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Charles Maurras

La contre-révolution spontanée

Par Aristide Leucate

Dans cet ouvrage assez peu connu, publié à Lyon en 1943, le maître de l’Action française, à cette époque retranché en zone sud avec toute son équipe, pour cause d’occupation de Paris par les nazis, tout en développant et en rappelant les points fondamentaux de sa doctrine, expose comment et combien lui, Bainville, Daudet, Pujo, Vaugeois et les autres eurent raison. L’intérêt de cet opus (sous-titré La recherche, la discussion, l’émeute, 1899-1939) est donc de montrer que la politique préconisée par l’Action française, quotidiennement martelée, si peu suivie par le gouvernement républicain mais toujours écoutée, même d’une oreille méfiante, aurait fini par être comprise avec l’avènement, en 1940, du maréchal Pétain, cette « libéralité du Ciel ou du Sort ».

Du chef providentiel au roi

La Troisième République occise par ses propres poisons – affairisme, scandales, bellicisme, valses gouvernementales… –, la Révolution nationale, pour Maurras, faisait figure d’antichambre à la restauration monarchique et, en cela, était porteuse de tous les espoirs. Selon Maurras, « le seul nom du Chef héroïque annonce, montre, dit que quelque chose a tressailli aux entrailles de l’Être et qu’un avenir est rêvé, est pensé, est préparé, organisé en faveur de la France ». C’est la belle leçon qu’il dispense, valant pour hier comme pour l’avenir, la venue inouïe de l’Homme providentiel qui annoncera celle du Roi. Le Martégal n’invente rien, du moins le prétend-il, parce que « les principes étaient posés. Une doctrine était non inventée, mais retrouvée. Elle énonçait l’intérêt primordial qu’avait le moindre des humains au corps social ».

Le nationalisme intégral

Toute politique bien pensée, bien mûrie, s’imbrique parfaitement dans le cours des événements à condition de les dominer. Seul le principe monarchique, par son rôle unificateur, incarne cette « vraie politique [devant] rapporter à la France tous les problèmes politiques diviseurs ». La nation ! Objectif suprême de la restauration monarchique pour tout « vrai nationaliste » qui « place la Patrie avant tout ; il conçoit donc, il traite donc, il résout donc toutes les questions politiques pendantes dans leur rapport avec l’intérêt national […]. En se pliant à cette règle, l’Action française fut contrainte de reconnaître la rigoureuse nécessité de la monarchie dans la France contemporaine ». C’est, « au sens mathématique, le nationalisme intégral » qui ordonne de façon rationnelle « liberté religieuse, paix sociale, organisation ouvrière, affermissement et réorganisation de l’État, de l’Armée, des affaires extérieures et intérieures, de l’économie générale ». À la façon de Nietzsche, Maurras se mue en une sorte de Zarathoustra et énonce quelques aphorismes à l’endroit d’Arnulphe le démocrate ou pis, l’incarnation de la démocratie : « Arnulphe […] craignez de porter sur l’avenir une main profane, car vous régnez sur le présent. […] N’affirmez aucune prévision sur le peuple dont vous ne connaissez que la figure du moment ».

Préparer l’opinion

Mais le vieux maître ne manque pas non plus d’égratigner les royalistes un peu trop tièdes qui confinent leur action dans des péroraisons infinies ou s’enflamment au premier soubresaut réactionnaire comme « le Boulangisme [qui] fut organisé pour créer une dérivation, à laquelle les Machiavels du royalisme de salon se laissèrent piper ». C’est que l’Action française est une école de rigueur politique où rien n’est conduit au gré du hasard et qui professe, bien avant Gramsci, « de changer d’abord les esprits afin de changer le reste ». C’est à ce prix que l’on bâtira « une opinion royaliste, circonscrite sans doute, électoralement battue, mais vigoureuse […], prête à l’effort et au sacrifice ».

Maurras nous enseigne, en effet, qu’il est impérieux d’occuper le terrain face aux contempteurs de la monarchie qui éructeraient par trop rapidement que le roi est un cadavre désormais incapable de faire revivre un régime définitivement mort. Il faut leur démontrer que « la dynastie n’est pas éteinte » et que la monarchie « peut disparaître, pour un moment plus ou moins long, de la vie d’un peuple, sans en être vouée au sommeil éternel ». Les lois d’airain de la Constitution fondamentale du royaume de France sont juste suspendues pour un temps plus ou moins long.

La stérilité du suffrage universel

Certes, pendant ce temps, l’opinion anesthésiée s’enferre dans le piège démocratique. Elle se réveille soudainement quand un Le Pen parvient à se hisser au deuxième tour d’une élection présidentielle que l’on croyait jouée d’avance. Prise de panique, elle court bourrer les urnes pour conjurer le mauvais sort et jure qu’on ne l’y reprendra plus à s’abstenir de la sorte. Sur cette masse d’intermittents du suffrage universel, voici ce qu’écrivait déjà Maurras : « Votaient-ils ? Non, ils ne votaient pas ! Et on leur frappait la poitrine, on se la frappait à soi-même, pour avoir négligé le tout-puissant bulletin de vote. On s’accusait amèrement d’inerties vénielles, comme de crimes capitaux, et l’on ajoutait qu’il allait suffire de changer de conduite devant l’urne pour que tout y changeât aussi. Cela ne changeait rien. Ni la caisse électorale engraissée de subventions nouvelles, ni les urnes gonflées de nouveaux bulletins ne donnaient de résultats supérieurs aux anciens ». On ne peut rien attendre de bon du pouvoir plébéien. Voltaire lui-même ne craignait-il pas ce peuple chez qui il surprenait « l’instinct partout, la pensée nulle part » ?

L'Action Française 2000 - 17 février 2005



Centre royaliste d'Action française

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