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Sarkozy aux prises avec l'Europe

Par Pierre Pujo

Pour constituer son premier gouvernement, Nicolas Sarkozy a pratiqué ce qu'il est convenu d'appeler "l'ouverture" tant en direction des femmes que de la gauche, du centre et autres écologistes, mais il a méprisé les souverainistes (hommes ou femmes). Sans doute, ceux-là portaient-ils leur drapeau tricolore d'une façon trop voyante. Il nous semblait pourtant que, durant sa campagne, le nouveau président avait exalté la patrie, en soulignant sa valeur irremplaçable. Les combines politiciennes l'ont emporté sur les considérations nationales. Il cherchait, à l'évidence, à récupérer, le temps de deux scrutins, les suffrages qui s'étaient prononcés pour le "non" à la Constitution européenne lors du référendum de 2005 !

Les souverainistes méprisés

Cela ne doit pas étonner. Voici des mois que M. Sarkozy a déclaré qu'il souhaitait remplacer par un "traité simplifié" le traité constitutionnel défunt, un traité qui reprendrait la première partie du texte ancien, c'est-à-dire la plus grave du point de vue institutionnel : la supériorité des directives européennes sur les lois nationales, l'application de la majorité qualifiée dans les conseils européens, un  président nommé pour cinq ans, un ministre des Affaires étrangères. Les Allemands hésitent à accepter cette proposition car ils ne sont pas sûrs que la Cour constitutionnelle de Karlslrue ratifierait ce projet cette fois-ci. L'opinion allemande est devenue elle-même très critique à l'égard de la Constitution européenne. Il faudra de toutes façons un accord général des vingt-sept membres de l'Union pour avaliser de nouvelles règles de fonctionnement des institutions. Elles avaient été laborieusement mises au point au Sommet de Nice en décembre 2000.

D'autres pays sont hostiles à toute constitution européenne : la Grande-Bretagne, la République Tchèque, la Pologne. Le président polonais Lech Kaczymski déclarait dans le Monde du 10 mai 2007 : « Le temps n'est pas encore venu de créer un État européen. L'Union européenne devrait rester une Union d'États. Une union très étroite, mais une union d'États indépendants. » Voilà la limite que M. Sarkozy devrait s'interdire de franchir dans ses négociations européennes ! Un État, surtout la France, doit pouvoir invoquer ses intérêts essentiels pour imposer son veto à certaines décisions du Conseil européen. On ne saurait trop surveiller le déroulement du sommet du 20-21 juin dont on nous annonce qu'il débloquera les institutions de l'Union européenne paralysées depuis le sommet de Nice... par suite du double "non" français et hollandais en 2005. Quelles concessions ne sera-t-il pas tenté de faire à des partenaires exigeants sur la défense de leurs intérêts nationaux pour parvenir à un accord ? L'intérêt supposé de "l'Europe" ne coïncide pas nécessairement avec l'intérêt français.

Calculs politiciens

Dans son désir d'"ouverture" à gauche, M. Sarkozy pouvait choisir Hubert Védrine pour s'occuper des relations extérieures de la France. Celui-ci a laissé dans le gouvernement Jospin un souvenir honorable et il a publié cet hiver un petit ouvrage très dense intitulé Continuons l'Histoire (Éd. Fayard) dont nous avons rendu compte dans ce journal. Il y rappelle que la France n'a pas à rechercher des rapports de domination dans le monde mais tendre à entretenir des rapports d'équilibre entre les peuples et entre les civilisations. Avant tout reconnaître que le monde est multipolaire et qu'il faut reconnaître la particularité et la liberté de chaque peuple.

M. Sarkozy a préféré le docteur Kouchner réputé pour son engagement toujours spectaculaire au service des causes humanitaires. Il peut éventuellement servir la réputation de la France sur ce plan-là... Il faut se souvenir aussi qu'il est un idéologue européiste et qu'il s'est engagé avec passion en 2005 pour le "oui" au référendum sur la Constitution. Lui et Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'État aux Affaires européennes, il faudra les surveiller. Mais Nicolas Sarkozy n'a-t-il nommé ces deux-là que pour pouvoir les diriger puisque dans d'autres domaines, il se propose d'être ministre à la place du ministre. Les services de l'Élysée vont s'accroître sensiblement sous l'effet de la boulimie du Président. Un Élysée où désormais flotteront côte à côte le drapeau français et le fanion européen, lorsque le Président s'adressera aux Français. Symbole de soumission de la France à une entité politique supranationale ? Ou ambition du nouveau président de dominer l'Europe ?

Il est à remarquer que M. Sarkozy, qui avait été discret sur ses projets européens durant la campagne, ne s'est mis à en parler que le soir de son élection, le 6 mai, pour dire qu'il était « profondément européen » et que les peuples demandaient à « être protégés » face aux dangers du mondialisme. Des propos qui ne sont pas dépourvus d'ambiguïtés et dont on attend, non sans inquiétude, la suite que le nouveau président leur donnera.



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