Entre­tien avec Guillaume Ber­nard : L’honneur per­du des politiques

Entre­tien avec Guillaume Ber­nard : L’honneur per­du des politiques

L’Action Fran­çaise 2000 – Fran­çois Hol­lande est-il en train de don­ner un tour res­pon­sable à sa pré­si­dence, en dépas­sant enfin son rôle de chef de par­ti poli­tique pour deve­nir le chef de la France ?

Guillaume Ber­nard – Pro­fi­tant de la situa­tion gra­vis­sime dans laquelle nous sommes, il est cer­tain qu’il essaye de se don­ner une sta­ture d’homme d’État pour la poli­tique inté­rieure comme il était sup­po­sé l’avoir pour la poli­tique exté­rieure. Qu’il y arrive, c’est moins cer­tain. Car les cir­cons­tances sont plus fortes que la stra­té­gie poli­tique. Fran­çois Hol­lande est à la remorque des évé­ne­ments ; il essaye donc d’agir de la meilleure façon (en tout cas, le moins mal pos­sible…) sans oublier de fabri­quer son image dans la pers­pec­tive de l’élection pré­si­den­tielle de 2017.

On voit débu­ter une « séquence », comme disent les com­mu­ni­cants, avec ces atten­tats et la convo­ca­tion du Congrès. Mais la séquence Char­lie, suite aux atten­tats du 7 jan­vier, n’avait pas réus­si à por­ter Fran­çois Hol­lande plus de deux-trois mois.

Aucune stra­té­gie de com­mu­ni­ca­tion ne pour­rait le por­ter, à elle seule, jusqu’à une vic­toire en 2017. En revanche, et c’est hor­rible à dire, l’aggravation de la situa­tion pour­rait le ser­vir, par le biais d’un chan­tage à l’union natio­nale. Dans ce cas-là, cela jus­ti­fie­rait, pour lui et les par­tis de gou­ver­ne­ment, de faire une « grande coa­li­tion » (sur le modèle alle­mand) contre le Front natio­nal, comme cer­tains en rêvent à haute voix, et ce dès les régio­nales. L’appel à l’unité natio­nale per­met­trait d’ailleurs d’étouffer les vel­léi­tés de contes­ta­tion dans son propre camp. On ne peut pas lire l’avenir, mais les mesures qu’il prend, tout en refu­sant de nom­mer l’islamisme et de reve­nir sur la poli­tique d’immigration, ne sont pas celles qui limi­te­ront le plus les risques – et lui assu­re­raient les suc­cès dont il a besoin. En sim­pli­fiant, on pour­rait dire que, d’un côté, il refuse de trai­ter la cause prin­ci­pale du déli­te­ment du lien social, qui assure un réser­voir poten­tiel au ter­ro­risme, et que, de l’autre côté, il envi­sage la pos­si­bi­li­té de res­treindre les liber­tés (comme cela a déjà été fait avec la loi sur le ren­sei­gne­ment) de ceux qui ne sont a prio­ri pas des dan­gers pour l’ordre public. Sa réus­site poten­tielle dans la lutte contre le ter­ro­risme et sa cré­di­bi­li­té poli­tique sont donc sujettes à caution.

Fran­çois Hol­lande et ses ministres prennent un incroyable risque en assu­mant des posi­tions jusqu’ici tenues par la droite et l’extrême droite. Brus­que­ment, ils piochent dans un arse­nal de mesures, qui peuvent appa­raître aujourd’hui comme tar­dives ou insuffisantes.

Les cir­cons­tances les y obligent. Fran­çois Hol­lande peut dif­fi­ci­le­ment ne pas envi­sa­ger des expul­sions ou des déchéances de natio­na­li­té quand cer­taines per­sonnes sont ouver­te­ment hos­tiles à la France. Mais, outre que ces mesures ne sont que le mini­mum requis, le risque est réel que cette poli­tique soit mise en place trop tard. Il traite les symp­tômes et non la cause : la com­bi­nai­son de la volon­té isla­mique de conquête et de l’abdication de la Répu­blique d’exiger de ceux qui pré­tendent être Fran­çais de se conver­tir à la culture fran­çaise. Quant à l’aspect poli­ti­cien, en se fai­sant le paran­gon d’une syn­thèse des pro­po­si­tions des dif­fé­rents par­tis poli­tiques, il réduit la capa­ci­té de nui­sance de ses adver­saires. Il s’assure, à moindre frais, d’être approu­vé par la majo­ri­té de la popu­la­tion tout en cou­pant l’herbe sous le pied de ses concur­rents potentiels.

Les Fran­çais peuvent-ils se satis­faire de mesures qui visent le peuple entier plus que les prin­ci­paux res­pon­sables, et ne vont-ils pas contes­ter un pou­voir abso­lu, même pour un temps bref ?

D’un côté, il y a ceux qui ont per­du toute confiance dans les ins­ti­tu­tions et le per­son­nel poli­tique : ceux-là ver­ront l’atteinte aux liber­tés publiques ; de l’autre, il y a ceux qui ont peur, et ce sont ceux-là que vise le gou­ver­ne­ment. Une part de l’opinion publique est prête à abdi­quer sa liber­té contre la sécu­ri­té. C’est le méca­nisme du sup­po­sé contrat social ayant per­mis de pas­ser de l’état de nature à l’état social. Mais encore faut-il que la sécu­ri­té soit effec­ti­ve­ment assu­rée… Si elle n’était pas au ren­dez-vous, la popu­la­tion pour­rait bas­cu­ler vers des réac­tions vio­lentes. Il y a eu, ces der­niers temps, des contes­ta­tions tous azi­muts : les cathos contre la loi Tau­bi­ra, les Bon­nets rouges contre l’écotaxe ; les agri­cul­teurs, les avo­cats et même les poli­ciers mani­festent. Jusqu’à pré­sent, ces contes­ta­tions sont dis­jointes. S’il y a un élé­ment coa­gu­la­teur, comme une insé­cu­ri­té per­ma­nente, le régime pour­rait être mena­cé. Mais nous rai­son­nons là sur des conjectures. [.…]