L’É­tat brade nos données

L’É­tat brade nos données

Les don­nées numé­riques consti­tuent « l’or du XXIe siècle ». Reste à savoir quel usage l’É­tat doit faire des don­nées publiques.

La France « porte une tra­di­tion de trans­pa­rence démo­cra­tique et de par­tage des infor­ma­tions déte­nues par la puis­sance publique ». Ne riez pas, il s’a­git des pre­miers mots de la très sérieuse décla­ra­tion du Gou­ver­ne­ment sur l’ou­ver­ture des don­nées publiques. Notre pays va d’ailleurs prendre la tête du Par­te­na­riat pour un gou­ver­ne­ment ouvert (PGO) en octobre pro­chain. L’ou­ver­ture et la trans­pa­rence comme remède au com­plexe démo­cra­tique de la Répu­blique ? Tout un pro­gramme. L’ou­ver­ture des don­nées publiques est constam­ment deman­dée, tant à gauche qu’à droite. Les pre­miers sou­tiennent que l’ac­cès aux don­nées publiques est un enjeu démo­cra­tique, ins­crit dans les droits de l’homme ; les seconds veulent dyna­mi­ser l’é­co­no­mie en injec­tant les don­nées publiques dans un mar­ché déjà fort lucra­tif. Les plus radi­caux des deux camps vont même jus­qu’à exi­ger la fin du secret d’É­tat, ce qui met­trait gra­ve­ment en dan­ger les capa­ci­tés stra­té­giques de celui-ci. 

Une manne convoitée

Cela va sans dire que toute poli­tique d’ou­ver­ture de don­nées mul­ti­plie for­cé­ment le nombre d’ac­cès aux sys­tèmes d’in­for­ma­tion, donc le coût en infra­struc­tures. Une aubaine pour les construc­teurs, les équi­pe­men­tiers et les SSII (socié­tés de ser­vices en ingé­nie­rie infor­ma­tique). Cela n’é­ton­ne­ra donc per­sonne que les deux plus géné­reux dona­teurs du PGO soient la fon­da­tion Hew­lett et le réseau Omi­dyar [1]. L’ou­ver­ture des don­nées publiques se révèle une manne pour les entre­prises : Inca­pable depuis des années d’en faire quelque chose d’u­tile, l’É­tat va ouvrir diverses don­nées, donc per­mettre au pri­vé de les uti­li­ser à but lucra­tif. Une fois les don­nées mises en ligne, y com­pris si l’É­tat tente d’en res­treindre l’ac­cès, le monde entier pour­ra les copier, les sto­cker et les trai­ter. Inter­net n’a pas de fron­tières, ni de droit de retrait. Ces don­nées « publiques », en réa­li­té les don­nées des Fran­çais, vont être livrées au monde mar­chand et à l’é­tran­ger, par déci­sion uni­la­té­rale de l’É­tat. Elles seront au départ très incom­plètes, mais de plus en plus de points d’en­trée (API – Appli­ca­tion Pro­gram­ming Inter­face) vont être créés, livrant tou­jours plus de données. 

Citoyens sous surveillance

De sur­croît, l’É­tat s’in­tro­duit de plus en plus pro­fon­dé­ment dans la vie pri­vée des Fran­çais. Chaque nou­veau rôle que se donne l’É­tat, ce sont aus­si de pré­cieuses don­nées qui viennent enri­chir ses bases. Pour l’ins­tant la Cnil (Com­mis­sion natio­nale de l’in­for­ma­tique et des liber­tés) veille au grain quant à l’a­no­ny­mi­sa­tion des don­nées. N’ou­blions pas qu’elle n’existe que grâce à la volon­té de l’É­tat. Déjà très cri­ti­quée par ceux qui sou­haitent libé­ra­li­ser le mar­ché de la don­née, elle pour­rait tôt ou tard céder. Rien n’in­ter­dit non plus à l’É­tat de vendre des jeux de don­nées au pri­vé ou de four­nir des don­nées à des entre­prises, dans le cadre de par­te­na­riats public-pri­vé, cela se voit avec EDF. La confiance que les Fran­çais pla­çaient dans l’É­tat, concer­nant les infor­ma­tions qu’ils lui livraient (de gré ou de force) est tra­hie. Le citoyen devra se conso­ler, au choix, avec des droits de l’homme mieux res­pec­tés ou bien des points de crois­sance dont il ne ver­ra pas la couleur.