Trump : quel inté­rêt pour la France ?

Trump : quel inté­rêt pour la France ?

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L’é­lec­tion pré­si­den­tielle amé­ri­caine aura eu au moins le mérite de véri­fier ce que, mal­heu­reu­se­ment, nous savions déjà : le tro­pisme amé­ri­cain de nos élites, ou plu­tôt leur alié­na­tion qu’elles cherchent par capil­la­ri­té média­tique à dis­til­ler chez les Français. 

Nos médias offi­ciels réper­cu­te­ront-ils au prin­temps pro­chain avec la même inten­si­té l’é­lec­tion pré­si­den­tielle fran­çaise ? Rien n’est moins sûr. Il serait évi­dem­ment stu­pide de nier l’im­por­tance que peut avoir, tous les quatre ans, la pré­si­den­tielle amé­ri­caine, en rai­son du poids moné­taire, éco­no­mique, mili­taire et géo­po­li­tique des États-Unis. Mais il y a une dif­fé­rence entre la luci­di­té de bon aloi des élites d’un peuple libre, inter­pré­tant les éven­tuelles consé­quences pour celui-ci ou pour le monde d’une élec­tion dans un impor­tant pays tiers, et son assi­mi­la­tion comme une don­née de poli­tique inté­rieure, qui conduit à inté­rio­ri­ser sa propre sou­mis­sion. C’est que nos élites, qui ont vou­lu nous faire vivre l’é­lec­tion de Donald Trump comme une catas­trophe pla­né­taire et fran­çaise (Marine Le Pen, voire Sar­ko­zy, qui n’est jamais à un renie­ment près, occu­pant tous les esprits), ont tou­jours vu depuis la fin de la Deuxième Guerre mon­diale dans les États-Unis un modèle, voire le « pro­tec­teur » natu­rel d’un conti­nent sor­ti de l’his­toire. Non, nous n’en avons tou­jours pas fini avec les consé­quences de la vic­toire impé­riale des États-Unis en 1945. L’ame­ri­can way of life, que le plan Mar­shall a impo­sé avec l’O­tan et l’Eu­rope ins­ti­tu­tion­nelle, en vue d’as­su­rer la fin­lan­di­sa­tion de l’Eu­rope occi­den­tale, s’est aujourd’­hui trans­mué en cette idéo­lo­gie mon­dia­liste dont Hil­la­ry Clin­ton était la porte-parole offi­cielle. Des ins­tances supra­na­tio­nales de tous ordres, dont cer­taines s’in­ter­pé­nètrent – l’O­NU et ses agences spé­cia­li­sées que sont l’OMS, la Banque mon­diale ou les COP suc­ces­sives, l’OMC, les G20 et G8 rede­ve­nu G7 pour punir la Rus­sie de son indé­pen­dance, sans comp­ter l’U­nion euro­péenne et sa Cour de jus­tice ou le Conseil de l’Eu­rope et sa Cour des droits de l’homme, ou encore les dif­fé­rents trai­tés en cours de signa­ture ou de négo­cia­tion : tout par­ti­cipe d’une même culture mon­dia­liste qui veut en finir avec les États-nations et les peuples his­to­riques sou­ve­rains, comme avec les fon­de­ments même de toute socié­té, notam­ment la famille, consi­dé­rés comme les prin­ci­paux obs­tacles à la réduc­tion consu­mé­riste de l’homme. Com­ment, dans ces condi­tions, leurs repré­sen­tants ne s’in­quié­te­raient-ils pas de la vic­toire d’un mil­liar­daire pré­sen­té comme popu­liste à la tête de la prin­ci­pale puis­sance ordon­na­trice du nou­vel ordre mon­dial ? Il est vrai qu’on nous avait déjà fait le coup avec Ronald Rea­gan. Or les pre­mières pali­no­dies de Trump, avant même son entrée à la Mai­son-Blanche, qu’il s’a­gisse d’une poli­tique migra­toire revue à la baisse ou du mariage homo, prouvent que la déma­go­gie est, par­tout, la véri­té de la démo­cra­tie. C’est sur­tout la preuve que le dogme mon­dia­liste n’a d’u­ni­ver­sel que le rejet qu’il pro­voque chez les peuples, plus encore que chez ceux qui se font élire en ins­tru­men­ta­li­sant leur colère ou leur déses­poir. Et que les États-Unis sont avant tout puis­sants de cette sou­mis­sion morale qu’ils ont su dis­til­ler dans l’es­prit des peuples dont ils ont su domi­ner les élites depuis soixante-dix ans.Or ce n’est pas avec cette domi­na­tion que sou­haite rompre Donald Trump : ce qu’il refuse, c’est que les États-Unis conti­nuent d’en payer le prix, sauf à impo­ser à ses féaux euro­péens de mieux par­ti­ci­per au finan­ce­ment de leur défense… après qu’O­ba­ma les eut convain­cus qu’une Rus­sie anti­mon­dia­liste les mena­çait ! Du grand art, qui prou­ve­rait sur­tout la cohé­rence de la poli­tique exté­rieure amé­ri­caine par-delà les aléas électoraux.

Réjouis­sances déplacées

N’en déplaise aux patriotes, sou­ve­rai­nistes ou iden­ti­taires fran­çais qui se réjouissent incon­si­dé­ré­ment de cette vic­toire, voir en Trump un modèle, de plus trans­po­sable en France, est une erreur pro­fonde qui ne prouve qu’une seule chose : leur propre alié­na­tion. Non, Trump n’est pas l’hi­ron­delle annon­çant un nou­veau prin­temps des peuples. Il en a été de même du Brexit : le rejet de l’Eu­rope par deux des quatre nations com­po­sant le Royaume-Uni ne peut ins­pi­rer un quel­conque Fran­xit à plus ou moins brève échéance. Des ten­dances, assu­ré­ment lourdes, d’un rejet de plus en plus clai­re­ment expri­mé d’un modèle pla­né­taire ne consti­tuent pas une dyna­mique com­mune vers la liber­té : le che­min qui y conduit appar­tient à chaque peuple et est le fruit de son his­toire en train de se faire – et de se défaire, cha­cun ayant, de sur­croît, sa propre concep­tion de sa liber­té. Si le patrio­tisme est uni­ver­sel, il n’y a jamais eu d’in­ter­na­tio­nale des patriotes. Réjouis­sons-nous assu­ré­ment de toute défaite de l’i­déo­lo­gie mon­dia­liste, réelle dans le cas du Brexit, illu­soire cer­tai­ne­ment dans le cas de l’é­lec­tion de Trump : car celui-ci, comme nous avons été les seuls à le sou­li­gner aus­si­tôt (voir notre com­mu­ni­qué), n’a en rien renon­cé à la volon­té de puis­sance d’un État dont l’im­pé­ria­lisme, lié à sa pré­ten­due « des­ti­née mani­feste », a pu s’ex­pri­mer de manière plus ou moins bru­tale dans l’his­toire, mais n’a jamais été démen­ti par aucun de ses diri­geants. Trump veut sim­ple­ment le beurre et l’argent du beurre. Alors, oui, réjouis­sons-nous du répit que peut repré­sen­ter son élec­tion par rap­port au bel­li­cisme à tout crin de sa rivale. Mais dans le seul des­sein de recou­vrer notre indé­pen­dance. Il n’y avait aucun « lâche sou­la­ge­ment » de la part de Maur­ras, lors­qu’il approu­va Munich en 1938, mais le sou­hait, évi­dem­ment vain, que la Répu­blique en pro­fi­tât pour réar­mer. Dans le cas pré­sent, si les États-Unis sont bel­li­cistes sur le dos des Euro­péens avec la com­pli­ci­té d’une France dont la diplo­ma­tie est dans une « impasse » (dixit Vil­le­pin au Figa­ro du 14 novembre), ce sont notre sou­mis­sion atlan­tiste et le car­can euro­péen qui nous privent de toute lati­tude et il s’a­git là, à plus ou moins brève échéance, de causes de déclin et de mort autre­ment ter­ribles. Car nous subis­sons en même temps, comme fruit de ce même mon­dia­lisme, une inva­sion de peu­ple­ment qui, pour être appa­rem­ment paci­fique, voire lacry­male, n’en est que plus dan­ge­reuse car elle ins­tru­men­ta­lise la géné­ro­si­té des Fran­çais tout en ayant pour effet assu­ré la des­truc­tion de notre civi­li­sa­tion. Qui se trouve ain­si atta­quée en même temps par deux nihi­lismes qui ont pour déno­mi­na­teur com­mun le refus des cultures natio­nales : le mon­dia­lisme consu­mé­riste et l’is­la­misme bar­bare qui pro­fite de la dis­pa­ri­tion de nos défenses immu­ni­taires pro­vo­quées par le pre­mier pour s’ins­tal­ler au nom du « pada­mal­gam », avec la com­pli­ci­té objec­tive de nos élites multiculturalistes. 

Une pri­maire dérisoire

En ce sens, la pri­maire de la droite semble bien déri­soire. Car alors que la faillite de la gauche lui offre un bou­le­vard, la droite n’en pro­fi­te­ra pas pour redon­ner à la France sa sou­ve­rai­ne­té et pré­ser­ver son iden­ti­té, l’une et l’autre étant indis­so­lu­ble­ment liées. C’est que les six ténors Répu­bli­cains de cette pri­maire ont déjà tous par­ti­ci­pé, cha­cun à son niveau de res­pon­sa­bi­li­té, à la faillite d’un pays dans lequel ils ne croient plus. Quant au sep­tième, il lui fau­dra bien choi­sir entre les deux lar­rons que la mas­ca­rade du 20 novembre lui aura dési­gnés. À moins de se lan­cer dans une aven­ture « hors les murs » incer­taine dont le par­ti patriote auto-pro­cla­mé veut l’é­chec bien plus qu’il ne sou­haite sa propre vic­toire. Ain­si le veut la logique de par­ti. La France peut tou­jours attendre.