Mal défen­dus !

Mal défen­dus !

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L’Ac­tion Fran­çaise 2920 – 19 novembre 2015

Bey­routh-sur-Seine : avec leur géné­ro­si­té imbé­cile pour toute la misère du monde, leur géo­po­li­tique du Bien et du Mal et leur fausse diplo­ma­tie des droits de l’homme, leur « Pada­mal­gam » pour toute morale pra­tique, leur « France ouverte » et leur mul­ti­cul­tu­ra­lisme comme hori­zon indé­pas­sable de l’humanité, leur « répu­blique de la diver­si­té », leurs « chances pour la France », leur socié­té inclu­sive, ils sont com­blés. Faire France, comme ils disaient ! Enga­gez-vous, ren­ga­gez-vous dans le camp de la mon­dia­li­sa­tion heu­reuse. La France est deve­nue un vil­lage festif.

Le cha­grin, bien sûr. 130 morts, à l’heure où nous écri­vons. Le cha­grin mais aus­si la colère. Non pas devant le carac­tère iné­luc­ta­ble­ment tra­gique de l’histoire qui s’est rap­pe­lé à nous, bru­ta­le­ment, ce ven­dre­di 13 novembre, mais devant son oubli par nos gou­ver­nants, depuis tant de mois, d’années, de décen­nies, devant ce déni de réa­li­té dont le mas­sacre de la semaine der­nière n’est que le fruit san­glant. Mal­heu­reu­se­ment, ces 130 morts ne leur ont pas plus ser­vi de leçon que les pre­miers mas­sacres de jan­vier ou la déca­pi­ta­tion de juin : le semble-exé­cu­tif refuse tou­jours de nom­mer l’adversaire. Ven­dre­di soir, Hol­lande n’a par­lé que de « ter­ro­ristes », alors qu’il savait déjà ; lun­di matin, son ministre de l’intérieur Caze­neuve, mar­te­lant avec un air mar­tial que « les ter­ro­ristes ne détrui­ront jamais la Répu­blique, c’est la Répu­blique qui les détrui­ra », n’évoque que du bout des lèvres des « imams prê­cheurs de haine » pour mieux ne pas qua­li­fier cette haine, qui est isla­miste. Réci­di­vant à Ver­sailles devant le Congrès, le pré­sident de la répu­blique n’a évo­qué le « ter­ro­risme dji­ha­diste » que pour mieux taire l’islamisme radi­cal, s’enferrant dans une condam­na­tion de « Daech ». Il ne faut pas déplaire à nos amis séou­diens ou qata­ris, finan­ciers de ce même isla­misme. Or ce n’est pas la « France ouverte », contrai­re­ment à ce que croit Hol­lande, qu’ont visé les agents de l’Etat isla­mique — par­lons fran­çais ! —, mais en dépit ou à tra­vers des valeurs répu­bli­caines dont ils se fichent éper­du­ment, la France tou­jours consi­dé­rée, à tort ou à rai­son, comme terre de Chré­tien­té. Ce sont des « croi­sés » qu’ils ont mas­sa­crés, indé­pen­dam­ment de la confes­sion des vic­times. C’est à l’identité pro­fonde de la France qu’en dépit de nous-mêmes les assas­sins nous ont ramenés.

D’où l’absence scan­da­leuse, same­di der­nier, à la messe célé­brée à Notre-Dame de Paris par Mgr Vingt-Trois pour les vic­times des atten­tats, des membres du Gou­ver­ne­ment, du pré­sident de la Répu­blique et de Nico­las Sar­ko­zy, lui-même ancien pré­sident. Les pré­si­dents des deux assem­blées étaient là, jusqu’au maire de Paris, des ambas­sa­deurs, aus­si, c’est-à-dire les repré­sen­tants d’Etats étran­gers, mais aucun de notre exé­cu­tif laïque et obli­ga­toire. Pas même le ministre des cultes qui, il est vrai, consi­dère que par­ler des racines chré­tiennes de la France c’est « faire une relec­ture fre­la­tée » de l’histoire de France, tan­dis que « prô­ner le dji­had n’est pas un délit ».

Alors que la France est en guerre, nous aime­rions nous ran­ger, plus qu’à une union natio­nale, valable en temps de paix, à une Union sacrée, puisque c’est l’ultime qui est en jeu quand la brèche a per­mis à l’ennemi de fran­chir le rem­part et d’envahir le pré car­ré. Mais l’union sacrée avec qui, quand le pays légal a tota­le­ment failli ? Oui, l’ouverture des fron­tières a per­mis à la mafia sala­fiste fran­co-belge d’agir en toute impu­ni­té ; oui, par­mi les pré­ten­dus réfu­giés se cachent des ter­ro­ristes de l’Etat isla­mique : deux des assas­sins sont venus de Syrie par la Grèce à la faveur de la géné­ro­si­té lacry­male de l’Europe ; oui, la poli­tique étran­gère conduite depuis tant d’années par Sar­ko­zy (Libye, Syrie) puis Hol­lande, pour­sui­vant de sa vin­dicte davan­tage Assad et la Rus­sie, que les isla­mistes (Fabius : « Al Nos­tra fait du bon bou­lot »), se révèle plus qu’un crime : un imbé­cil­li­té sans nom ; oui, notre répu­blique immi­gra­tion­niste a enfan­té un enne­mi inté­rieur, qui n’attend, avec l’aide de quelques conver­tis, que l’ordre d’agir, après avoir trou­vé ses jus­ti­fi­ca­tions tant dans les méta­stases d’une repen­tance natio­nale géné­ra­li­sée dif­fu­sée par les élites, que dans le mépris des racines chré­tiennes et de l’identité char­nelle de la France deve­nu dogme de la République

Nous ne sou­hai­tons pour­tant qu’une chose : que le pays légal réagisse enfin. Aus­si com­ment ne pas être effa­ré d’entendre Valls réité­rer sur RTL, ce lun­di 16 novembre, ses pro­pos de jan­vier : la France va « vivre long­temps » avec le ter­ro­risme, jus­ti­fiant ain­si son inac­tion depuis Char­lie, sa pas­si­vi­té d’aujourd’hui, ses échecs pro­bables de demain ? « Il faut, je l’ai rap­pe­lé depuis des mois […] expul­ser tous les étran­gers qui tiennent des pro­pos insup­por­tables, radi­ca­li­sés contre nos valeurs, contre la Répu­blique. Il faut fer­mer les mos­quées, les asso­cia­tions, qui aujourd’hui s’en prennent aux valeurs de la Répu­blique »… Pour­quoi ne l’a‑t-il pas fait ? N’est-il pas le pre­mier ministre ? L’Esprit du 11-jan­vier, avec lequel nous le croyions en com­mu­ni­ca­tion per­ma­nente, ne lui a‑t-il pas ins­pi­ré des mesures effi­caces ? Pour­quoi les fron­tières sont-elles res­tées béantes depuis jan­vier ? Pour­quoi les imams des mos­quées sala­fistes prêchent-ils tou­jours libre­ment la haine des croi­sés alors qu’ils devraient avoir été expul­sés ou mis en camp de réten­tion ? Pour­quoi ces mos­quées sont-elles tou­jours en acti­vi­té ? Pour­quoi les mis en exa­men pour ter­ro­risme ne sont-ils pas tous en pri­son ? Pour­quoi, alors que tous les ter­ro­ristes qui sont pas­sés à l’action sont connus de nos ser­vices, puisque fichés S, ont-ils été lais­sés libres d’agir ? Pour­quoi ce manque d’échanges entre ser­vices de ren­sei­gne­ments belges et fran­çais ? Pour­quoi a‑t-il fal­lu attendre ces atten­tats pour effec­tuer toutes ces per­qui­si­tions mani­fes­te­ment effi­caces ? Oui, pour­quoi avoir atten­du 130 morts pour com­men­cer à agir ? Du reste, Valls y est-il vrai­ment déci­dé ? Le fait qu’il juge, tou­jours sur RTL, en contra­dic­tion avec Hol­lande soi-même, que « fer­mer les fron­tières ne chan­ge­ra rien » n’est pas fait pour nous ras­su­rer. Mani­fes­te­ment les deux têtes de l’exécutif ne sont pas sur la même lon­gueur d’ondes, ce qui est gra­vis­sime en temps de guerre. Quant à l’assignation à rési­dence des fichés S, Hol­lande s’en remet cou­ra­geu­se­ment au Conseil d’Etat, c’est-à-dire à la Cour euro­péenne des droits de l’homme.

Les mesures annon­cées en catas­trophe par Hol­lande à Ver­sailles témoignent de l’impréparation de la Répu­blique à affron­ter les fruits de son inco­hé­rence poli­tique. Maur­ras évo­quait à la veille de la guerre de 1914 ces jeunes Fran­çais « cou­chés froids et san­glants sur leur terre mal défen­due ». Rem­bau­cher les poli­ciers, doua­niers ou gar­diens de pri­son congé­diés par Sar­ko­zy, geler la baisse des effec­tifs des armées enta­mée par Sar­ko­zy et Hol­lande, pro­lon­ger l’état d’urgence d’une réforme consti­tu­tion­nelle per­met­tant d’agir en situa­tion excep­tion­nelle, tout cela peut être bel et bon. Le mieux est de l’avoir pré­pa­ré en amont. Gou­ver­ner, c’est pré­voir. La comble de l’incohérence ? Envi­sa­ger, tout en sachant qu’on ne le fera pas — le Conseil consti­tu­tion­nel, sous la coupe de Stras­bourg et de Bruxelles, le refu­se­ra —, la déchéance de natio­na­li­té de bina­tio­naux même nés fran­çais. Quel aveu des contra­dic­tions inso­lubles dans les­quelles nous plongent la notion même de bina­tio­na­li­té et le droit du sol pra­ti­qué dans cette « France ouverte » si chère à Hollande.

La Répu­blique ne nous déce­vra jamais.

Fran­çois Marcilhac
Direc­teur édi­to­rial de L’Ac­tion Fran­çaise 2000