Deux Ex  : homme augmenté, jeu diminué

La saga Deus Ex continue sur PC et consoles. L’épisode précédent mettait en scène les interrogations suscitées par le transhumanisme. Mais ce nouvel opus s’avère bien décevant.

Sorti le 23 août 2016, Mankind Divided est la suite de Deus Ex – Human Revolution, sorti cinq ans plus tôt. Human Revolution marquait le retour sur les écrans de la mythique série Deus Ex, débutée en 2000. Deus Ex – Human Revolution était un jeu équilibré, soulevant des questions sur le transhumanisme, tout en laissant le joueur y répondre. Le personnage de Jensen, augmenté malgré lui, était parfait pour cela. Les trois fins possibles étaient d’une finesse suffisante pour alimenter un débat sérieux. À l’inverse, Mankind Divided est une daube. Dans ce jeu, nous retrouvons le même Jensen, dans un monde où les augmentés sont traités en parias et déportés, à la suite des événements de Human Revolution. Les scénaristes ont arbitrairement choisi l’une des trois fins possibles du précédent opus. La mission de Jensen est de déjouer un complot illuminati (oui, oui) visant à éliminer les augmentés  !

Une soupe victimaire

L’habile critique du transhumanisme, présente dans le précédent opus, disparaît. À la fin du jeu précédent, le joueur pouvait se ranger dans l’un de ces trois camps  : autorisation, restriction ou interdiction des augmentations. Il pouvait également choisir de ne rien faire et de laisser l’humanité se débrouiller. Le jeu était une longue découverte d’un monde en pleine mutation à cause des augmentations. Le scénario principal faisait dialoguer Jensen avec les partisans des trois camps, afin qu’il puisse décider du sort de l’humanité à la fin du jeu. La rencontre avec chaque personnage secondaire était l’occasion de découvrir un point de vue nuancé sur les augmentations  : de la prostituée forcée par son proxénète à l’ouvrier en reconversion, en passant par la machine à tuer mercenaire. Dans Mankind Divided, cette critique est absente, au profit d’une soupe victimaire. Les augmentés sont des victimes opprimées. Les terroristes augmentés sont toujours manipulés par les méchants. Le méchant est très méchant, donc forcément un mauvais augmenté  : pas d’amalgame. L’ambiance générale du jeu est ridicule  : le traitement réservé aux augmentés est une copie de la situation des Juifs sous le IIIe Reich – contrôles policiers abusifs, ségrégation et déportation. Le point Godwin est mérité. Le gentil est un clone postmoderne de Théodore Herzl, père du sionisme  : sa solution miracle consiste à créer une patrie pour les augmentés au milieu du désert d’Oman.

Des quêtes sans saveur

Le scénario aurait à la limite pu convenir si la carte avait été satisfaisante. Que nenni  : Jensen est à l’étroit dans un minuscule quartier de Prague. Human Revolution nous avait habitué à mieux  : les immenses villes de Hengsha ou Detroit étaient des chefs-d’œuvres, recelant de trésors cachés et de quêtes secondaires captivantes. Les quêtes de Mankind Divided sont absolument sans saveur quand elles ne sont pas de bêtes clichés… Le gameplay n’est pas mauvais en soi, mais aucun effort n’a été fait par rapport à Human Revolution. Le moteur n’a été que très superficiellement amélioré. Les graphismes sont les mêmes que ceux du précédent opus, à quelques fantaisies près, pour justifier l’achat d’une carte graphique. Le jeu n’est d’ailleurs pas toujours très fluide, comparé à d’autres jeux de sa génération. Mankind Divided est donc une mauvaise œuvre de propagande, un jeu bâclé destiné à remplir les poches de son éditeur en débitant un scénario improbable et fade. Ce jeu était attendu au tournant par de nombreux fans, d’autant que les journalistes qui y ont eu accès en avant-première l’ont encensé. Son accueil fut, au contraire, très mitigé du côté des joueurs, pas si dupes que ça.