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Charles Maurras

Mes Idées politiques

Par Pierre Pujo

Les grands textes politiques de Charles Maurras sont souvent les préfaces ou les introductions par lesquelles il ouvre ses ouvrages. Ainsi en est-il de La Démocratie religieuse, de L’Enquête sur la Monarchie (édition de 1924), de Mes idées politiques.

Là, Maurras, qui, quotidiennement dans L’Action Française, analysait les événements pour en faire sortir les grandes vérités, a condensé sa pensée et lui a donné toute sa force.

La longue préface de Mes idées politiques a été écrite en 1937 alors qu’il purgeait à la prison de la Santé une condamnation pour avoir défendu la paix contre des politiciens qui voulaient entraîner la France dans une guerre insensée contre l’Italie. C’est un texte magistral de philosophie politique. Il devrait être enseigné dans tous les lycées de France. Maurras l’a appelé La politique naturelle. Il ne contient pas de vues idéologiques a priori reflétant la conception personnelle que l’auteur se ferait de l’homme en société ; il s’appuie sur l’observation des faits tels que chacun peut les constater. L’analyse rigoureuse de la condition humaine à laquelle procède Maurras touche aux profondeurs de l’être.

Bienfaisante inégalité

Les premières lignes ont la valeur d’un morceau d’anthologie : « Le petit poussin brise sa coquille et se met à courir. Peu de choses lui manque pour crier : “Je suis libre...”. Mais le petit homme ? Au petit homme, il manque tout. Bien avant de courir, il a besoin d’être tiré de sa mère, lavé, couvert, nourri. Avant que d’être instruit des premiers pas, des premiers mots, il doit être gardé des risques mortels. Le peu qu’il a d’instinct est impuissant à lui procurer les soins nécessaires, il faut qu’il les reçoive, tout ordonnés, d’autrui [...] Le petit homme presque inerte, qui périrait s’il affrontait la nature brute, est reçu dans l’enceinte d’une autre nature empressée, clémente et humaine : il ne vit que parce qu’il en est le petit citoyen. »

Tel est le bienfait de ce que Maurras appelle « l’inégalité protectrice ». Celui-ci s’inscrit ainsi en faux contre les idées rousseauistes selon lesquelles les hommes naissent « libres et égaux en droit ».

Plus tard, l’homme prend conscience de lui-même et devient adulte. Il voudra changer le monde ou, du moins, y imprimer sa marque. « Il n’est pas promis à la solitude. Il ne la supporterait pas. L’homme adulte, quelque trouble agitation qui l’emporte, et souvent par l’effet de ce trouble, ne cesse de subir un premier mouvement qui est de rechercher son semblable pour se l’adjoindre ou se joindre à lui. ». Là encore c’est l’inégalité des goûts, des capacités, qui incite les hommes à se rapprocher pour réaliser quelque chose ensemble. Cependant, « si la nécessité impose la coopération, le règne de l’antagonisme ne sera jamais supprimé non plus ». C’est là, et là seulement, qu’apparaît le contrat qui va régler les relations entre les hommes. Le contrat aura d’autant plus de portée et de solidité qu’il s’appuiera sur les affinités naturelles.

Autre élément qui contredit le dogme de la Liberté et l’Égalité : la notion d’hérédité. Les générations passées ont accumulé un ensemble de biens matériels et moraux dont l’homme est l’héritier et qu’il doit maintenir et si possible enrichir pour ses successeurs. Elles lui transmettent aussi une expérience et la connaissance des lois inscrites dans la nature des choses. En tenant compte de ces lois, l’homme pourra donner pleine efficacité à son action.

Selon la famille dans laquelle il naît, l’homme va être plus ou moins favorisé dans la vie ou orienté différemment. Il n’y a pas là d’injustice mais un fait de nature. Ce qui n’interdit pas à l’homme de vouloir s’élever dans la hiérarchie sociale et aux dirigeants politiques de remédier aux inégalités choquantes. Le vice de la démocratie est d’entretenir l’envie entre les citoyens. Les politiciens en vivent. Pour être élus, ils promettent « l’impossible » en méprisant les contraintes du réel.

Nous ne donnons là qu’un aperçu de la préface de Mes idées politiques qui est un texte d’une grande richesse de réflexions.

Le souci du réel

Le corps de l’ouvrage contient de fortes pensées qui ont été rassemblées sur les grands thèmes politiques : la Vérité, la Force, l’Ordre, l’Autorité, la Liberté (« La liberté n’est pas au commencement, mais à la fin. Elle n’est pas à la racine, mais aux fleurs et aux fruits de la nature humaine ou pour mieux dire de la vertu humaine. On est plus libre à proportion qu’on est meilleur. »), la Propriété, la Tradition (« La vraie tradition est critique. »), la Civilisation, l’État, la Démocratie, les Questions sociales, etc. On peut s’y reporter comme dans un dictionnaire grâce à la clarté du sommaire. Une idée domine toutes les réflexions de Maurras : le souci du réel, la juste délimitation entre ce qui relève de la nature et ce qui ressortit à la volonté. Les déterminismes politiques, chez Maurras, n’anéantissent pas la liberté de l’homme. Ils permettent à celle-ci d’atteindre sa pleine efficacité.

À l’heure où l’État-nation est remis en question par la "construction européenne", il est intéressant de se reporter aux chapitres qui le concernent dans Mes idées politiques.

Sur la patrie : « La France existe autrement que par une trentaine ou une quarantaine de millions de têtes vivantes. Quarante millions d’hommes vivants, soit, mais un milliard d’hommes morts. ». Plus loin : « La France n’est pas une réunion d’individus qui votent mais un corps de familles qui vivent. » Cela pour répondre à Jean de Viguerie qui ose soutenir que Maurras s’était rallié au “patriotisme révolutionnaire”...

Sur la nation : « La nation est le plus vaste des cercles communautaires qui soient, au temporel, solides et complets. Brisez-le, et vous dénudez l’individu. Il perdra toute sa défense, tous ses appuis, tous ses concours. »

Exalter la nation ne signifie pas se replier sur elle en méprisant les autres pays : « Une déesse France entre naturellement en rapport et composition avec les principes de la vie internationale qui peuvent la limiter et l’équilibrer. En un mot, la nation occupe le sommet de la hiérarchie des idées politiques. De ces fortes réalités, c’est la plus forte, voilà tout. » Une réalité bien plus forte que l’Union européenne, pourrions-nous ajouter.

Sur le nationalisme : « Le nationalisme s’applique plutôt qu’à la Terre des Pères aux Pères eux-mêmes, à leur sang et à leurs œuvres, à leur héritage moral et spirituel, plus que matériel. Le nationalisme est la sauvegarde due à tous ces trésors qui peuvent être menacés sans qu’une armée ait passé la frontière, sans que le territoire soit physiquement envahi. »

Tous les nationalismes ne se valent pas : « Il y a autant de nationalismes que de nations », soutient Maurras. « Pas plus que les hommes, les patries ne sont égales, ni les nations. » La prétendue égalité des nations relève de l’égalitarisme démocratique et peut être malfaisante. Le critère, c’est le bien commun international.

Aujourd’hui les souverainistes doivent se mettre à l’école du nationalisme de Charles Maurras pour approfondir les raisons de leur combat.

* La plus récente édition de Mes idées politiques a été publiée en 2002 par L’Àge d’Homme à l’occasion du cinquantenaire de la mort de Charles Maurras. Elle comporte une préface de Pierre Gaxotte, de l’Académie française.

L'Action Française 2000 - 4 novembre 2004



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