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Quand les désaccords surviennent...

Les royalistes et leur Prince

Par Pierre Pujo

Un texte inédit de Charles Maurras rappelle les trois devoirs des royalistes à l’égard du Chef de la Maison de France.


Yves Chiron a eu l’heureuse idée de publier sous la forme d’une élégante brochure un texte peu connu de Charles Maurras et qui n’avait jamais été édité. Il s’intitule Trois devoirs et fut écrit en 1948 par le maître de l’Action française, alors emprisonné à Clairvaux, en réaction à l’ouvrage que le Comte de Paris venait de faire paraître Entre Français.

À ce sujet Xavier Vallat, qui fut le compagnon de détention de Maurras, raconte dans un enregistrement sonore datant de 1960 ou 1961 dont j’ai retrouvé le texte : « À la fin de l’été 1948, Mgr le Comte de Paris eut l’occasion de faire certaines déclarations en faveur du fédéralisme européen dont Charles Maurras fut toujours l’adversaire aussi ardent que convaincu tant était forte sa conviction que les États-Unis d’Europe tomberaient forcément sous la coupe de l’Allemagne. C’est dire si sa réaction fut vive ! Il se jeta sur sa plume et, dans la nuit, remplit d’un trait cinquante pages du cahier d’écolier où il aimait écrire, sous le titre Trois devoirs. Il s’agissait, bien entendu, des trois devoirs d’un royaliste français devant une divergence de vues sur un sujet important, entre son Prince et lui. »

Fidélité et respect

Des divergences entre le Chef de la Maison de France et l’Action française étaient apparues dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale. Elles ne concernaient que la stratégie du royalisme. En 1948, c’était plus grave car des orientations politiques fondamentales étaient en cause.

Le premier devoir souligné par Maurras était celui de la fidélité et du respect à l’égard de l’héritier de nos rois dont la légitimité ne saurait être contestée au nom de divergences de vues sur des questions politiques.

La correspondance entre Charles Maurras et Xavier Vallat témoigne même de la confiance inébranlable du maître de l’Action française dans le Comte de Paris et le succès de ses entreprises (1).

Le devoir de remontrance

Le second devoir était de remontrance. Quand l’avenir de la nation est en cause, c’est un devoir pour les citoyens réfléchis d’avertir le Prince qu’il se trompe surtout quand ce Prince est en exil et n’a pas nécessairement une vue exacte des problèmes politiques du pays. En l’occurrence, le Comte de Paris faisait l’éloge d’un parlementarisme qui avait fait le malheur de la France. Il approuvait, aussi, les conceptions fédéralistes européennes qui déjà se répandaient dans la classe politique. Maurras réplique que l’unification de l’Europe qui est projetée ne sera plus « une simple alliance utile ou nécessaire, bien mal ficelée, contre un ennemi déterminé. Ce sera la démission d’un certain nombre de souverainetés européennes, et leur subordination, non pas, comme on le raconte, dans une impossible souveraineté commune, mais dans la volonté et dans le profit d’une Puissance plus forte, devenue seule reine et maîtresse ». Cette puissance, ce sera l’Allemagne. Plus de cinquante après, l’analyse et l’avertissement de Maurras demeurent valables à l’encontre de tous les dévots du fédéralisme européen (dont le comte de Paris était bien revenu à la fin de sa vie et que récuse également Mgr le Comte de Paris, duc de France).

Maurras estimait qu’il convenait d’avoir pour objectif le développement d’« un bon État national », c’est-à-dire « une bonne armée, une bonne marine, une bonne politique extérieure, de bonnes finances ». Il fixait cette règle : « La sagesse politique doit se concentrer et non se disperser. Qu’elle se munisse et se prémunisse d’alliances sûres, mais qu’elle se garde avec soin non seulement de toute aliénation de souveraineté, mais aussi des engagements indéfinis ou mal définis dont toutes les réciprocités ne seraient pas clairement stipulées. » La France soit être forte et garder la maîtrise de ses destinées ; elle pourrait ainsi entrer dans les organisations internationales sans risquer de s’y trouver en position d’infériorité. Ce texte de Maurras est d’une étonnante actualité.

Maurras éprouvait quelque tristesse de constater que le Chef de la Maison de France, à l’époque, parût tourner le dos à la défense de la nation qui avait guidé tous les rois capétiens. Il ne désespérait pas que le Prince réformât sa position – ce qui devait survenir plus tard. À la décharge du Comte de Paris, il faut se souvenir que la loi d’exil n’était pas encore abolie et que le chef de la Maison de France flattait les politiciens (notamment les démocrates-chrétiens du M.R.P.) pour qu’ils se décident à mettre fin à une situation inique, ce qui survint en 1950. Le succès remporté alors par le Comte de Paris est à mettre dans la balance du jugement porté sur ses écrits d’alors.

Le devoir de suppléance

Le troisième devoir fixé par Maurras était un devoir de suppléance : puisque le chef de la Maison de France adopte des positions manifestement contraires aux intérêts du pays, le devoir des citoyens est de mener le combat pour, en quelque sorte, sauver la France malgré le Prétendant et sans lui. Un choix douloureux mais nécessaire. Les Français réfléchis qui mèneront ce combat ne sont pas assurés de l’emporter. Maurras observe : « Si les nations sont guérissables, elles ne sont pas forcément immortelles et, en tout cas, elles ne sont jamais guéries par le formulaire diviseur des factions. » La France peut disparaître. Mais elle peut aussi connaître une résurrection. Le premier acte des Français patriotes victorieux « s’appellera la Restauration de la Monarchie, de son autorité, de ses libertés, entre les mains du seul Principat possible régulier, légitime, le vôtre, Monseigneur ».

Ces “trois devoirs” furent mis en œuvre par les royalistes d’Action française durant la guerre d’Algérie où le Comte de Paris crut devoir approuver la politique de De Gaulle. L’A.F. ne cessa pas d’être fidèle au Prince tout en combattant la politique qu’il soutenait. À vrai dire l’une et l’autre conservaient le même objectif, la restauration de la monarchie. Le Comte de Paris espérait que De Gaulle préparerait cette restauration bienfaisante pour la France. En fait, De Gaulle ne restaura que la république (pour la deuxième fois). Il lui donna une apparence monarchique, une apparence seulement et l’on voit aujourd’hui ce qu’il en reste : pas grand chose. La Ve République, comme la IVe comme la IIIe, est le régime de la lutte acharnée des partis sans régulateur au sommet de l’État.

« Ne renoncez pas à la France ! »

La critique de la démocratie diviseuse et inutile et celle du fédéralisme européen par Maurras demeurent actuelles. L’analyse de Maurras conserve toute sa valeur. Elle la conserve aussi dans l’attitude que les royalistes doivent, le cas échéant, adopter à l’égard des Princes. De ce point de vue, nous n’avons pas de souci à nous faire aujourd’hui. Le dernier message – pathétique – aux Français du Csomte de Paris fut de les mettre en garde contre les abandons de souveraineté et de les inciter à « ne pas renoncer à la France » (avril 1998). Son fils Mgr le Comte de Paris, Duc de France, s’est inscrit dans la même ligne par ses déclarations publiques depuis juin 1999. Nous avons l’assurance que le dessein capétien continuera à être incarné dignement et qu’il sera poursuivi. Maurras peut dormir en paix.

* Charles Maurras : Trois devoirs. Présentation par Yves Chiron. Editions BCM, 16, rue de Berry, 36250 Niherne. 70 F (plus port).

(1) Charles Maurras et Xavier Vallat : Lettres passe-murailles. Éd. La Table ronde, 1966.

L'Action Française 2000 - 19 juillet 2001



Centre royaliste d'Action française

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