Lorsque Boutang eut les cent ans

Lorsque Boutang eut les cent ans

Pierre Boutang est né il y a cent ans. Deux publications célèbrent cet anniversaire  : un livre de Rémi Soulié et un numéro de La Nouvelle Revue universelle.

Le 20 septembre 2016, Pierre Boutang aurait eu cent ans. L’Action française se devait de célébrer cet anniversaire, tant le royalisme contemporain doit à ce penseur original, libre disciple de Maurras, qu’il ne renia jamais tout en orientant sa réflexion sur des pistes, notamment métaphysiques, qui lui étaient propres. Car Boutang était avant tout un penseur chrétien.

Rémi Soulié ébloui

Cette année du centenaire a déjà été marquée en février par la publication, chez Flammarion, de la monumentale biographie de Stéphane Giocanti dont nous avons alors rendu compte dans L’Action Française 2000 (n° 2927 du 3 mars 2016). En ce mois de septembre, deux autres publications honorent à leur manière cette date. C’est tout d’abord, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux, un ouvrage de Rémi Soulié, Pour saluer Pierre Boutang, constitué, d’une part, d’articles jusque-là épars que cet essayiste et critique littéraire bien connu, spécialiste de Péguy, Nietzsche et Aragon, a consacrés à ce philosophe, et, d’autre part, du journal, intitulé Le Cas Boutang, de ses rencontres avec lui. Si on en croit Rémi Soulié, rien ne prédisposait ce jeune marxiste repenti à devenir l’ami du philosophe maurrassien, sinon l’éblouissement qu’il ressentit lors de la diffusion par la troisième chaîne de télévision, en 1987, des entretiens de Boutang avec George Steiner sur Antigone et Abraham  : «  Je lui écrivis, il me répondit, nous nous rencontrâmes et ne cessâmes nos relations jusqu’à sa mort, en 1998.  » Car Boutang était ainsi, accessible à la jeunesse dont il avait un souci – le mot n’est pas innocent, le concernant – paternel au plus haut point. En dépit de colères homériques qui, il est vrai, pouvaient intimider. Ce journal, par la fraîcheur et la vivacité de son style, que ne contredisent en rien une maturité intellectuelle précoce et un jugement déjà sûr, permet de découvrir Boutang tel qu’en lui-même et aussi, c’est le titre bernanosien d’un article, «  à la douce pitié de Dieu  ». «  Lorsque Boutang eut les cent ans  »  : la préface au titre, pour le coup, maurrassien – «  Lorsque Proudhon eut les cens ans  » – ouvre quant à elle des analyses approfondies des rapports de Boutang avec Bernanos ou Joseph de Maistre, ainsi qu’un commentaire fouillé de son premier roman, La Maison un dimanche, dont l’originalité n’est pas seulement de mêler la «  boue des chemins bernanosiens et de certaines âmes qui les arpentent  » à la «  flaccidité sartrienne  » et au «  sentiment camusien de l’absurde  », mais d’interroger, déjà, la relation au père, fondamentale dans toute l’œuvre de Boutang.

Signatures prestigieuses

La Nouvelle Revue universelle, héritière de La Revue universelle fondée en 1920 par Maurras et Maritain et dirigée par Bainville, a, quant à elle, décidé de publier un numéro spécial consacré au centenaire de la naissance de Boutang. Et à cette fin de réunir de prestigieuses signatures. Outre celle de Rémi Soulié et celle de George Steiner à travers des extraits des entretiens évoqués plus haut, celles, notamment, de Chantal Delsol, Gérard Leclerc, Jean-Marc Joubert, Michaël Bar-Zvi, Frédéric Rouvillois, Gertrude Dubus, Henri Du Buit et Philippe Delaroche permettent non pas de cerner un personnage qui ne saurait l’être, mais, comme le précise Christian Franchet d’Espèrey dans son propos liminaire, de saluer d’une manière digne «  celui que nous reconnaissons aujourd’hui comme un maître, cet exceptionnel poète de la métaphysique et de la politique que fut Pierre Boutang, le Forézien  ». Le numéro aborde ainsi le «  continent Boutang  » à travers sa pensée politique, sa réflexion sur l’utopie, sa philosophie de l’être, la rencontre avec Jérusalem, sa réflexion sur l’écrit et la poésie métaphysique (Blake, notamment) ou son rapport avec le courage physique qui faisait de Boutang un «  bagarreur philosophe  ». Le numéro contient également un riche entretien avec Stéphane Giocanti, deux articles de Boutang, un écrit pour La Revue universelle en 1941, alors qu’il n’a pas vingt-cinq ans, sur le mythe de la jeunesse, et un second, écrit à la mort de son maître Jean Wahl,en 1974, pour Combat, ainsi que desextraits de ses Cahiers inédits, centrés sur le philosophe Giambattista Vico. Un numéro exceptionnel. On annonce aussi, pour l’automne, des rencontres Pierre Boutang dont cette riche production éditoriale, depuis le début de l’année, sera le prétexte… Nous vous tiendrons évidemment au courant.