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Sarkozy à la remorque des Américains

Par Pierre Pujo

En mars 1966, le général De Gaulle fit un éclat en annonçant que la France allait se retirer des organismes intégrés de l'OTAN, l'Organisation du traité de l'Atlantique nord. Il ne voulait plus que notre pays dépendît des décisions prises par un organisme où les Américains occupaient une place prépondérante, même si la France y avait voix délibérative. Notre pays, à ses yeux, ne devait pas être entraîné dans un conflit avec l'URSS ou ses alliés sur une seule décision américaine.

L'OTAN replia ses installations militaires en France sur la Belgique. La France n'en conservait pas moins une présence en son sein. Elle avait un pied dedans et un pied dehors ; il subsistait une coordination et une information réciproques entre notre pays et ses alliés.

En avril 1999, le traité arrivait à expiration, la France allait-elle le dénoncer en fondant désormais son alliance avec les États-Unis sur d'autres bases ? À cette époque les Occidentaux s'efforçaient d'exercer une pression sur la Serbie au profit des Albanais prétendument persécutés dans la province du Kosovo. Jacques Chirac, président de la République, accepta que l'armée française passât sous le commandement américain et conduisît les opérations.

Pourtant l'OTAN n'avait plus de raison d'être puisque l'URSS n'existait plus et donc ne représentait plus un danger pour l'intégrité du territoire français et de l'Europe occidentale. La guerre du Kosovo, de mars à juin 1999 fut menée au service des intérêts américains. Nous lâchâmes les Serbes qui pourtant depuis 1914 étaient demeurés les alliés de notre pays. Qui plus est les Américains dirigèrent les opérations pour réprimer la résistance des Serbes à la subversion entretenue à l'intérieur du Kosovo par les Albanais.

Alignement sur les États-Unis

En annonçant que la France effectue un pas de plus vers la réintégration de notre pays dans l'OTAN, Nicolas Sarkozy s'aligne sur les États-Unis dans les Balkans et au Proche-Orient, cela ne sera pas sans conséquences diplomatiques. M. Sarkozy amorce une sorte de renversement des alliances. Non que les États-Unis étaient devenus nos ennemis parce que nous avions refusé de leur emboîter le pas lorsqu'ils avaient agressé l'Irak d'une façon inconsidérée.

Aujourd'hui la France tend à redevenir un partenaire privilégié des États-Unis. Bernard Kouchner et Nicolas Sarkozy sont d'accord sur cette orientation. Mais la France n'a rien à attendre d'un partenariat avec les États-Unis sinon à entrer dans leur empire. Nous devrons prendre nos distances avec la Russie, avec la Serbie aussi. Rien ne prouve que nous garderons notre liberté d'action. M. Sarkozy nous assure que le rapprochement avec l'OTAN ne signifierait pas un alignement sur les États-Unis, mais serait compensé par le renforcement de la défense européenne. Certains ajoutent que l'adoption de la "constitution simplifiée" ferait apparaître une autorité politique et une diplomatie européennes en mesure de prendre en charge la défense de l'Europe. Les États-Unis auraient ainsi un contre-poids sur le continent. Cette perspective est un leurre. Il n'y aura pas de diplomatie indépendante de celle des États-Unis, ce sont eux qui représentent une force et les États rechercheront une alliance étroite avec eux.

La Constitution européenne, espérons-le, sera rejetée comme elle l'a déjà été en 2005. La France sauvegardera son indépendance et cherchera des alliés qui la renforcent et ne l'étouffent pas. Elle ne manque pas d'atouts, encore faut-il que ses dirigeants ne perdent pas confiance dans le rôle qu'elle est encore appelée à jouer sur la scène internationale. C'est hélas une constante depuis la Troisième République que la diplomatie française ne peut s'empêcher de se mettre à la remorque de l'étranger comme si nos politiciens avaient toujours besoin d'un tuteur. De Gaulle n'a constitué qu'une exception temporaire.



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