Immi­gra­tion et natalité

Immi­gra­tion et natalité

La vita­li­té toute rela­tive de la nata­li­té fran­çaise repose sur l’im­mi­gra­tion ; les sta­tis­tiques de l’In­see le confirment.

Nous vivons dans un brouillard de chiffres aber­rants : l’OCDE, le FMI, la Cour des comptes et le Gou­ver­ne­ment n’a­lignent jamais la même crois­sance (mais Michel Sapin assure que tout va bien, à chaque fois), le mar­ché mon­dial de l’in­ter­net des objets est répu­té « peser » 2 995,2 mil­liards de dol­lars en 2022 (absurde pré­ci­sion), le Medef pro­met­tait de créer un mil­lion d’emplois, le chô­mage en France est désor­mais défi­ni par son halo (1,4 mil­lions de per­sonnes en France, selon l’In­see, recherchent un emploi mais ne peuvent pas entrer dans la case « chô­meur »…). Tout le poli­tique se dis­sout dans cette incer­ti­tude per­ma­nente de la quan­ti­té – quand le pou­voir n’or­ga­nise pas sciem­ment sa docte ignorance.

Parents nés à l’étranger

C’est ain­si que per­sonne ne sait com­bien il y a réel­le­ment d’im­mi­grés euro­péens ou extra-euro­péens en France, de pre­mière, deuxième ou troi­sième géné­ra­tion, puisque aucune sta­tis­tique eth­nique com­plète et pré­cise n’est auto­ri­sée. La popu­la­tion immi­grée est tout à la fois répu­tée chance pour la France, phan­tasme d’ex­trême droite et moteur de relance éco­no­mique, son impor­tance démo­gra­phique, éco­no­mique et poli­tique variant au gré des dis­cours et des par­tis (avec cette curieuse schi­zo­phré­nie qui consiste à affir­mer la posi­ti­vi­té de la chose tout en refu­sant de la mesurer).

Oui mais voi­là : l’In­see a publié en 2016 une note éta­blis­sant que les nais­sances d’en­fants nés en France d’un ou deux parents nés à l’é­tran­ger, en aug­men­ta­tion de 6 %, dépassent désor­mais les nais­sances d’en­fants dont les parents étaient nés en France, en baisse de près de 8 %. Il est désor­mais patent que l’im­mi­gra­tion change la popu­la­tion fran­çaise. L’im­mi­gra­tion magh­ré­bine et sub-saha­rienne pro­duit un nombre d’en­fants qui, entre 2011 et 2015, a dépas­sé le nombre d’en­fants pro­duits par la popu­la­tion rési­dente – dont il fau­drait d’ailleurs ana­ly­ser l’o­ri­gine, comme la démo­graphe Michèle Tri­ba­lat le rap­pelle : « si l’In­see intro­dui­sait les ques­tions sur les parents dans le recen­se­ment, il serait pos­sible d’é­tu­dier les concen­tra­tions et la ségré­ga­tion eth­niques beau­coup mieux que nous ne le fai­sons aujourd’­hui » (Figa­ro­vox, 28 février 2016). 

L’im­mi­gra­tion est un flux conti­nu, de plus en plus fémi­nin, condui­sant à une forte nata­li­té « immi­grée » (comme le sou­li­gnait Atlan­ti­co, la pro­por­tion d’en­fants nés de père fran­çais et de mère étran­gère a connu une aug­men­ta­tion de 9 % sur la période). Et l’im­mi­gra­tion est concen­trée : en Île-de-France, près d’un enfant sur deux né dans cette période a au moins un parent étran­ger (avec une pro­por­tion impor­tante de Séné­ga­lais), et deux enfants sur trois à Saint-Denis. Pas besoin de tirer des plans sur la comète pour se rendre compte que, dans des por­tions com­plètes du ter­ri­toire, les Fran­çais fils de Fran­çais sur quelques géné­ra­tions (qua­si-tota­li­té de la popu­la­tion jus­qu’à la fin du XIXe siècle) sont en passe d’être numé­ri­que­ment plus faibles et, d’i­ci une géné­ra­tion, en faible minorité.

Popu­la­tion remplacée

Il y a bel et bien, et l’é­tude de l’In­see l’at­teste, une ten­dance mar­quée au rem­pla­ce­ment d’une popu­la­tion autoch­tone par une autre : la nata­li­té, mesu­rée, est là pour le démon­trer. La pro­por­tion de ce rem­pla­ce­ment est d’ores et déjà inédite puis­qu’il s’a­git de plu­sieurs mil­lions d’é­tran­gers (les études de démo­gra­phie his­to­rique n’ont jamais fait état, pour la France, de telles vagues de peu­ple­ment exo­gène). Le brouillard des chiffres s’est dis­si­pé, le temps des pro­jec­tions mathé­ma­tiques peut com­men­cer. Peut-on même envi­sa­ger que les poli­tiques s’emparent de ce qui est un pro­blème, et réflé­chissent enfin à ce que signi­fie réel­le­ment une socié­té réel­le­ment mul­ti­cul­tu­relle, dont il est clair que la France éga­li­taire et laïque n’a pas le mode d’emploi ? Le roi de France par­lait de ses peuples. La for­mule était per­ti­nente, et la mosaïque des petites patries n’é­tait pas une série de ghet­tos juxtaposés.