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Sarkozy, monarque républicain

Par Pierre Pujo

Après toute guerre civile, il arrive un moment où il faut « recoudre » pour reprendre le mot de la reine Catherine de Médicis. Une élection présidentielle est une guerre civile larvée, plus que d'autres élections démocratiques en France. Les clans s'affrontent avec passion. On veut en finir avec l'adversaire qui représente le capitalisme le plus égoïste et la droite la plus rétrograde. Chaque élection a pour enjeu l'avènement d'une "nouvelle société". En France, à chaque scrutin national, on rejoue le psychodrame de la Révolution. L'adversaire, surtout de droite, doit inspirer la peur de revenir à l'ordre ancien et d'empêcher la marche du progrès.

Cette mentalité est propre à notre pays. À la différence des pays nordiques ou anglo-saxons où l'alternance au pouvoir peut léser des intérêts, mais ne suscite pas de drame, chaque victoire de l'un des camps est une victoire sur l'autre que l'on cherche à écraser.

Le principe d'unité

À remarquer que la gauche, lorsqu'elle est battue, n'est pas loin de crier à l'injustice. N'incarne-t-elle pas le bien ? Elle n'accepte pas volontiers de se soumettre à la loi du Nombre qui est pourtant la règle en démocratie. La réponse à l'élection de Nicolas Sarkozy le 6 mai, pourtant largement majoritaire, est l'incendie de 730 voitures et des manifestations violentes dans plusieurs villes du pays.

Pour sortir de cette logique de l'affrontement, Ségolène Royal a souhaité l'avènement d'une « France apaisée » et François Bayrou d'un « État impartial ». Cela ne signifie pas qu'ils auraient atteint cet objectif si l'un ou l'autre l'avaient emporté. Au contraire, le succès de Mme Royal aurait signifié le triomphe du pire sectarisme, par rejet de l'autre "France". Quant à M. Bayrou, il n'aurait pas maîtrisé les forces de gauche et d'extrême-gauche dont il aurait permis par son alliance l'arrivée au pouvoir.

M. Sarkozy a, certes, prononcé des paroles de concorde civique le soir de son élection, en se déclarant « président de tous les Français ». Cependant la division demeure érigée en principe de conquête du pouvoir. Si l'on veut éviter une guerre civile sourde toujours recommencée, il serait bien nécessaire de rétablir la monarchie capétienne. Ce fut son miracle multiséculaire que de réussir à faire vivre ensemble des Français aussi divers et portés à théoriser leurs affrontements.  Elle rappelait les exigences de l'intérêt général qui devaient l'emporter sur les revendications corporatives et les ambitions personnelles. Parfois la remise en ordre fut un peu rude, il y eut des guerres civiles, mais, au moins la France possédait son principe d'unité. Celle-ci retrouvée, elle repartait de l'avant, et elle étonnait le monde.

Michel Poniatowski déclare dans son livre-entretien * : « Le grand avantage de la monarchie, c'est que personne ne peut prétendre y occuper la première place ». Il est vain de se lamenter sur la lutte entre les prétendants au détriment du bien du pays si l'on accepte l'institutionalisation de la compétition pour le pouvoir.

Les moyens d'agir

Durant la campagne électorale, Nicolas Sarkozy n'a pas lésiné sur les promesses, s'engageant à régler tous les problèmes des plus défavorisés par l'octroi de mesures ou de crédits appropriés. Il a aussi promis de mettre en œuvre une politique de sécurité plus cohérente et de réaliser des économies sur le budget de l'État-providence. Qu'ils aient ou non voté pour lui les Français attendent ses décisions et celles de son gouvernement. Il ne pourra pas les différer longtemps. Il doit cependant savoir que ces mesures ne seront pas nécessairement populaires, même si elles sont justifiées du point de vue de l'intérêt général. Même des partisans de réformes peuvent rechigner sinon se révolter quand celles-ci les atteignent. Des semeurs en eaux troubles ne manquent pas d'exploiter les mécontentements inévitables suscités par les changements proposés. Prenons l'institution d'un service minimum dans les services publics. Tous les usagers qui, un jour, auront été victimes d'un arrêt de travail intempestif de la S.N.C.F. ou des aéroports de Paris approuveront des mesures réglementant un droit de grève reconnu comme principe dans la Constitution mais dont l'usage anarchique a été consacré par les syndicats. Mais si ces mesures les touchent personnellement, il leur faudra une certaine dose d'esprit civique pour les accepter !

La méthode de la concertation est bonne et nécessaire, mais elle ne suffit pas. Après avoir délibéré, après avoir recueilli tous les avis des intéressés, il faut décider. Ce ne sont pas, sauf exception, des organismes collectifs qui pourront le faire, il faut qu'une autorité sûre d'elle-même et consciente des exigences de l'intérêt général comme de la justice des sacrifices demandés aux uns et aux autres, tranche le débat et prenne les décisions. Il faut qu'elle soit assez solidement établie pour ne pas être contrainte ensuite de revenir en arrière (voyez les mésaventures du "contrat première embauche", C.P.E., décidé par Dominique de Villepin au début de 2006).

M. Sarkozy est résolu à agir. Il en a les moyens politiques comme monarque républicain. Il pourra vraisemblablement s'appuyer sur une confortable majorité parlementaire le mois prochain. La plupart des syndicats sont usés, la division est installée dans les partis de gauche. Il a tout intérêt à profiter de "l'état de grâce" que lui a conféré pour quelques mois l'élection présidentielle pour prendre de grandes décisions. Il devra être prêt à supporter le choc des intérêts acquis qui seront tentés de se révolter comme ils le firent en 1995 face aux premières mesures du gouvernement de M. Juppé.

La France est malade. Elle a besoin de remèdes draconiens équilibrant les décisions économiques et les mesures sociales. Trop de décisions ont été différées pendant trop d'années. Les Français ont pris de mauvaises habitudes auxquelles ils ne renonceront pas facilement.

Protéger les Français ?

À l'heure où nous fabriquons ce numéro, Nicolas Sarkozy poursuit ses consultations pour former le nouveau gouvernement. François Fillon, qui est à ses côtés depuis plusieurs années, est donné à peu près sûrement comme Premier ministre. Il sera intéressant de connaître le nom du titulaire du ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale annoncé durant la campagne électorale... Tous les ministres feront la politique de M. Sarkozy et auront peu de marge de manœuvre personnelle. Il va falloir surveiller l'attribution des Affaires étrangères, dont le titulaire sera chargé de mettre en œuvre les orientations européennes du nouveau président.

On sait que M. Sarkozy est favorable à l'adoption par le Parlement d'un nouveau texte sur les institutions européennes. Encore faut-il que nos partenaires européens en soient d'accord. Il a parlé le soir de son élection des « peuples qui veulent être protégés ». Cela signifie qu'il relancera le rétablissement de la préférence communautaire. Mais, là encore, il lui faudra l'approbation de nos partenaires. Ne devra-t-il pas aller plus loin et rétablir dans certains domaines la préférence nationale ? M. Sarkozy, s'il veut tenir ses promesses, sera amené à entrer en conflit avec certains de nos partenaires. Le poids des réalités devrait s'imposer à lui et tempérer son idéologie. Mais le nouveau président osera-t-il aller jusqu'à une épreuve de force avec nos partenaires ?

* Cartes sur Table.



Centre royaliste d'Action française

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