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Le pape Fran­çois : vio­lence et religion

Les récents pro­pos du pape Fran­çois, com­pa­rant vio­lence catho­lique et vio­lence musul­mane, ont sur­pris, voire cho­qué, nombre de catho­liques et de Français.

Le pape a effet décla­ré : « Je n’aime pas par­ler de vio­lence musul­mane, parce qu’en feuille­tant les jour­naux je ne vois tous les jours que des vio­lences, même en Ita­lie : celui-là qui tue sa fian­cée, tel autre qui tue sa belle-mère, et un autre… et ce sont des catho­liques bap­ti­sés ! Ce sont des catho­liques vio­lents. Si je parle de vio­lence musul­mane, je dois par­ler de vio­lence catho­lique. Non, les musul­mans ne sont pas tous vio­lents, les catho­liques ne sont pas tous vio­lents. » (Le Figa­ro, 1er août 2016) Les réac­tions ont été immé­diates et tran­chées, les uns se deman­dant pour­quoi diable com­pa­rer un crime cra­pu­leux et des assas­si­nats poli­tiques, les autres trou­vant aux pro­pos pon­ti­fi­caux des sub­ti­li­tés jésuites de la meilleure espèce [1], les der­niers, catho­liques, se réfu­giant avec confiance dans l’o­béis­sance au pape et à son magis­tère, comme l’ab­bé Chris­tian Vénard, qui a publié deux tri­bunes dans Ale­teia (2 et 12 août).

Une légi­time discussion

Il ne nous appar­tient pas de nous sub­sti­tuer aux catho­liques pour savoir le degré exacte d’humble sou­mis­sion qu’exi­ge­raient les pro­pos ordi­naires du pape, qu’un fidèle ne peut sim­ple­ment balayer d’un revers de la main au pré­texte que l’in­failli­bi­li­té n’est pas enga­gée : la ques­tion est com­plexe, mais toute parole du pape n’est pas dog­ma­tique [2], son opi­nion per­son­nelle n’est pas cen­sée pré­va­loir sur le caté­chisme, et enfin cha­cun garde sa con-science comme juge. Mais en tant que natio­na­listes fran­çais, sou­mis à une ter­reur musul­mane, sou­cieux de l’ex­pan­sion d’un mode de vie radi­ca­le­ment étran­ger à notre culture et fon­ciè­re­ment mau­vais, nous pou­vons et nous devons nous inter­ro­ger sur cette décla­ra­tion éton­nante qui tend, une fois de plus, à exo­né­rer l’is­lam de toute res­pon­sa­bi­li­té dans les détes­tables actions com­mises par les musul­mans. Le pape, nous semble-t-il a com­mis plu­sieurs erreurs. D’une part, affir­mer des géné­ra­li­tés sur l’is­lam, alors que toute l’his­toire de cette reli­gion et de ses cou­rants prouve qu’il n’y a pas d’u­ni­té réelle des musul­mans, ni poli­tique, ni reli­gieuse, ni juri­dique, et que le cou­rant sala­fiste pré­tend renouer avec une tra­di­tion qu’en fait il invente, avec la même hon­nê­te­té et la même science qu’un répu­bli­cain fran­çais fan­tas­mant aujourd’­hui la France d’an­cien régime. Comme le dit et l’é­crit très bien Adrien Can­diard, dans ses confé­rences et ses livres [3], il n’y a pas un islam mais des islams. Si le pape a rai­son de ne pas mettre tous les musul­mans dans le même sac, et de refu­ser qu’on assi­mile tout l’is­lam à la vio­lence, il a en revanche tort de refu­ser (au nom de quelle auto­ri­té ?…) [4] qu’on assi­mile un islam (des islams) à la vio­lence ou de consi­dé­rer que les ter­ro­ristes ne peuvent pas être de vrais musulmans.

Amant jaloux et terroriste

D’autre part, le concept même de « vio­lence » est dou­teux, sur­tout quand il per­met de confondre en une seule caté­go­rie l’a­mant jaloux et le ter­ro­riste fana­tique. C’est bien simple, on croi­rait entendre un laï­card par­ler de « reli­gion », en met­tant dans le même sac le catho­li­cisme fran­çais tem­pé­ré et le bel­li­queux islam sala­fiste d’im­por­ta­tion, récla­mant qu’on ban­nisse bur­ka, kip­pa et croix dans un même mou­ve­ment, en refu­sant de consi­dé­rer ce que chaque reli­gion entre­tient comme rap­port avec la culture, l’his­toire et l’É­tat fran­çais. Non, la vio­lence pas­sion­nelle et égoïste d’une brute frap­pant ou tuant un incon­nu ou son voi­sin n’a rien à voir avec le pro­jet poli­tique d’une reli­gion conqué­rante, appe­lant les « vrais » musul­mans à assas­si­ner ses enne­mis et ne conce­vant aucune sépa­ra­tion entre sphère poli­tique et sphère reli­gieuse. Ces musul­mans-là se situent dans une exé­gèse du Coran qui n’a rien d’o­ri­gi­nal, les ter­ro­ristes « béné­fi­cient » d’une longue (quoique contro­ver­sée) tra­di­tion de vio­lence poli­ti­co-reli­gieuse assu­mée et légi­ti­mée. Il est assez fas­ci­nant de le voir réfu­ter l’i­dée d’une quel­conque vio­lence musul­mane sui gene­ris comme si qua­torze siècles de com­bats n’a­vaient pas appor­té la preuve que l’is­lam (cer­tains islams) est capable de pra­ti­quer en vir­tuose tous les modes de la vio­lence légale, de la guerre de conquête à l’es­cla­vage en pas­sant par la lapi­da­tion. Éga­li­ser toutes les vio­lences, c’est comme éga­li­ser tous les dési­rs : celui d’un enfant pour un bon­bon, celui d’un chef de par­ti pour le pou­voir suprême, celui d’un homme pour la femme de son voi­sin… Le pape Fran­çois, qui sait être casuiste, trou­ve­rait l’i­dée saugrenue. 

Pro­jet de conquête

Le pape a bien évi­dem­ment rai­son de ne pas prê­cher la guerre sainte, c’est-à-dire de consi­dé­rer avec jus­tesse que tous les musul­mans et tous les islams ne sont pas dans une pos­ture de conquête ; il a évi­dem­ment tort de prê­cher un vivre-ensemble uto­pique en refu­sant de consi­dé­rer que cer­tains musul­mans, authen­tiques pour autant qu’on puisse en juger, ont un véri­table pro­jet de conquête, de domi­na­tion, de des­truc­tion. Mais sur­tout, le pape a tort quand il ne s’a­dresse, en fait, qu’aux catho­liques : com­ment peut-il faire bon mar­ché de tous ceux, qui forment l’im­mense majo­ri­té, qui ne par­tagent pas sa foi ? Croit-il vrai­ment qu’une simple affir­ma­tion huma­niste pèse grand poids face aux mœurs aber­rantes du Qatar, de l’A­ra­bie saou­dite, de l’Af­gha­nis­tan, face au racisme et à la haine de l’Al­gé­rie, face aux mil­lions de morts des guerres orien­tales depuis qua­rante ans et aux mil­liers de morts des vic­times des atten­tats, en Europe et ailleurs ? Croit-il vrai­ment qu’il suf­fit d’ex­pli­quer au bon peuple qu’il a dis­cu­té avec le grand iman de l’u­ni­ver­si­té Al-Azhar, homme de paix, pour que tous les Fran­çais, les Euro­péens, les Syriens, les Tuni­siens et les Égyp­tiens se ras­surent immé­dia­te­ment et consi­dèrent que le dan­ger bien réel des atten­tats et des pri­va­tions de liber­té ne sont que pure chi­mère ou simple malentendu ?

Prê­cher pour les périphéries

Le pape Fran­çois, chef de l’É­glise uni­ver­selle, serait bien ins­pi­ré de suivre ses propres conseils et de prê­cher pour les péri­phé­ries de la chré­tien­té, là où se trouve l’im­mense foule de ceux qui n’ont pas la foi, ni en lui ni en Dieu, pour pen­ser que d’autres temps sont à venir et qu’ad­vienne que pour­ra, ad majo­rem Dei glo­riam. À tous ceux-là, que dit le pape ? Rien. Ou en tout cas rien de dif­fé­rent que le dis­cours léni­fiant de tant de poli­tiques : en quoi sa parole pèse­rait-elle plus lourd, alors que les dis­cours des autres a fait la preuve de son insuffisance ?

Il ne s’a­git ni de dénier à Fran­çois sa qua­li­té de pape, comme cer­tains le pro­posent (ce qui paraît bien pro­tes­tant), ni d’ex­com­mu­nier tous les catho­liques qui s’op­posent à sa vision du ter­ro­risme musul­man (ils sont catho­liques, donc dans la cité, donc poli­tiques), comme le ful­minent cer­tains purs esprits, si catho­liques qu’ils aime­raient res­ter entre gens bien, mais de consi­dé­rer que la vision d’un jésuite argen­tin de quatre-vingts ans ne peut pas ser­vir de grille de lec­ture de la réa­li­té poli­tique fran­çaise. L’ab­bé Chris­tian Vénard, en citant saint Louis – « Cher fils, je t’en­seigne que tu sois tou­jours dévoué à l’É­glise de Rome et à notre saint-père le pape, et lui porte res­pect et hon­neur comme tu le dois à ton père spi­ri­tuel » – for­mait ce vœu : « Puissent tous les roya­listes fran­çais suivre ces salu­taires conseils. » Le Pape est cer­tai­ne­ment le père spi­ri­tuel des catho­liques. Il n’est pas le père poli­tique de la nation française.