI, un journaliste de la gauche espagnole avait déclaré sur les ondes françaises se sentir frustré, voire humilié de ne pas pouvoir participer au choix du chef de l’État : il nous enviait, nous, qui avions cette possibilité ! Quelle erreur de perspective ! Il avait la chance de voir se succéder dans la continuité la mieux assurée, l’un incarnant après l’autre l’histoire vivante de sa nation, le fils à son père dans ce lien charnel au peuple qu’entretient tout dynastie royale, et c’est nous, Français, qu’il enviait, nous dont la dynastie nationale est la plus ancienne d’Europe, nous, dont le descendant de saint Louis, de Louis XI, d’Henri IV ou de Louis-Philippe, le petit-neveu de Louis XIV ou de Louis XVIII, pourrait présider à notre destinée, et qui sommes contraints de désigner tous les cinq ans à la tête d’un État millénaire un de ces vulgaires politiciens que des partis politiques coupés des Français et indifférents à l’intérêt national auront indiqués à notre vote ! Qui doit se sentir frustré, voire humilié ? Car le beau choix que voilà ! D’autant, qu’en dépit des primaires, mascarade totalement phagocytée par les partis, les Français n’ont que celui de se prononcer entre des personnalités qui, non contentes d’être quasiment interchangeables, leur ont été imposées ! Humiliés, les Français le sont tous les cinq ans, quand ils sont les victimes de cette supercherie électorale qui leur donne l’illusion d’une souveraineté que les partis politiques, la finance internationale et des institutions supranationales, sans compter des médias aux bottes, ont transformée en songe pathétique. Oui, la démocratie est bien le régime des faux-semblants : faux-semblant d’une souveraineté populaire réduite à jouer les utilités d’un système qui verrouille tous les pouvoirs, faux-semblant d’une opinion publique préfabriquée par des médias aux ordres, faux-semblant d’un État qui ne peut plus assumer ses fonctions régaliennes et assurer les conditions du bien commun, déchiré qu’il est entre les intérêts privés et partisans qui le colonisent et la soumission à des structures politiques, administratives et financières supranationales qui lui interdisent toute décision indépendante. Le roi était empereur en son royaume : aujourd’hui que l’Europe a supprimé jusqu’aux frontières nationales, comment la question d’un souverain vraiment indépendant, à l’intérieur, des factions et, à l’extérieur, d’empires de tous ordres, pourrait-elle encore se poser à une république qui est devenue définitivement le règne de l’étranger ?

Supercherie démocratique

Le premier qui, ayant inventé le mythe de la Volonté générale, s’avisa de dire : « vous êtes souverains », et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la supercherie démocratique. Oui, la démocratie humilie le peuple. Et doublement : en lui faisant prendre des vessies pour des lanternes et les élections présidentielle et législatives pour un mode de désignation libre et sincère ; en le faisant participer, dès lors, à son propre asservissement.

Quel qu’il soit, le prochain président appartiendra à une caste politique qui communie dans le renoncement à la France. Car notre inquiétude est décuplée de ce sentiment d’urgence qui nous habite désormais, non pas tant en raison des événements tragiques auxquels la France est confrontée depuis deux ans qu’en raison de ce dont ces événements sont le symptôme : celui de la dislocation progressive de notre nation comme communauté unie, partageant un même héritage et, parfois au cœur même de sa contestation, une même civilisation. Des élites s’autorisant de leur élection démocratique, mais n’en ayant pas reçu le mandat, ont, depuis plusieurs décennies, décidé de changer le visage de la France et largement entamé ce changement.

Un dogme d’État

Ces mêmes élites ont progressivement interdit aux Français, par des lois toujours plus liberticides, de s’opposer à leur politique tout en dénigrant, soit en le ringardisant, soit en le criminalisant, l’héritage national. Le multiculturalisme est devenu un dogme d’État tandis que les antiracistes professionnels font preuve d’un racialisme obsessionnel à partir du moment où il vise les Français de souche. Les mêmes, usant des mêmes procédés, violant parfois le vote explicite des Français, ont livré le pays à une administration supranationale tout en s’attaquant aux fondements de la société et en cherchant à interdire, là encore, tout sursaut. Étrangement, l’avortement est revenu au centre du débat politique à la fin de l’année, contredisant les propos de ceux qui, un peu superficiellement, y voient un sujet lunaire. Mais c’est, avec la complicité d’une droite veule et lâche, pour s’attaquer à la liberté d’expression et d’information – une nouvelle loi liberticide qui, si elle est définitivement adoptée avant la fin février, ne sera pas abrogée de sitôt…

Nous n’avons pas évoqué, en ces premiers jours de janvier 2017, l’actualité politicienne immédiate. Nous en aurons, malheureusement, amplement l’occasion jusqu’au printemps prochain. Nous avons même refusé d’évoquer aucun nom car il s’agissait, auparavant, de rappeler l’essentiel : les conditions de la souveraineté et des libertés, le mal-être du pays, les menaces qui pèsent sur son existence même. Nous avons commencé en parlant de nos regrets. Nous finirons sur notre attachement : il est indéfectible envers nos princes, car ils sont le passé, le présent et l’avenir de la France : son histoire vivante. Sans eux, tout est incertain, leur absence rendant même possible notre disparition comme nation. Avec eux, en revanche, les conditions de la renaissance seront réunies. C’est pourquoi, les vœux que je forme pour la France et pour les Français, je les lui adresse, je les leur adresse à travers ceux que l’Action française, dans son ensemble, forme pour Mgr le comte de Paris, le dauphin Jean et le jeune prince Gaston. Dans son dernier livre, le Prince écrit : « C’est à nous de redonner son rang à notre pays, d’affronter une globalisation que nous n’avons pas voulue. La France millénaire ne peut perdre son identité. Il est encore temps. » [1] L’année 2017 ne nous décevra pas si elle nous rapproche du retour du Roi. À nous d’y travailler sans relâche : ce retour dépend aussi de nous car, conclut le Prince, « l’avenir appartient à ceux qui agissent ».