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L’explosion des banlieues

Sécuriser l’école

Par Jean-Philippe Chauvin

Faut-il toujours attendre que des quartiers qualifiés, souvent à juste titre, de "difficiles" s’embrasent pour que la République se souvienne alors que les "banlieues" existent ?

La mémoire courte des gouvernements qui se sont succédé depuis plus de trente ans est affligeante et, désormais, prend des tours assassins ; c’est un constat qu’il faut désormais prendre en compte et il est trop tard pour regretter. Il est désormais nécessaire d’agir, de mettre en place une stratégie à long terme, adaptée aux terrains et aux temps présents sans négliger ceux à venir.

Renier l'égalitarisme

L’une des pièces de cette stratégie, c’est l’école qui est, parfois, devenue le dernier lien social dans des banlieues abandonnées par les services publics ou négligées par les entreprises, quand elles ne sont pas, purement et simplement, des "zones de non-droit". Il est évident que l’école n’est pas capable à elle seule de résoudre des problèmes qu’elle vit et subit aussi au quotidien dans ses rapports aux lieux et à ses communautés, ses habitants, mais elle peut participer activement au nécessaire apaisement des esprits et au "désarmement" des conflits et tensions. Ne serait-ce que par son caractère obligatoire, elle est le lieu de passage des jeunes, de tous les jeunes, sur tous les "territoires de la nation".

Un préalable intellectuel pour mener une politique nouvelle et, à plus ou moins long terme, efficace est de renier l’égalitarisme encore fort vivace dans l’Éducation nationale : égalitarisme qui souvent ressemble à une hypocrisie, voire à une escroquerie, pratiquée par ceux-là mêmes qui s’autoproclament "experts" ou "pédagogues" et seraient souvent bien incapables d'appliquer leurs grands principes dans les collèges de Z.E.P. (Zone d’Éducation Prioritaire).

Il faut le souligner : ce n’est pas la même chose d’enseigner au lycée Hoche de Versailles et au collège Jean Vilar des Mureaux (collège dans lequel j’ai travaillé durant neuf ans). Ce n’est pas la même chose parce que ce ne sont pas les mêmes publics, les mêmes milieux sociaux ni les mêmes environnements urbains et culturels. Vouloir appliquer les mêmes méthodes, enseigner les mêmes connaissances et savoirs-faire, apparaît comme une absurdité. Il est nécessaire d’adapter la stratégie éducative aux difficultés des populations fragilisées des banlieues. D’ailleurs, la mise en place des Z.E.P. était une reconnaissance de ce "particularisme", reconnaissance malheureusement partielle et viciée par des politiques peu honnêtes de recrutement et de gestion des enseignants.

En effet, envoyer de jeunes professeurs à peine sortis de l’Université et de l’I.U.F.M. dans ces établissements de Z.E.P. est évidemment catastrophique et, surtout, démobilisateur et déprimant pour ces "novices" pleins de bonne volonté, mais souvent (il y a certes quelques brillantes exceptions) vite dépassés par l’ampleur de la tâche et les difficultés propres aux élèves. L’impression, désagréable, de "faire garderie" est, évidemment, répulsive et les jeunes enseignants, à peine arrivés, ne pensent souvent qu’à leur prochaine mutation, en général vers des établissements plus calmes...

Redonner confiance aux enseignants

De nombreuses voix s’élèvent pour réclamer des "profs expérimentés" : il est peu probable, dans les conditions actuelles, que ces appels soient entendus... La difficulté est de redonner confiance à des enseignants qui ont, eux aussi, trop souvent l’impression d’être abandonnés par l’Éducation nationale.

Sans doute faut-il repenser les structures et les pratiques éducatives dans les banlieues : mais ne nous leurrons pas, le problème financier va vite apparaître aux politiques comme un obstacle... Et pourtant ! Les investissements d’aujourd’hui, s’ils sont bien pensés et contrôlés, peuvent être les économies de demain...

D’autre part, répondre à l’urgence ne signifie pas tomber dans la précipitation mais, au contraire, intégrer les notions de durée et de continuité dans la politique menée. Il appartient à l’État, aujourd’hui maître de l’Éducation nationale, de donner l’impulsion et de préciser les premières directions à suivre. C’est un véritable "colbertisme éducatif" qu’il faut mettre en place, dont l’un des objectifs doit être de "sécuriser l’école" et ainsi de remotiver de nombreux enseignants tout en rassurant les élèves et leurs familles.

“Sanctuarisation” des locaux

La sécurisation scolaire des locaux, retour à une situation normale pour enseigner et apprendre dans de bonnes conditions, passe, entre autres, par la sécurisation des lieux : un plan simple des locaux (en particulier pour les collèges et les lycées) permet un meilleur contrôle de ses issues, des déplacements d’élèves en son sein ainsi qu’une meilleure gestion des flux lors des intercours (moments les plus "tendus" : bousculades, frictions susceptibles de dégénérer en heurts, etc.). La cour de récréation, endroit sensible, doit répondre à quelques critères simples : vaste mais bien délimitée, sans trop de recoins ou de zone d’ombre susceptibles "d’abriter" des rackets... Il n’est pas nécessaire de mettre des caméras partout : la présence de quelques surveillants et médiateurs aux endroits "stratégiques" peut dissuader des fauteurs de troubles ou rassurer des élèves.

Sécuriser l’école, c’est aussi éviter la "sanctuarisation" qui mène à un véritable décalage avec la réalité : chaque établissement scolaire appartient à un lieu donné (province, commune, quartier) et il ne peut faire abstraction ni de l’environnement culturel et social, ni du public qu’il reçoit, surtout là où il y a une grande hétérogénéité d’origines et de pratiques culturelles.

Aussi, et c’est une politique aujourd’hui ébauchée par les Z.E.P., est-il nécessaire de mettre en place des statuts différents selon les endroits, adaptés aux difficultés et aux besoins des établissements ; cela doit s’accompagner pour les administrations scolaires d’une grande autonomie de gestion, de décision mais aussi, et sous le contrôle de l’État (ministère et structures d’enseignants et d’inspecteurs issus des rangs professoraux) et des collectivités locales (régions, communes, etc.), de recrutement et de formation des cadres-enseignants et non-enseignants.

Le rôle de l'État

Cela n’est possible et viable que si l’État s’engage à soutenir fermement son personnel dans ses fonctions tout en garantissant son autonomie : cette application concrète de la subsidiarité rendrait au personnel une confiance nécessaire au bon exercice de son métier puisque l’État ne le "lâcherait" pas en cas de difficulté mais, au contraire, jouerait son rôle "d’autorité tutélaire" (protection de ses fonctionnaires) en rappelant, par le droit et la pratique, que « chaque fonctionnaire est l’État » et que « l’offense faite au fonctionnaire est faite à l’État » et doit être punie comme telle.

Rétablir la sécurité dans l’école passe aussi et même surtout par la prévention, dès le primaire. Mettre en place, pour tous les niveaux de scolarité, des structures capables d’accueillir des élèves "à problèmes" sans les exclure du système scolaire apparaît nécessaire ("classe-relais", déjà existantes mais encore très insuffisantes). Mais il n’y aura de prévention efficace que s’il existe une politique de répression des incivilités, politique ferme et adaptée aux situations autant des élèves en faute que des établissements concernés. C’est en responsabilisant les élèves par la confiance comme par le risque encouru en cas d’infraction qu’il sera possible de "casser l’impunité" des fauteurs de troubles.

Sortir des conformismes

Voici quelques autres propositions qui n’ont rien de définitif mais cherchent avant tout à faire avancer le débat pour sortir des habituels conformismes et illusions démagogiques :

  • deux professeurs par classe lors d'une même heure de cours, en particulier lors des Travaux dirigés, pour mieux encadrer les élèves et permettre de passer plus de temps avec ceux qui connaissent des difficultés ou seraient enclins à perturber le cours;

  • une politique de jumelage entre établissements réputés difficiles et établissements plus calmes, avec des échanges d'enseignants et d'élèves, sur la base du volontariat et d'un "projet de classe", ainsi que l'organisation de voyages scolaires en commun et, pourquoi pas, une aide aux devoirs mise en place par des élèves-référents ou des enseignants volontaires : des projets communs pourraient créer une "synergie positive" et sortir des élèves des établissements difficiles de la logique de l'enfermement sur leur seul "quartier";

  • la mise en place d'un véritable enseignement manuel susceptible de permettre aux élèves d'apprendre à "créer de leurs mains" et le renforcement (ainsi que l'intégration dans les structures collégiennes) de l'apprentissage professionnel;

  • la mise en place d'un "projet patrimonial et historique" pour les établissements scolaires (de banlieue comme de centre-ville) qui soit l'occasion de "découvrir les héritages" de notre pays et, donc, d'insérer les élèves dans une continuité ou, en tout cas, dans un cadre qui leur soit un "point de repère" sans être pour autant un "carcan", etc.

Ces propositions sont celles d’un professeur royaliste qui ne désespère ni de sa nation, ni de son avenir, mais cherche à les honorer et à les servir de la manière la plus fidèle qui soit. Je n’ai pas la prétention d’affirmer qu’elles sont le "programme de l'Action française". Mais l’urgence de la situation oblige tous les monarchistes à ne pas déserter le "champ des projets" mais, au contraire, à l’enrichir, avec le seul souci de la France, cette nation qui ne se confond pas avec une République qui n’est que l’autre nom de l’usurpation...

L'Action Française 2000 - 17 novembre 2005



Centre royaliste d'Action française

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