Le royalisme en mouvement
La jeunesse royaliste d'aujourd’hui
Par Pierre Lafarge
Cette semaine se tient l’université d’été des jeunes d’Action française au château de Lignières (Cher) où les reçoit S.A.R. le prince Sixte-Henri de Bourbon Parme.
Pierre Lafarge, qui coordonne la formation à l’Action française, expose ci-dessous les sentiments et les raisons de l’engagement de la jeunesse royaliste d’aujourd’hui.
Juin 1999, voilà déjà cinq ans, nous fêtions comme il se doit le centenaire de l’Action française. Je me rappelle nos discussions d’alors, notre conscience aiguë de faire entrer le mouvement royaliste dans le nouveau millénaire. Les mois d’été, occasion de longues marches dans la campagne française, loin du spectacle des plages dégoulinantes de touristes, sont toujours l’occasion de remises en question et d’approfondissements. C’est ce que lycéens et étudiants d’A.F. font en ce moment même dans le Berry à l’occasion de leur traditionnelle université d’été.
Aurons-nous eu raison d’être des étudiants royalistes à la fin des années 90, avons-nous raison de poursuivre ce travail salutaire ? Nous n’avons, au final, jamais douté de la réponse. Dans ces belles journées de juin 1999, comme dans les jours de peine qui, ces dernières années, nous auront trop souvent mis sur le chemin de la chapelle royale de Dreux, nous avons eu conscience de notre héritage. Des feux de camps de nos universités d’été aux discussions avec nos grands anciens des années 30, des tractages lycéens dans le froid des petits matins d’hiver à nos visites victorieuses aux plus gauchistes universités parisiennes en passant par nos oppositions physiques à certains groupuscules d’extrême-droite, nous aurons porté contre tous les renoncements et les provocations le drapeau fier et insolent des camelots du Roi.
Liberté de l’esprit
Certains diront que nous nous tressons un peu facilement des lauriers. Nous leur rétorquerons que suffisamment de lycéens et d’étudiants royalistes auront supporté ces dernières années encore des sacrifices physiques et moraux pour que la tradition des étudiants d’A.F. et des camelots du Roi soit maintenue contre vents et marées. La monarchie sera probablement rétablie par nombre de républicains convertis à la dernière minute aux vertus capétiennes. Il n’en demeure pas moins que cette espérance n’aura cessé d’être maintenue par d’obscurs inconnus comme par de grands noms de l’histoire récente résolus à témoigner et surtout à perpétuer l’esprit chevaleresque et la geste héroïque qui sous-tendent depuis des siècles l’histoire de France. Dans ces années aseptisées où l’on aura successivement acheté notre silence au nom de la fin de l’histoire puis de l’hystérique peur du terrorisme international, nous aurons définitivement choisi la liberté de l’esprit que nous offre l’Action française.
Là où la droite a, depuis 1968, fait accepter à son électorat bêlant l’avortement et la liquidation de nos droits régaliens, là où la gauche aura entrepris d’araser toute culture française et de mettre en accusation chaque page de notre histoire, nous aurons entrepris, quasiment seuls sous ces tempêtes, de prôner inlassablement l’unité nationale. Nous aurons opposé aux forces de division et de renoncement notre foi temporelle inéluctable dans le fait politique, cette plus belle invention humaine que notre maître Maurras nous aura appris à chérir chaque jour dans l’adversité contemporaine.
La souveraineté française
Notre premier combat politique aura été le souverainisme que nous n’avons jamais appréhendé autrement que comme l’expression actuelle de notre nationalisme. Pleinement engagée dans les combats contre les traités d’Amsterdam et de Nice, dans les élections européennes de 1999 et 2004, l’Action française aura multiplié réunions publiques, cercles de formation, manifestations de rue, coups d’éclats, malgré l’indifférence et la répression. Et dès septembre nous entamerons ce qui paradoxalement pourrait conduire à la première victoire souverainiste, tant le ras-le-bol des Français est grand, la campagne pour le NON au référendum sur la constitution européenne.
Nous, enfants de l’après soixante-huit, aurons perçu grâce à l’Action française la plus importante mutation de ces cinquante dernières années, conséquence logique de deux cents ans de Révolution bourgeoise : la mise en coupe réglée à partir des années 70 de notre pays par une classe dirigeante et manageriale apatride et irresponsable qui aura en France liquidé en quelques décennies notre capital et notre travail. La jeunesse française est aujourd’hui la victime trop souvent inconsciente de cette logique néo-libérale qui a consisté à couper l’industrie et la production française de toute attache, de toute piété, de tout réalisme au profit de la seule rentabilité financière. Le tout avec la complicité active des syndicats, caricatures illégitimes d’une participation des salariés à la vie des entreprises. Oui, le Maurras de L’Avenir de l’Intelligence avait pressenti cela. Oui son “Politique d’abord” s’adressait avant tout à ceux qui verraient se réaliser la mainmise de l’économie sur le politique.
Non à l’asservissement financier
Deux livres auront confirmé ses intuitions, malgré l’hétérodoxie professée parfois par leurs auteurs par rapport aux maîtres de l’Action française. Relisez donc Contre Servan-Schreiber (1970) de Dominique de Roux et Précis de Foutriquet (1980) de Pierre Boutang et vous comprendrez comment l’ignoble Giscard (dont les militants royalistes ont saccagé l’inique élection à l’Académie française) a appliqué le programme radical et instauré en France le règne du seul argent.
Plus que les délires culturels socialistes dont la folie interdit toute portée pratique, autant peut-être que la construction européenne dont chaque jour nous montre plus encore les méfaits et l’incohérence, parce que moins visibles que ces nuisances caricaturales, la jeunesse française paye chaque jour cette mutation économique. Cette constatation, seuls les militants royalistes sont en mesure de la faire, parce qu’ils croient en la politique, parce qu’ils croient en l’histoire, parce qu’ils croient en la France. Bref, parce qu’un pays n’est pas une statistique, parce que l’on ne meurt pas pour un taux de croissance, parce que l’esprit français répugne à l’asservissement financier, il y a encore aujourd’hui une jeunesse d’Action française.
Comme nous le disait en novembre dernier le Prince Charles-Philippe d’Orléans : « Les responsables du désastre ce sont bien ces hauts fonctionnaires qui ont perdu et le sens du service public et le sens de l’État. Ce sont ces hauts fonctionnaires qui pillent l’État. Ce sont les Fouquet d’aujourd’hui. Et on aurait bien besoin d’un Louis XIV et d’un d’Artagnan avec ses mousquetaires pour aller les attraper et leur rappeler à la manière des camelots du Roi ce que c’est qu’être un serviteur de l’État. »
La politique capétienne
Et que dire de la situation internationale ? Malgré les iniques matraquages qu’une police aux ordres offrit aux patriotes serbes et français en 1999 à défaut de lui envoyer l’aviation qui lâcha dans le ciel de Belgrade les germes de la discorde entre deux nations liées par l’histoire, malgré nos sourdes nuits d’angoisse face à la lâche agression américaine contre l’Irak l’an dernier, notre génération aura vu revenir sur les devants de la scène éditoriale la pensée géopolitique de Maurras et de Bainville, bref de la France capétienne, grâce aux travaux courageux du général Gallois ou d’Aymeric Chauprade. Là encore, la lucidité d’A.F. est en train de marquer une génération pour qui le mur de Berlin est déjà bien loin et l’hégémonie américaine le risque principal de désordre mondial.
Croire en la France
Redisons-le, la jeunesse royaliste croit en la France. Demain nous appartient. Fidèle au Prince chrétien, Mgr le comte de Paris, duc de France, et, après lui, à son fils, le prince Jean, duc de Vendôme, une jeunesse d’Action française, à la fois intemporelle et de son temps, chose incompréhensible pour les rhéteurs de l’imposture médiatico-politique, s’engagera demain dans le combat victorieux pour un monde où les cathédrales compteront définitivement plus que les banques.
L'Action Française 2000 - 26 août 2004
