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À gauche, toute !

Par Pierre Pujo

Un candidat à la présidence de la République ne peut espérer l’emporter avec les seuls suffrages de son camp. Il est donc amené à pratiquer “l’ouverture” en direction d’autres “familles politiques”, même très éloignées de lui. Nicolas Sarkozy n’y manque pas, lui qui a programmé sa campagne d’une façon méthodique. Après s’être fait investir par les dirigeants de la droite libérale le 14 janvier, il a entrepris de chasser à gauche. Le moment était favorable, la cote de Ségolène Royal plongeant alors dans les sondages... Il a recruté ici Christian Blanc, là André Santini, et réussi ainsi sa percée au centre. Il s’autoproclame dès lors le “rassembleur”, proposant à tous un “pacte républicain”.

M. Sarkozy ne se veut plus le candidat de “la droite”, mais celui de tous les Français. Ses rivaux ont la même prétention. Ainsi François Bayrou annonce-t-il, s’il était élu, un gouvernement d’”union nationale” et un “État impartial”. Mais l’État peut-il être impartial quand il est dirigé par des hommes de partis – et M. Bayrou en est un – eussent-ils décidé de se partager les places et les honneurs ?

Le respect du sacré

Il ne suffit pas de se rallier des personnalités. M. Sarkozy veut avant tout drainer vers lui des électeurs de gauche et pour cela montrer qu’il est “ouvert” à leurs idées favorites.  Cela a commencé par le coup de chapeau envoyé à Jaurès et à Blum le 14 janvier. Il a ainsi laissé prévoir une autre façon de gouverner, à partir de la “rupture” qu’il voulait déclencher. N’y comptons pas trop. Avec lui, la droite au pouvoir continuera à faire sur beaucoup de points une politique de gauche. C’est un spécialiste des faux-semblants. On le constate à travers son bilan en matière de sûreté publique. L’augmentation sensible des agressions contre les personnes ces dernières années relativise ses communiqués triomphants.

Sans même qu’on le lui ait demandé, M. Sarkozy a envoyé son témoignage à Charlie Hebdo poursuivi en justice pour avoir publié l’an passé des dessins jugés injurieux par des organisations musulmanes, l’islam y étant identifié au terrorisme. Belle occasion de montrer qu’il est un défenseur de la “liberté d’expression” ! Mais si, en l’occurrence, le journal satirique avait pris pour cible l’islam, il ne ménage pas non plus la religion catholique. Il n’y a pas lieu d’encourager les actes d’irrespect à l’égard du sacré. M. Sarkozy qui, à chaque instant, a le mot de “respect” à la bouche, pourrait se montrer un peu plus cohérent. En attendant, il s’est mis à dos le recteur de la Mosquée de Paris qui, en tant que président du Conseil français du culte musulman, entretenait jusqu’alors d’étroites relations avec le ministre de l’Intérieur...

M. Sarkozy ne prend guère la défense de la liberté d’expression dans le cas du député du Nord Christian Vanneste, récemment condamné en justice pour avoir osé dire publiquement que l’hétérosexualité était un état supérieur à l’homosexualité. Ce député imprudent ne sera pas réinvesti par l’U.M.P. aux prochaines législatives, a annoncé M Sarkozy. Le “lobby” “gay” est puissant au sein du parti... et n’admet aucune discrimination !

M. Sarkozy refuse le mariage des homosexuels et l’adoption d’enfants par eux. Il a mis néanmoins dans son programme la création d’un “contrat d’union civile” qui leur est destiné et accorde de nouveaux droits aux “pacsés”. Cela annonce d’autres reculs sur les problèmes de société, par exemple sur l’euthanasie dont il est prêt à assouplir l’interdiction. On dira que Mme Royal va plus loin sur ces questions. Mais pourquoi faut-il que ce soient des hommes de droite qui ouvrent la voie aux capitulations ?

La France et l’Algérie

Tenant meeting à Toulon, Nicolas Sarkozy s’est montré attentionné pour les pieds-noirs et les anciens harkis, mais, simultanément, il a condamné le « système injuste » de la colonisation en Algérie. Il ne parlait pas de la colonisation par les Ottomans jusqu’en 1830 mais de la colonisation française qui a tiré l’Algérie du néant et lui a permis de connaître un formidable développement. L’idée d’une “union méditerranéenne” lancée par M. Sarkozy mérite d’être approfondie, mais aucune amélioration des relations entre la France et l’Algérie ne sera possible si les dirigeants français renient l’œuvre accomplie là-bas par notre pays. On dira que Mme Royal a récemment fait dire à M. Bouteflika, le président algérien, qu’elle jugeait la colonisation « un système de domination, de spoliation et d’humiliation », mais cela n’excuse par M. Sarkozy.

Sans doute n’est-on pas au terme des gesticulations de M. Sarkozy pour s’attirer des suffrages de gauche. Il finira ainsi par brouiller son image dans l’opinion pour ne laisser apparaître que son ambition personnelle et son arrivisme forcené.

Démagogie... royale

Si M. Sarkozy court après les électeurs de gauche, Mme Royal en fait autant mais c’est pour récupérer ceux qui commençaient à s’en aller. Après avoir, le 6 février, tenu à Paris un meeting très offensif où elle reprenait tous les poncifs de guerre au “profit” chers aux socialistes, elle a présenté le 11 février à Villepinte son programme habillée d’un tailleur rouge. Elle entendait apporter la réponse aux questions soulevées dans les « débats participatifs » organisés par elle depuis trois mois dans toute la France. En se mettant “à l’écoute” des Français, elle avait cherché à s’affranchir de la tutelle du Parti socialiste pour promouvoir ses propres idées. Cependant elle a surtout décliné le projet socialiste en y ajoutant sa note de démagogie personnelle. Elle prévoit de porter le salaire minimum à 1.500 euros, d’accorder la gratuité des soins pour les enfants jusqu’à seize ans, de  garantir aux jeunes leurs premier emploi, de construire 120.000 logements sociaux, etc. Elle n’a pas dit comment elle financerait les dépenses nouvelles qui en résulteront, alors que la France doit rembourser une Dette considérable... Mme Royal alourdira le poids de l’État-providence et fera fuir les capitaux à l’étranger. Elle accroîtra une réglementation déjà écrasante et les interventions administratives. Ce n’est pas ce dont l’économie française a besoin pour assurer sa croissance et créer des emplois. Il lui faudrait au contraire un peu d’air. Le “pacte présidentiel” que Mme Royal propose aux Français augmenterait un étatisme déjà étouffant. Mme Royal veut s’occuper des déshérités et adopte dans ses discours le mode compassionnel mais les mesures qu’elle propose ne conduiraient qu’à un appauvrissement général.

On ne saurait trop remarquer que tant Nicolas Sarkozy que Ségolène Royal multiplient les promesses pour améliorer la vie des Français mais que le rôle de la France et de la francophonie dans le monde, leur avenir en Europe, ont peu de place dans leurs discours. Ce sont pourtant des questions essentielles dont le futur chef de l’état aura à s’occuper en priorité. Mais la seule préoccupation des candidats est de récolter le maximum de suffrages. Ainsi le veut la démocratie.



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