Ernst Nolte  : décès d’un historien controversé

Ernst Nolte  : décès d’un historien controversé

Spécialiste du fascisme, Ernst Nolte avait souligné les traits communs aux différents totalitarismes.

L’historien allemand Ernst Nolte est mort le 18 août 2016 à l’âge de quatre-vingt-treize ans. Il était né en 1923 à Witten en Rhénanie-Westphalie. Sa jeunesse fut marquée par la montée des extrêmes en Allemagne, même s’il échappa à la guerre et put poursuivre ses études en histoire et en philosophie (auprès de Heidegger et de Fink). Par la suite, il enseigna longtemps à l’Université libre de Berlin. Historien du fascisme, il émergea en 1963 avec sa trilogie Le Fascisme dans son époque où il analyse la nature du fascisme (et dont le premier tome était consacré à l’Action française  ; nous y reviendrons).

Fascisme, nazisme et communisme

Son principal apport à l’historiographie contemporaine, apport hautement polémique, fut d’établir, à travers sa méthode comparatiste, le lien entre le fascisme, le nazisme et le communisme, thèse qui lui valut l’accusation de révisionnisme. En effet, il déclencha en 1986 une “guerre des historiens” allemands avec la publication de son article «  Un passé qui ne veut pas passer  » dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung. Il présentait, dans ledit article, le national-socialisme comme une réponse à «  la menace existentielle  » de la révolution russe et de ses crimes de masse. Cet article annonçait son deuxième ouvrage majeur, La Guerre civile européenne (1917-1945) – National-socialisme et bolchevisme, paru en 1987, dans lequel il développait sa thèse  : le fascisme et le nazisme constituent des phénomènes spécifiques mais sont autant de répliques au libéralisme et à la violence communiste. Attaqué à cause de cette thèse, il se défendit toujours de tout révisionnisme, affirmant que «  l’image négative du IIIe Reich n’appelle aucune révision, et ne saurait faire l’objet d’aucune révision  ». Il soulignait simplement que les assassinats de masse ne furent pas l’apanage du seul nazisme, ce qui fit grincer des dents les derniers nostalgiques de la révolution de 1917 (et des autres, passées et à venir). En effet, communisme, fascisme et nazisme – on pourrait ajouter le libéralisme – partagent un même fondement révolutionnaire  : ce sont des tentatives de faire émerger “l’Homme nouveau” qui doit supplanter l’ancien (qu’on aura à l’usure, ou en lui forçant la main, tout condamné qu’il est par l’histoire).

Quelques limites à cette méthode

La méthode comparative de Nolte eut cependant ses limites puisqu’elle poussa l’historien allemand à considérer l’Action française, mouvement royaliste contre-révolutionnaire pétri de catholicisme social, comme un phénomène annonciateur du fascisme. De même, Nolte reste discret sur ce que le nazisme doit au nationalisme allemand de manière générale. Il n’en demeure pas moins que l’histoire contemporaine vient de perdre une grande figure dont le travail fut aussi salué par François Furet comme «  une œuvre et une interprétation qui sont parmi les plus profondes qu’ait produites ce dernier demi-siècle  ».