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Léon Daudet

Vers le roi

Par Aristide Leucate

Les jeunes générations se doivent impérativement de lire ce texte roboratif qu’est Vers le roi, sixième et dernier volume, paru en 1921, des Souvenirs des milieux littéraires, politiques, artistiques et médicaux de Léon Daudet, fils brillant de l’illustre auteur des Lettres de mon Moulin, Alphonse Daudet. Cet ouvrage important présente un intérêt à la fois historique et politique. Il constitue un témoignage précieux pour qui souhaite comprendre la façon dont l’Action française s’est imposée comme un mouvement politique majeur, de sa fondation à nos jours.

Les figures de l’AF

On y apprend, entre autres faits, comment et dans quelles conditions parut, le 21 mars 1908 « le premier numéro de l’Action Française quotidienne, organe du nationalisme intégral, portant comme devise, la fière parole de Mgr le duc d’Orléans: ‘‘Tout ce qui est national est nôtre’’ » ; on y découvre aussi avec quel brio les conférenciers de l’Institut d’Action française, « notre Sorbonne royaliste », s’acharnaient avec ferveur « à refaire, par en haut, une éducation de l’intelligence que faussaient les programmes officiels ».

L’ouvrage est également émaillé de portraits divers. Ainsi sont croquées, avec infiniment de réalisme, les figures marquantes du mouvement royaliste, telles que Jacques Bainville, « prodige de connaissances historiques et politiques et […] écrivain d’élite », Henri Vaugeois, « apôtre politique en fusion » et premier fondateur de l’Action française avec Maurice Pujo, « homme de lettre [à la] culture vaste et séduisante […], l’âme accrochée dans la poitrine », ou Maxime Réal del Sarte, « artiste génial » qui « a laissé un bras sur le champ de bataille ». Bien plus encore, par extraordinaire, croit-on approcher Charles Maurras d’assez près pour s’apercevoir qu’« il est de taille moyenne, mince, alerte, avec un visage ferme et décidé, où brille l’immatérielle flamme de deux yeux fascinants, inoubliables ». De la même façon, notre cœur se remplit d’espérance lorsque Daudet relate avec émotion sa première rencontre avec le Prince royal, Mgr le duc d’Orléans. Et l’on saisit limpidement la justesse du propos de l’auteur observant qu’« un des avantages primordiaux de la monarchie, c’est qu’elle est, en chair et en os, une réalité vivante, c’est la personne du roi ».

L’AF contre la Gueuse

Mais Daudet n’épargne pas le camp adverse, celui des républicains et démocrates patentés, dont il nous livre des portraits féroces mais jubilatoires. Ainsi, par exemple, après avoir dit du dreyfusard Zola qu’il était « l’opprobre des lettres françaises », Aristide Briand, qui a « toujours haï et redouté l’Action française », est-il dépeint comme n’ayant « rien lu […], ignorant comme une carpe et paresseux comme une loche ». Quant au "Tigre" Clemenceau, dont Bainville, nous dit Daudet, redoutait « son inintérêt pour les leçons de l’histoire », il « a fait la preuve qu’un dictateur civil ne vaut pas un roi ». Pourtant, si le verbe est parfois acide, c’est que l’ennemi à abattre est retors, voire brutal. Il fallait donc bien, pour y faire pièce, une organisation telle que les Camelots du roi, représentés par des « jeunes gens de dix-huit à vingt-cinq ans, d’abord vendeurs volontaires du journal (d’où la dénomination de Camelots du roi), puis organisés, disciplinés et représentant une force nationaliste, ensuite nationale, au service de l’Ordre et de la Patrie et de celui qui les conditionne : le roi de France ». Jouant un rôle de premier plan dans la vie politique française, craints autant qu’admirés selon le camp dans lequel on se trouvait alors, les Camelots du roi, « par les piles sérieuses qu’ils infligèrent aux bandes révolutionnaires des Sans-Patries, par leur fessée, en Sorbonne, à Thalamas, insulteur de Jeanne d’Arc, par leurs magnifiques cortèges en l’honneur de Jeanne d’Arc », étaient également aux avant-postes de la solidarité nationale et, comme on dirait aujourd’hui, de l’aide humanitaire, lorsqu’en 1910, la Seine sortit de son lit et inonda Paris. Défenseurs assidus de la Pucelle d’Orléans, ils « recueillirent, en l’honneur de la bonne Lorraine, des milliers de jours de prison », jusqu’à temps que la République acceptât enfin de commémorer l’héroïne nationale.

Polémique et politique

Toutefois, le mémorialiste Daudet se double d’un redoutable polémiste et d’un homme politique averti. C’est le second intérêt de cet ouvrage où l’auteur, bien que ne rapportant pas directement ses souvenirs de député de Paris (ce qu’il fera plus précisément dans son Député de Paris, publié en 1933), sauf à s’y référer par endroits, fera preuve d’une remarquable acuité d’analyse.

La polémique chez le tonitruant auteur n’est jamais gratuite. Au service des idées qu’il défend, il veille à ce qu’elle soit « de bonne foi » et en use à des fins pédagogiques : « La répétition, en variant la forme, parbleu, est un procédé de polémique […] ; vu que l’attention du lecteur est toujours plus fragile qu’on ne le suppose ». Daudet, connaisseur du jeu parlementaire, sait de quoi il parle lorsqu’il dénonce l’inertie de la Chambre des députés : « Elle veut dormir. Elle désire qu’on lui fiche la paix avec l’alerte politique, financière, économique et militaire ». Quoi de changé au fond, avec notre Chambre basse actuelle qui préfère aliéner ses prérogatives essentielles entre les mains d’un Parlement paneuropéen et apatride ? Il voit dans cette apathie inhérente au régime démocratique « une des raisons pour lesquelles le prétendu gouvernement du peuple est une blague ».

Sur le libéralisme, notre tribun a ce mot, d’une saisissante actualité : « Le libéralisme abêtit, et amène l’entendement où il règne à confondre le bien et le mal en action sous la même qualification de ‘‘violence regrettable’’ et ‘‘d’extrémisme’’. Son véritable nom est confusion mentale ». De même, réfute-t-il « la prétendue antinomie entre la pensée et l’action, dont se gargarisent les libéraux » et place-t-il « ce beau titre, l’Action française, si simple, si expressif et grand » sous le patronage de saint Thomas d’Aquin et de Richelieu dont la pensée « tend à l’ordre du monde », pour le premier, et « commande toujours la politique féconde de la France », pour le second.

Autant de préceptes que l’Action française, à travers sa doctrine, n’a jamais cessé d’enseigner et de mettre en œuvre, toujours dans l’intérêt national, principe et fin de toute politique raisonnée. Certes, la République est encore debout, mais comme nous le dit Daudet, « les lois, règles et principes de la politique sont éternels, à travers les variations de leur modalités, et […] un pays comme le nôtre ne peut se relever, vivre, prospérer sans la monarchie héréditaire ! » Et puis, comme l’exhorte Maurras, « le désespoir en politique est une sottise absolue » !

* Cf. Léon Daudet : Souvenirs et polémiques. Éd. Robert Laffont, Collection « Bouquins », Paris, 1992 (Vers le roi, pp 641-763).

L'Action Française 2000 - 20 janvier 2005



Centre royaliste d'Action française

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