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Charles Maurras

L'Ordre et le Désordre
Les "idées positives" et la Révolution

Par Grégoire Dubost

En publiant L’Ordre et le Désordre en 1948, Charles Maurras dresse un réquisitoire sévère contre la Révolution française. L’ouvrage, qui compte une soixantaine de pages, comporte cependant quelques nuances : « Nous ne nions pas le mal du passé, ni le bien du présent. » Pour l’auteur, qui compare république et monarchie, la question qui se pose est simplement de savoir quel régime a rendu la plus grande somme de services à la France.

Sa démonstration débute par cette affirmation : « Une seule chose importe : le vrai. » Mais qu’est-ce qu’une idée vraie ? C’est « une idée que les faits de la vie ou confessent ou confirment », qui « ne conduit pas nécessairement au réel », mais qui « écarte l’impossible ». Pour distinguer le vrai du faux, c’est la raison qu’on prendra pour arbitre. Comme les gens du dix-huitième siècle ? Pas tout à fait. Selon Maurras, « tout en invoquant la raison », ceux-ci « eurent le tort de raisonner peu et fort mal ».

Du bon usage de la raison

Peut-être avaient-ils accordé une confiance trop grande à la liberté ? Certes, elle est utile ; « la curiosité et la tolérance, l’hospitalité de l’esprit » sont même indispensables : « Consentir au malaise de la surprise, en extraire une joie vivace, désirer la secousse de l’inconnu, aimer à se trouver désorienté et perplexe [...] c’est la préface nécessaire de tout mouvement méthodique de la raison. » L’esprit de liberté présente néanmoins un tort essentiel, celui de « prétendre suffire à tout et tout dominer », alors qu’« il n’est qu’un commencement ». En effet, « les purs flambeaux de la Liberté » « ne feront jamais distinguer le principal ou le secondaire, l’antécédent ou le conséquent, le préférable ou le postpossble ».

Aussi, « si l’on veut remuer et vivre, il faut sortir de cet état de liberté comme on sort de prison ». « Il faut adopter un principe et s’en tenir à lui. Ce n’est pas pour anéantir toutes les idées différentes, c’est pour les composer autour de leur centre normal, pour les ranger et les graduer... »

User ainsi de la raison, « ce n’est point faire preuve d’individualisme mais du sentiment opposé ; c’est se réclamer de principes également communs, non seulement aux hommes, mais à tous les esprits, qu’ils habitent Mars ou la Lune »… C’est d’ailleurs « en appliquant ces principes supérieurs aux données empiriques de la vie politique » que « d’exercés dialecticiens ont, de siècle en siècle, établi l’ensemble de ces idées positives, qu’on peut aussi nommer vérités empiriques ».

La méthode étant définie, il convient non pas de « rêver la Constitution la plus "idéale" », mais de chercher « quelle serait la plus utile », avec l’idée que « la saine politique se subordonne à l’intérêt de la communauté politique réelle la plus étendue et la plus résistante ». « Nous disons réelle car il s’agit d’intérêts déjà existants […] Nous disons la plus étendue, parce qu’il s’agit de trouver une loi applicable au plus grand nombre de cas. Mais nous ajoutons cette condition de plus résistante pour bien spécifier de quelle sorte de réalité il s’agit ; une coalition, une alliance, souvent même une confédération ne sont pas de ces réalités politiques supérieures dont nous parlons. »

La réalité nationale

Voilà pourquoi la nation est au cœur de nos préoccupations. Son unité, qui « reste pour nous le plus nécessaire de tous les biens », s’inscrit dans l’histoire. À « la souveraineté de dix millions d’électeurs français représentée par des bulletins de vote ou par des élus », on opposera donc « l’autorité d’un milliard de Français morts et d’un milliard de Français à naître représentés, ceux-là, par la Maison de France et par le chef de cette Maison ». À en croire quelques-uns, « pour faire du nouveau qui fût excellent, il suffirait de casser du vieux ». Même si « la vraie tradition est critique », ils oublient que « la durée est le fruit des épreuves de l’expérience : grave indice du vrai et du bien ».

Fort de cet enseignement, quel objectif faudra-t-il poursuivre ? Il ne doit être placé « ni dans l’égalité, ni dans l’inégalité de qui que ce soit » ; « l’objectif idéal des sociétés, c’est leur prospérité générale ». « L’inégalité humaine est un fait. L’égalité n’en est pas un. Il faut mettre de l’égalité en certains objets. Il ne faut pas en mettre en tout. Voilà l’essentiel de notre doctrine. »

Maurras précise que « le seul État français qui ait le sens commun comporte au centre un roi puissant, à la périphérie des organisations autonomes ». « En effet, notre État doit être fortifié tout autant que limité et limité tout autant que fortifié. Il faut sacrifier au génie de l’autorité le ridicule verbiage du Parlement central ; il faut au, contraire, favoriser, aider, émanciper et réorganiser tous les corps, compagnies et communautés susceptibles de s’exprimer par des assemblées locales, professionnelles ou religieuses… »

Le despotisme de l'individualisme

Le constat est clair : sur un fondement individualiste, on « ne peut concevoir ni réaliser autre chose que le despotisme de l’État ». « Cet État tient les personnes et les biens. Chacun se trouve seul contre l’Etat, expression de tous... » « De l’individualisme absolu à l’Etat absolu, la chaîne est logique. Les événements ne s’enchaînent pas moins que les idées, du régime de la Déclaration des droits de l’homme au régime de la terreur. »

Quelles leçons tirerons-nous de l’histoire ? « Nous voyons à quel point la douceâtrerie humanitaire est contiguë au sectarisme sanglant. J’en conclus qu’il faut éviter cette douceâtrerie. Je conclus que le meilleur moyen d’éviter 1793 sera toujours de s’opposer à 1789. » Quant au roi, il servit si bien l’intérêt de la France « qu’après avoir fait la nation, il ne cessa de l’étendre et de la fortifier ». La Restauration conforte Maurras dans ses convictions : « L’État modèle […] est assez sage pour ne pas vouloir la guerre, mais assez fort pour ôter au monde l’envie de la lui déclarer. Quel État français s’est trouvé dans ces conditions depuis 1789 ? […] Seuls répondent à la définition de l’État suffisant, de l’État juste, les trois règnes qui vont de 1815 à 1848. » La monarchie future y répondra à son tour !

* Charles Maurras : L’ordre et le désordre – Les "idées positives" et la Révolution. Éditions Self, 1948, 63 pages.

L'Action Française 2000 - 28 juillet 2005



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