Les errances de la dissidence
L'AF maintient le cap !
Le royalisme d'Action française est l'expression d'un nationalisme intégral. Par conséquent, son engagement souverainiste est indissociable de son combat pour la restauration de la monarchie. Cela distingue sans doute l'AF d'autres formations politiques royalistes, comme le rappelle Pierre Pujo dans cette note sur « les errances de la dissidence ».
Vue de l'extérieur, la crise qui a surgi en octobre 1997 à l'Action française est parfois considérée comme une querelle de personnes. C'est là ignorer le fond du différend qui a amené la rupture. Certes, il y a eu la volonté d'un certain nombre de membres du Comité directeur, conduits par Xavier de Mello et Hilaire de Crémiers, de contraindre Pierre Pujo à arrêter la publication du journal sous prétexte de la situation financière périlleuse dans laquelle celui-ci se trouvait. Pierre Pujo ayant refusé, ils ont rompu avec lui.
Certes, également, Hilaire de Crémiers, nommé par Pierre Pujo délégué général de la Restauration nationale, ne s'est pas contenté de ce titre, mais a rejeté l'autorité du président du Comité directeur de l'Action française car il voulait être lui-même le chef de l'Action française. Il a alors manœuvré²² pour s'emparer frauduleusement du mouvement d'A.F. la Restauration nationale, en détournant de son rôle l'association déclarée à ce nom qui n'était qu'une façade juridique.
Cependant, entre l'Action française et la Restauration nationale, entrée en dissidence, il y a des divergences de fond qui, avec les années sont devenues de plus en plus évidentes.
La Constitution européenne
Dans les mois qui ont suivi la rupture, H. de C. et ses amis ont entrepris de combattre le souverainisme et toute alliance avec ceux qui s'en réclamaient. Ils n'y voyaient qu'une « agitation » stérile servant les ambitions électorales de certains républicains. Collaborer avec les souverainistes, c'était accepter d'en être les « supplétifs ».
H. de C. condamnait ainsi le compromis nationaliste que l'Action française a toujours recherché, c'est-à-dire l'entente pratique entre royalistes et républicains patriotes pour mener un combat national déterminé, sans rien aliéner de ses idées, bien entendu. Or la France était menacée dans sa souveraineté et son unité par le projet d'intégration européenne qui se développait de conférence internationale en conférence internationale au cours des années. Il était essentiel de rassembler tous les patriotes français par delà les divergences idéologiques, politiques et historiques. Il y avait urgence. C'est pourquoi l'Action française a participé d'abord à l'Alliance pour la souveraineté de la France, et qu'elle est membre actuellement du Forum pour la France. Elle y rencontre des Français patriotes de toute tendance avec lesquels elle définit les bases d'une action commune pour défendre la souveraineté et l'unité de la France.
La divergence d'attitude entre l'Action française et la dissidence est apparue en pleine lumière à l'occasion de la campagne du référendum sur la Constitution européenne en 2005. L'Action française a mené une propagande intense durant près d'un an pour dénoncer l'abdication nationale que représenterait l'adoption de la Constitution. Elle a publié dans le journal de nombreuses analyses, réagi aux manœuvres des partisans de la Constitution, dénoncé la collusion entre la droite libérale et les socialistes. Elle a diffusé des dizaines de milliers de tracts, organisé à Paris et en province de multiples réunions où des républicains prenaient la parole à côté des orateurs de l'Action française.
La dissidence, en revanche, s'est bornée à publier (en mars 2005) un communiqué préconisant le "Non" au référendum. Dans son mensuel Politique magazine on n'a lu aucune prise de position pour le "non". Les commentaires sur la campagne du référendum qu'il publiait paraissaient écrits d'une autre planète, leurs auteurs ne s'engageant pas dans un débat où il fallait pourtant choisir son camp, compte tenu de son enjeu capital.
On peut s'interroger sur les pressions que Politique magazine a pu subir pour se tenir en retrait, alors que tous les journaux prenaient position. La ligne politique suivie par la dissidence peut être qualifiée de "non assistance à nation en danger". Elle est contraire à la tradition constante de l'Action française.
La guerre d'Irak
Sur une autre question politique d'importance l'Action française et la dissidence ont eu récemment des positions divergentes : l'invasion de l'Irak par les Américains en mars 2003.
Dès septembre 2002, l'Action française a dénoncé les intentions américaines et demandé que le gouvernement français y oppose son veto au Conseil de sécurité. Dans les mois suivants l'A.F. a continué à réclamer une attitude de grande fermeté à l'égard des États-Unis. En fin de compte, la France n'a pas fait jouer son veto mais la menace de celui-ci a dissuadé le président Bush de demander l'aval du Conseil de sécurité à l'agression qu'il préparait et qui était de nature à déstabiliser un pays charnière du Proche-Orient, comme cela s'est effectivement produit. Il allait de l'intérêt national français comme de la sauvegarde de la paix de se tenir en dehors de cette aventure guerrière.
La dissidence, quant à elle s'est rangée du côté des alliés de M. Bush en défendant le point de vue américain et en critiquant les réticences du gouvernement français qui étaient pourtant parfaitement justifiées.
Le royalisme d'A.F.
Ces positions de la dissidence sur la Constitution européenne comme sur la guerre d'Irak attestent qu'elle a renoncé à analyser les événements politiques selon la méthode de l'empirisme organisateur et en fonction de l'intérêt national. Tout débat d'idées est d'ailleurs absent de Politique magazine.
En détachant le royalisme du nationalisme la dissidence fait disparaître les raisons les plus solides de souhaiter le rétablissement de la monarchie et d'y travailler. Elle revient à la situation antérieure à la fondation de l'Action française quand le royalisme ne reposait que sur de vieilles fidélités ou des choix arbitraires. Elle réduit le royalisme à des imprécations contre la République et à des incantations pour la Monarchie.
La dissidence ne conçoit l'action politique que sous la forme d'un réseau de cercles. Elle rejette toute action sur le terrain pour peser sur le déroulement des événements.
Or la force de l'Action française est d'être une école de pensée qui prend position dans les débats politiques suivant la méthode éprouvée que nous a enseignée Charles Maurras. Pour elle, la réflexion conduit naturellement à l'action, à l'engagement dans le combat politique quotidien au lieu de demeurer spectateur des événements.
De plus en plus, la dissidence s'est éloignée de l'Action française au fil des années. Sa publication Politique magazine ne fait d'ailleurs jamais référence à Maurras. Elle n'est plus qu'une revue de bien-pensants vaguement teintée de royalisme, à la ligne politique incertaine.
Pierre PUJO
