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Léon de Montesquiou

Le système politique d'Auguste Comte

Par Francis Venant

Le comte Léon de Montesquiou (1873-1915) fut une des personnalités les plus remarquables et les plus attachantes de la jeune Action Française dont il devint un dirigeant émérite (notamment en qualité de secrétaire général de la Ligue d’A.F.) et un propagandiste zélé et relevé, tant par l’écrit que par la parole (notamment à l’Institut d’Action Française dont nous célébrerons le centenaire cet automne) : penseur exigeant, il écrivit de nombreux ouvrages politiques théoriques d’importance (parmi lesquels Le Salut public, en 1902, et La raison d’Etat, en 1902) et plusieurs textes de "défense et illustration" de la doctrine d’Action française, qu’il contribua à définir (par exemple Les origines et la doctrine de l’Action française).

Son parcours, exemplaire, fut celui de nombreux patriotes que fit réagir, d’abord d’instinct, ensuite de raison – une raison éclairée notamment par l’irréfutable Charles Maurras –, cette dangereuse flambée destructrice, toute trempée des « dogmes révolutionnaires », que l’on a appelée le dreyfusisme (en lequel Montesquiou décelait un caractère religieux prononcé). Montesquiou, dont l’excellent biographe, Coudekerque-Lambrecht, dit qu’il était « l’un des esprits les moins influençables qui soient » refit les démonstrations de Maurras au même moment où Henri Vaugeois, Maurice Pujo, Octave Tauxier et tant d’autres reconnaissaient eux-mêmes que seule la Monarchie « traditionnelle, héréditaire, anti-parlementaire et décentralisée » pouvait refaire une France qui se défaisait horriblement.

Il s’y adonna avec une rigueur qui non seulement force l’admiration (et convainc la raison) mais une honnêteté qui paraît être un de ses traits les plus saillants : c’est ainsi qu’il inventa une méthode consistant à ajouter à la fin de ses chapitres une note où il indiquait sa pensée antérieure, ses erreurs et ce qu’il avait acquis depuis. Il avait aussi le talent de concevoir de plaisants apologues qui permettaient d’illustrer des vérités abstraites.

Nécessité de la Patrie

Au sein d’une œuvre relativement importante, choisissons de mentionner le premier livre qu’il consacra à Auguste Comte : Le système politique d’Auguste Comte (le livre, publié en 1907 à la Nouvelle Librairie Nationale, ne faisait que recueillir une série de conférences données à l’Institut d’Action française l’année précédente). Pourquoi ce choix ? Parce que, outre la qualité de l’ouvrage – une excellente introduction à l’œuvre politique de Comte – il nous rappelle plusieurs faits d’ordre historique dont peuvent sans doute être dégagés quelques principes. Maurras affirme avoir introduit Montesquiou à Comte. On sait, par son remarquable Auguste Comte, la reconnaissance qu’il nourrissait envers ce « bon maître ».

La leçon qui est à retenir est que Maurras, tout en déployant sa propre pensée, ne négligeait nullement les autres "grands ancêtres" (comme Joseph de Maître, Bonald…) ou contemporains (Taine, Renan…) auxquels il renvoyait sans négliger d’éprouver et de critiquer, quand nécessaire, leur pensée. Nombreux furent en tout cas les disciples de l’A.F. qui "fréquentèrent" Comte ; Montesquiou fut le plus enthousiaste pour des raisons qui ne tinrent d’ailleurs pas seulement à sa critique de l’individualisme révolutionnaire et à son approche organiciste du fait social, au fait aussi que Comte établissait la « nécessité de la patrie pour le bien de l’Humanité », mais à l’homme Auguste Comte, à la noblesse et à la bonté (méconnues) de son âme, à son désintéressement, à son culte émouvant de Clotilde de Vaux aussi, lequel fut au principe d’une remarquable et féconde refondation, tout à fait inattendue, et certainement unique dans l’histoire de la philosophie, d'une pensée déjà élaborée – en l'occurrence sa "poltique positive – sur le sentiment (de type non rousseauiste, cela va sans dire).

En fait, tout en restant centrée sur sa doctrine, l’Action française tout entière, à l’exemple de son maître, savait multiplier les références et diffuser son influence.

Catholiques et positivistes

C’est sur ce point que nous voudrions insister. L’ouvrage de Montesquiou s’ouvrait sur un chapitre (objet de la première conférence) ayant pour titre : Catholiques et Positivistes : l’accord. Montesquiou ne faisait en fait que renouer avec le souhait ultime de Comte : réconcilier les "conservateurs", au premier rang desquels se trouvaient les catholiques, avec une doctrine positiviste toute pénétrée d’une sincère admiration pour la grande synthèse catholique et l’éminence de son magistère spirituel (auquel Comte, tout de même, voulait que lui soit progressivement substituée cette « religion de l’Humanité » (dont Montesquiou établit sans conteste qu’elle n’a pas le caractère ridicule qu’on lui prête). Or le fait est que Montesquiou réussit à concilier Paul Ritti, l’exécuteur testamentaire de Comte et bien d’autres positivistes d’importance. Il n’était pas négligeable qu’après la trahison de Littré (qui déclara son maître fou) et la dérive de nombre de positivistes vers le camp de la Révolution, Montesquiou obtînt un tel résultat "de propagande".

Mais le mieux est peut-être de laisser parler Ritti lui-même : « Le livre sur Auguste Comte que vient de publier le comte Léon de Montesquiou est certainement un des faits les plus marquants de ce commencement de siècle. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler à quel point le Positivisme était jusque dans ces derniers temps méconnu, même ignoré par les partis qui désirent subordonner la solidarité à la continuité, le principe à la volonté, le progrès à l’ordre. Il ne pouvait d’ailleurs en aller autrement ; car depuis la mort d’Auguste Comte on avait toujours présenté son œuvre comme devant remplacer le passé au lieu de le développer. L’Action française s’est donné pour tâche de dissiper une semblable erreur. C’est M. de Montesquiou qui vient, par la publication que nous annonçons, de faire cesser un si déplorable malentendu. »

Et Ritti ajoutait cet éloge qui témoigne parfaitement du caractère remarquable de l’œuvre en question : « Pour y parvenir, il a cru que le mieux était de nous montrer tout simplement quels sont les véritables services qu’a rendus à l’évolution humaine l’incomparable penseur dont il a exposé la doctrine avec tant de clarté et une si parfaite loyauté. » Ces propos, Ritti n’avait pas hésité à les publier dans L’Action Française (la revue du 1er janvier 1907).

Principes comtiens

Trésor d’enracinement dans la pensée nationale d’Action française, trésor d’ouverture intelligente et féconde, Le système politique d’Auguste Comte de Montesquiou est à relire pour ces deux très bonnes raisons. Elle nous familiarise avec ces principes comtiens dont Montesquiou se faisait une lecture quotidienne et que Maurras a repris dans sa présentation du philosophe : « L’Amour pour principe et l’Ordre pour base ; le Progrès pour but » ; « Induire pour déduire, afin de construire » ; « La soumission est la base du perfectionnement » ; « Les vivants seront toujours et de plus en plus gouvernés nécessairement par les morts » – parmi bien d’autres pierres précieuses.

L'Action Française 2000 - 2 juin 2005



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