Espagne : L’inconnue de Podemos

Ancrée à gauche, la contestation de l’”austérité” n’en cultive pas moins une certaine proximité avec le catholicisme.

Dans plusieurs pays, les habits usés des partis craquent. Des nouveaux surgissent. C’est le cas en Grèce et en Espagne. Christophe Barret, historien, responsable au service éducatif des Archives nationales, est le premier, en France, à consacrer un livre à Podemos. Sa percée fut rapide. Il est issu du Mouvement des Indignés. Sans vraie structure ni organisation, les Indignés enfièvrent Madrid. Le feu couve sous la cendre, attisé par des universitaires qui enseignent à la Complutense à Madrid. Parmi eux : Pablo Iglesias, l’actuel leader du parti et député européen, Inigo Errejon, le véritable penseur, d’autres encore plus proches de Gramsci que de Marx, frottis de la pensée d’Ernesto Laclau et et de son épouse la Belge Chantal Mouffe, de péronisme et de figures révolutionnaires latino-américaines, telles celles d’Hugo Chavez ou d’Evo Morales le Bolivien. Les dirigeants de Podemos se situent résolument à gauche. À leurs yeux les socialistes espagnols – et européens – ont « trahi ». Ils s’affichent hostiles à la monarchie mais, au grand mécontentement de certains de ses amis, Pablo Iglesias accepte, depuis peu, d’être reçu et consulté par le roi, et de lui serrer la main.

Une proximité… vaticane

En principe athées, les dirigeants de Podemos ne dissimulent pas leur proximité avec le pape François. C’est un des chapitres les plus intéressants du livre de Christophe Barret, intitulé « Le temps des franciscains ». Le romancier Sergio del Molino dit croire encore « que Pablo Iglesias […] et ses disciples savent très bien ce qu’ils font » ; « ils ont compris que la gauche espagnole est religieuse, que l’Espagne est un pays fait d’un catholicisme populaire qui rechigne à faire confiance à l’Église ». Et voilà qu’avec François ils trouvent un pape “contestataire”, un “latino”, qui s’inscrit, pensent-ils à tort ou à raison, dans la “théologie de la libération”, ou tout au moins dans une pensée qui s’en approche. Les coups de boutoir assénés à la Curie ne font que les conforter dans ce sentiment. Comme la visite de François à Fidel Castro, prélude au rapprochement entre Cuba et les États-Unis. N’est pas passée inaperçue, non plus, la médiation vaticane auprès du Venezuela d’un Nicolas Maduro que les leaders de Podemos ont beaucoup fréquenté.

Christophe Barret souligne que « l’esprit le plus radical de Podemos […] est passionné par le sentiment religieux ». Sans doute plus par lui que par un programme économique qu’Iglesias avouait il y a peu « n’avoir pas eu le temps de bâtir ». Surprenant pour celui et ceux qui font profession de marxisme et de gramscisme. Comme l’écrit Bertrand Renouvin, dont Christophe Barret est un collaborateur proche, la seule perspective sérieuse pour Podemos serait de constituer à terme, sous l’égide du pape François, une démocratie chrétienne progressiste ! Ce qui restera à démontrer.

Charles-Henri Brignac

Christophe Barret, Podemos – Pour une autre Europe, éditions du Cerf, novembre 2015, 256 pages, 19 euros.