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Votez... sans illusions !

Par Pierre Pujo

Le 29 mai 2005 les trois principaux partis qui ont été battus lors du référendum sur la Constitution européenne furent l'U.M.P. gouvernementale, la centriste U.D.F. et le Parti socialiste. Tous les trois avaient fait campagne pour le "oui". Tous les trois ont été désavoués par les électeurs, lesquels, à une large majorité de 55 %, ont répondu "non". Deux ans après, leurs candidats à l'élection présidentielle sont placés en tête de la compétition par les instituts de sondage d'opinion ; depuis des mois les grands médias audiovisuels donnent un large écho à leurs discours, à leurs déplacements et à leurs interventions diverses. Ont-ils pour autant changé leurs positions en tenant compte du désaveu que leur ont infligé les Français ? Ils cherchent à racoler les électeurs du "non" en leur promettant la "rupture", le "changement", mais ce n'est là que trompe-l'œil. Ils poursuivront la politique sociale-libérale conduite jusqu'à maintenant avec une tendance plus libérale pour l'un, plus étatiste pour l'autre. Mais ils sont bien résolus à redresser la "construction européenne" actuellement embourbée. M. Sarkozy propose ainsi à nos partenaires européens un vote du Parlement français sur un texte simplifié de la Constitution reprenant sa première partie qui organise un État supranational. Les battus de 2005 pensent ainsi prendre leur revanche en continuant à larguer de larges pans de la souveraineté de la France.

Il conviendra le 22 avril de faire échec à cette fraction de la classe politique qui, depuis des décennies, se partage le pouvoir, penchant tantôt à droite tantôt à gauche, mais finalement poursuit la même politique conduisant à l'effacement international de la France et au sacrifice de ses emplois exposés à une concurrence internationale sans pitié.

Prédominance des intérêts particuliers

Pour se présenter au suffrage des électeurs, il faut multiplier les promesses, s'engager à apporter une solution à tous leurs problèmes : emploi, logement, sécurité, etc. Comme on l'a vu lors des émissions télévisées qui ont confronté une sélection d'électeurs dits "représentatifs" aux divers candidats il faut promettre des aides, des subventions, l'intervention de l'État pour résoudre les difficultés de toutes les catégories sociales, les jeunes, les chômeurs, les handicapés, les fonctionnaires, les restaurateurs, les agriculteurs, etc. Le candidat qui est sur la sellette doit prendre des engagements qui lui seront rappelés plus tard. Tout un peuple gémit et prend le public à témoin de ses malheurs. Non que les cas exposés ne soient pas réels et parfois dramatiques, mais est-ce vraiment là l'enjeu de l'élection du chef de l'État ? Le président de la République a pour mission essentielle de veiller à ce que le gouvernement remplisse correctement les fonctions régaliennes : sûreté publique, justice, et doit représenter et défendre les intérêts français à l'extérieur. Les problèmes de telle catégorie sociale ne relèvent pas normalement de lui. Or les grandes questions concernant l'avenir du pays et sa place dans le monde ont été escamotées dans le débat électoral : la place de la France dans l'Union européenne élargie, le rayonnement français, le remboursement de la Dette publique, etc. Ces questions pèseront lourd sur le sort du pays au cours des années à venir. Mais elles n'intéressent qu'une minorité de Français.

Oubli du bien commun

Il est permis d'être inquiet devant cette prédominance des intérêts personnels ou collectifs sur ceux de la communauté nationale. Le vice congénital de la démocratie en France est  ici renforcé par l'accentuation, de nos jours, de l'individualisme. De moins en moins nombreux sont ceux qui font entrer la notion de bien commun dans les ressorts de leur action. Rares sont les responsables syndicaux qui tiennent compte de l'intérêt général dans la défense des intérêts de leurs mandants. Pour un grand nombre de gens, l'élection présidentielle est seulement l'occasion de rappeler leurs revendications. Des réponses aux questions posées dépendra leur vote le jour du scrutin. À quoi peut tenir le sort d'un grand pays !

L'élection présidentielle devient ainsi une sorte d'États-généraux. À travers les doléances exposées par certains candidats et divers intervenants de la société civile des doléances sont exprimées, parfois démagogiques mais souvent légitimes. Elles traduisent le manque de relais entre les Français de la "base" et les autorités publiques. D'où cette fracture entre le pays réel et la classe politique qui s'accentue de scrutin en scrutin. On ne peut que constater la défaillance des corps intermédiaires et celle de la représentation parlementaire. Les Français accablent la puissance publique de revendications, et les candidats promettent de satisfaire celles-ci, chargeant la barque des obligations qu'ils devront remplir par la suite...

Plusieurs candidats ont promis d'introduire une dose de représentation proportionnelle afin que la composition de l'Assemblée nationale soit plus à l'image du pays. Certains partis en profiteront, mais le pays réel ne sera pas mieux représenté. Sans oublier qu'il sera plus difficile de constituer des majorités parlementaires pour gouverner. La république démocratique a toujours autant de mal à concilier la représentation du peuple et le gouvernement du pays.

Le Pen, candidat du "non"

Depuis le début de la campagne électorale, nous avons dissuadé nos amis de s'engager au service de tel ou tel candidat, estimant qu'il y avait mieux à faire que de participer à la foire d'empoigne quinquennale à l'issue de laquelle les Français désignent le détenteur de l'autorité suprême. Les vrais problèmes de la France sont occultés par les promesses démagogiques des candidats qui tiennent le langage que les électeurs souhaitent entendre et non celui, plus dur, de la vérité sur la situation du pays.

D'autre part, nous ne pensons pas que le changement d'hommes à la tête du pays puisse conduire à un meilleur fonctionnement des institutions. Les faux-semblants continueront à prendre le pas sur les réformes nécessaires.

Ne pas s'engager au service d'un candidat ou d'un parti est une chose. Ne pas voter en est une autre, moins défendable. Nos amis peuvent être déçus de constater qu'aucun candidat ne correspond à notre ligne de pensée, ne fait par exemple le procès du régime, source principale des maux de la France. Il ne s'agit pas de voter pour quelqu'un qui partagerait nos idées, mais, devant un combat de chefs dont l'issue exercera une influence sur les destinées du pays, d'apporter nos suffrages au candidat qui nous paraît le moins mauvais, compte tenu de ce que nous savons de lui et en mesure d'exercer une influence bénéfique sur la politique française, qu'il soit ou non élu.

Nous croyons que pour le 22 avril ce candidat est Jean-Marie Le Pen. Des quatre "principaux candidats", il est le seul qui a fait voter "non" à la Constitution européenne. Il a toujours montré le souci de défendre l'indépendance et l'unité de la France. Il condamne la finance internationale qui provoque chez nous des délocalisations. Il dénonce l'immigration incontrôlée et la persistance de l'insécurité dans les banlieues "sensibles". Les années passées lui ont donné raison. La diabolisation dont il a été victime de la part de ses adversaires a eu des raisons essentiellement politiciennes et partisanes et ne repose sur rien de consistant. C'est pourquoi Jean-Marie Le Pen nous paraît mériter les suffrages des patriotes français, en sachant que même s'il n'est pas élu et demeure en quelque sorte le "tribun du peuple", il sera en mesure d'exercer une pression salutaire sur ceux qui, demain, détiendront le pouvoir.



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