"Nous ne sommes pas révolutionnaires pour
plaire même au peuple,
nous le sommes pour
continuer."

Henri, Comte de Paris



#05 - 1er trimestre 2006

La société française contemporaine se caractérise par un phénomène qui a toutes les apparences d'un paradoxe. Alors que les privilèges s’accroissent; que l’individualisme régne en maître, que le centralisme, l’étatisme tatillon, l’égalitarisme niveleur sont des entraves politiques que pose l’Etat et les partis officiels face au pays réel ; malgré tous ces symptômes de désillusions à l'égard de la réalité démocratique, le consensus autour des valeurs et de l'idée qui la sous-tendent est toujours aussi large. Certes, la teneur des convictions démocratiques, la force de l’idéal républicain s’est estompée. Il reste que la grande masse n’ose concevoir autre chose que cette démocratie politicienne dont par ailleurs elle méprise les acteurs. Vomi quand il se présente en chair et en os, le système conserve l’adhésion de la majorité par la représentation idéale que l’on fait de lui. Cette surprenante distorsion, cette scission entre réalité et idée démocratiques, finit par sauver un système déconsidéré. C’est en fait négativement que la masse épouse la démocratie, par négation d’autre chose; des dictatures, du totalitarisme. La démocratie a donc su se rendre incontournable, exclusive de toute autre forme de gouvernement. Elle s’est ancrée, enracinée à tel point dans les cerveaux qu’elle interdit à toute personne se plaignant de ses effets de remonter jusqu’à elle. C’est ainsi, alors que partout ont lieu des contestations profondes de l’organisation sociale, économique, politique actuelle, que jamais celles-ci n’osent mettre en accusation la principale responsable forte de son impunité. Georges Sorel faisait déjà cette constatation au début du siécle dernier: « Je suis depuis longtemps frappé de la folie des auteurs contemporains qui demandent à la démocratie de faire un travail que peuvent seules aborder les royautés pleines du sentiment de leur mission. ». La subjectivité, le soliloque s’arrêtent au seuil de l’éducation. L’idée républicaine de l’éducation témoigne d’un reste de mentalité monarchique. Ailleurs, les adolescents, puis les adultes sont requis par la société de consommation, c’est-à-dire la jouissance immédiate, l’égoïsme, la passivité, le narcissisme social et culturel, la concurrence, le tout enveloppé par la bonne conscience humanitariste. Notre lutte politique, donc sociale, passe par la réflexion éducative.


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