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Charles Maurras

De Démos à César

Par Aristide Leucate

Véritable traité de science politique, De Démos à César, ou gouvernement populaire unitaire ou collectif, parlementaire ou plébiscitaire, paru en deux volumes aux Éditions du Capitole en 1930, est un réquisitoire acerbe contre la démocratie. Préfigurant Mes idées politiques (publié en 1937), De Démos à César rassemble une série d’études publiées, pour l’essentiel, dans L’Action Française. C’est un essai fondamental pour bien comprendre la doctrine du Martégal dans la mesure où y sont exposées les démonstrations nécessaires au débat rhétorique. Maurras répond pied à pied à ses contradicteurs dans un argumentaire serré et rigoureux. Cet ouvrage brillant, d’une rare acuité, fournit au militant de la cause royaliste un solide outil intellectuel où la force de conviction le dispute à la limpidité du raisonnement. Qu’on en juge plutôt par la méthode choisie.

Le nombre démocratique

Maurras considérant, à juste titre, que « la politique est l’objet d'une science » rappelle que le postulat de ce même objet est que les sociétés sont des « faits de nature et de nécessité » parce que précisément « les institutions primitives ne naissent point d’un accord pur et simple entre les volontés, […] d’un contrat débattu entre des personnes indépendantes ». Ce faisant, la théorie du contrat social chère au Genevois, notamment, est balayée en tant que critère de la science politique et il est pour le moins difficile de ne pas adhérer à cette dénégation logique.

De même, contre la loi théorique du nombre démocratique, Maurras propose celle de l’évidence sous la forme d’un syllogisme infaillible : « La démocratie, c’est le gouvernement du nombre ; ce gouvernement implique l’égalité ; or, l’organisation implique l’inégalité ; donc l’organisation et la démocratie sont des termes qui se repoussent ». Le système démocratique en organisant le corps électoral en vue de dégager un gouvernement lui-même prétendument organisé, ébranle immanquablement ses propres fondations puisqu’il « consacre les inégalités naturelles, loin de tendre à les niveler. À la foule confuse, il superpose une élite, ou plutôt une longue suite d’élites coordonnées, par qui toute foule est conduite ».

L’illusion égalitaire

Mais l’analyse est bien plus saisissante lorsque il est clairement démontré que la démocratie « tend à la différenciation profonde, à l’inégalité infinie ». Comment ne pas y voir la dénonciation visionnaire du principe de discrimination positive tant à la mode dans nos sociétés consuméristes actuelles ?

Maurras explique qu’il ne peut en être autrement car la démocratie est inadaptée à notre « civilisation trop compliquée » où « la division du travail […] est poussée trop loin pour que l’égalité individuelle soit autre chose qu’une fiction de légistes parlementaires ». S’adossant à un précepte ethnologique le maître nous enseigne que « l’état démocratique est l’état naturel des sociétés en enfance, des civilisations très pauvres et très simples où la division du travail n’a pas introduit de grandes complexités ». Dès lors, il faut être atteint de cécité ou faire montre d’une mauvaise foi idéologique pour ne pas se rendre au fait que la démocratie est une effroyable machine à broyer les hommes, parce qu’au nom de l’égalité absolue, elle ne parvient plus à distinguer le bon grain de l’ivraie.

Bien avant Jacques Ellul, Maurras épingle gravement la dérive technicienne de nos sociétés contemporaines qui les plonge inéluctablement dans l’incertitude économique autant que dans le chaos social. Cherchant à faire de la politique au plus haut niveau, Maurras s’abrite derrière Le Play, Taine ou Bonald pour juger l’état de la démocratie à l’aune de l’idéal-type wéberien des sociétés prospères, car, dit-il, « la politique en arrive […] à se définir comme la science des conditions de la prospérité des communautés ».

Par là, il démontre magistralement que « la démocratie ne souffre pas que la politique puisse être objet de science ». Maurras met en avant le souci rhétorique et scientifique qui est le sien pour exhorter à la renonciation de l’idée, « considérée comme absolue », d’égalité. Constatant précisément que « l’inégalité humaine est un fait », il considère que l’extension de l’égalité à tous les domaines de la vie familiale, religieuse, morale ou militaire est dévastatrice : « il faut mettre de l’égalité en certains objets. Il ne faut pas en mettre en tout. Voilà l’essentiel de notre doctrine ».

Les lois naturelles de la politique

Le Martégal, attentif à la biologie humaine, s’en inspire pour dégager les lois naturelles de la politique. Pour ce faire il recourt à la méthode de l’empirisme organisateur qu’il définit, sans en formuler expressément le concept. Pour lui il importe de ne « considérer dans l’histoire que l’histoire sans en vouloir observer le faible ou le fort, assister à la procession matérielle des siècles sans essayer d’en retenir le profit et la perte, [car] cela reviendrait à s’interdire la principale fonction de l’esprit humain, qui consiste à comprendre ce qu’il a regardé ». Et c’est à la lumière de l’Histoire, qu’il dénonce, par exemple, l’usage de l’élection, aujourd’hui et dans les régimes antérieurs.

Ainsi, aux contradicteurs qui soutiennent que, dès les premiers temps de la monarchie, les rois furent élus, il répond que « le résultat de ce régime de monarchie élective [fut] la décadence et l’émiettement ». Cela lui permet de conclure, qu’en définitive, « ce que nous nommons France est né de l’organisation capétienne » qui parvint à repousser l’idée absurde de « faire choisir le supérieur par l’inférieur ». Là se trouve une « tradition positive » alors que « les autres traditions (mérovingienne, carolingienne, napoléonienne) laissent au contraire une situation négative : l’Étranger à repousser, le territoire à libérer ».

La démocratie, le suffrage universel, l’égalitarisme, autant de plaies qui gangrènent les meilleures des institutions et mènent au sacrifice des vraies libertés et au désordre politique. La seule solution possible est donc la monarchie, « régime où la politique proprement dite est libre, est autonome, est administrée par les seules spécialités compétentes. Disons : le régime de la liberté de l’Etat dans la sphère de ses attributions d’Etat, le régime où le gérant de l’Etat est intéressé, par sa position, à remplir le plus complètement possible sa fonction, mais aussi à la déborder le moins possible ».

C’est tout l’office d’un roi que de veiller au bien public par excellence qu’est la politique, tout en prenant garde à ce que ses serviteurs n’en soient pas les captateurs au bénéfice de leurs intérêts les plus vils…

* De Démos à César. Éditions du Capitole, Paris, 1933.

L'Action Française 2000 - 17 mars 2005



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